In Waves : comment cette histoire déchirante est devenu un film bouleversant ?
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Sept ans après sa publication, le bouleversant roman graphique "In Waves" est devenu un film d'animation, qui réussit le passage de la page au grand écran sans rien perdre de sa force émotionnelle.

Ça parle de quoi ?

À Los Angeles, AJ, lycéen discret, rencontre Kristen. Elle est passionnée de surf, lui de skateboard et de dessin. Ils tombent follement amoureux ; un avenir heureux se profile. Mais tout bascule lorsque Kristen tombe malade. Ensemble, ils se lancent dans un combat contre l’adversité, portés par la force de leur amour, leurs amis et leur passion désormais commune pour le surf et l’océan.

In Waves
In Waves
Sortie : 1 juillet 2026 | 1h 31min
De Phuong Mai Nguyen
Avec Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega
Presse
3,9
Spectateurs
3,7
Séances (355)

Un raz-de-marée d'émotion

Tout commence en 2019, lorsque les lecteurs du monde entier, et notamment en France, prennent la vague d'In Waves de plein fouet. Un roman graphique signé AJ Dungo, qui brille aussi bien par le minimalisme de ses graphismes que par la puissance émotionnelle que dégage ce récit mêlant surf et histoire d'amour tragique : celle vécue par l'auteur, qui la retranscrit avec beaucoup de pudeur et de justesse, permettant à chacun et chacune de s'identifier à sa façon.

Sept ans plus tard, c'est au cinéma que l'histoire d'In Waves se poursuit. Vu le succès rencontré par l'oeuvre originale, il n'est pas étonnant que des producteurs s'en soient emparés, et il y avait forcément beaucoup à craindre de cette adaptation animée qui, en allant vers un style plus classique que celui du roman graphique, risquait de perdre de sa puissance sur la route le menant de la page au grand écran.

Diaphana

Il n'en est heureusement rien car, de façon quasi-miraculeuse, In Waves parvient à capturer l'essence de son modèle, à tel point que le long métrage de Phuong Mai Nguyen ressemble moins à une adaptation pure et simple qu'à une expansion de l'histoire d'AJ et Kristen. Si vous aviez versé une larme en lisant le roman graphique, il en sera de même ici. Et si vous ne connaissiez rien avant d'entrer dans la salle, préparez-vous être à bouleversés.

Comme ces journalistes qui sèchent encore leurs larmes, quelques minutes après la fin de la séance d'ouverture de la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes, pendant que nous discutons, avec AJ Dungo et Phuong Mai Nguyen, de la manière dont ils ont su transposer ce récit au cinéma.

AlloCiné : Quand cette idée d'adapter "In Waves" au cinéma est-elle née ? A-t-il toujours été question d'un film d'animation ?

AJ Dungo : C'est mon éditeur qui centralisait les nombreuses propositions d'adaptation. Je n'ai eu vent que de quelques projets, et je crois que les personnes qui étaient derrière voulaient en faire un film en prises de vues réelles. Ce qui était plutôt excitant aussi, car cela représentait une vraie rupture avec le livre. Puis Silex Films est entré dans la danse, et c'était les bonnes personnes pour ce projet : ils étaient passionnés, ils adorent le surf et se sentaient vraiment concernés par l'histoire. Et c'est à ce moment-là qu'ils ont proposé d'en faire un film d'animation.

Et à quel moment êtes-vous montée à bord, Mai ?

Phuong Mai Nguyen : Quand Priscilla [Bertin, la productrice] a obtenu les droits du roman graphique et pris contact avec les scénaristes Fanny Burdino et Samuel Doux : c'est pendant qu'ils écrivaient un premier jet, sous forme de synopsis détaillé, que j'ai rejoint le projet, au bout de quelques mois. Je connaissais déjà le roman graphique, que j'avais découvert quand il avait été présenté au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, pendant que je montrais mon adaptation, sous forme de série animée, de Culottées de Pénélope Bagieu.

Je suis tombée dessus, dans une librairie, et j'ai trouvé qu'il avait l'air sympa. Mais jamais je n'avais pensé l'adapter à l'époque. Je l'ai lu avec mon partenaire, et je me souviens d'une double page qui m'a particulièrement émue, à tel point que j'en ai refermé le livre et que je n'ai plus voulu continuer à le lire. J'ai attendu plusieurs semaines avant de m'y replonger, et mon partenaire aussi (rires)

"Je me souviens d'une double page qui m'a particulièrement émue, à tel point que j'en ai refermé le livre et que je n'ai plus voulu continuer à le lire"

Est-ce que des images vous sont venues en tête lorsque vous avez relu "In Waves" en sachant que vous alliez réaliser son adaptation ?

Phuong Mai Nguyen : Pas avant que je ne commence à dessiner. Je l'ai relu plusieurs fois après avoir rejoint le projet, et je me suis d'abord demandé si je devais conserver le style graphique du livre. Mais, lorsque j'ai continué à travailler dessus, j'ai trouvé cela étrange, car très différent de ce que j'ai l'habitude de faire : dans la mesure où nous parlons d'images en mouvement, le ressenti est très différent, et je voulais que les couleurs, la lumière et les textures aident à ressentir l'eau, les vagues et l'océan.

C'est ce qui, pour moi, fait que l'on est plus dans une expansion du roman graphique que dans une pure adaptation. Qu'est-ce qui vous a conduit au choix de ces couleurs précises, et de cette apparence pour les personnages ?

Phuong Mai Nguyen : Je trouve la lumière de la Californie incroyable, donc je suis allée voir AJ, qui m'a fait visiter les différents lieux. Et tu as aussi rencontré Floriane Marchix, une amie à moi qui travaille chez Dreamworks et est venue en renfort sur le projet pendant un mois, durant lequel elle a fait un énorme boulot sur le design graphique des paysages. Si bien que, quand nous avons vraiment commencé à travailler sur le projet, il nous a paru logique d'aller vers ce type de graphismes et ce rendu pictural.

J'avais aussi beaucoup de références, à commencer par David Hockney [peintre britannique décédé le 11 juin dernier, ndlr], car je savais qu'il avait vécu en Californie, et qu'il y avait quelque chose de très précis dans sa peinture, avec une pointe de mélancolie. Cela me semblait coller avec les idées que j'avais pour le long métrage.

De quelle manière avez-vous été impliqué sur ce projet AJ ?

AJ Dungo : Surtout au début. J'ai parlé avec les scénaristes car, comme celles et ceux qui ont lu le livre le savent, il y a peu de dialogues et de contextualisation, il s'agit majoritairement d'une narration. Donc ils m'ont posé des questions sur ma vie de famille et celle de Kristen, sur nos amis, comment nous étions au lycée ou d'autres moments importants. Puis Mai et Priscilla revenaient régulièrement vers moi, et Mai m'a notamment présenté le design des personnages.

Je pense que ma deuxième plus grosse contribution au film a été de leur donner accès à la famille de Kristen et leur permettre de passer du temps avec elle, ce qui est inestimable car, quand j'ai vu le film pour la première fois, j'ai été frappé par la justesse avec laquelle ils ont retranscrit les relations interpersonnelles, la façon que chacun a d'interagir et plaisanter avec l'autre. Ils sont parvenus à capturer l'essence de chaque personnage, alors qu'ils n'ont pas pu rencontrer Kristen.

Diaphana

Qu'avez-vous ressenti, justement, la première fois que vous avez vu le film terminé, que vous avez vu Kristen à nouveau en vie ?

AJ Dungo : C'était très émouvant. Silex avait réuni ma famille et celle de Kristen, ainsi que Priscilla et Mai. Nous avons visité Los Angeles et eu droit à une projection spéciale, et c'était magnifique. Personne dans le public n'avait les yeux secs à aucun moment. Tout le monde était ému parce qu'ils avaient fait, et je pense que c'est le plus beau cadeau qu'ils nous aient fait : nous donner une chance de revoir Kristen en vie, animée et en mouvement.

Une partie de l'histoire parle du fait de savoir lâcher prise : vous a-t-il été difficile de le faire avec une histoire aussi personnelle, pour laisser quelqu'un d'autre s'en emparer ?

AJ Dungo : C'est une excellente question. Car, quand ils me demandaient comment je me sentais par rapport au processus, je répondais à des amis que tout ce que j'avais à faire c'était de lâcher prise. J'ai dû faire entièrement confiance à leur équipe. Et plus je les connaissais - avant même de commencer à travailler sur le film - plus je les sentais enthousiastes, accordant une grande importance au projet et faisant preuve de beaucoup de sensibilité par rapport à la vie de Kristen et la culture hawaïenne. J'étais convaincu qu'ils prendraient tout en considération avec beaucoup de sérieux, donc c'était difficile de refuser.

Je n'ai d'ailleurs pas beaucoup hésité à leur confier le projet, quand j'y repense aujourd'hui. Car une fois que je l'ai fait, ça devient leur histoire à raconter. J'ai fait ma part du travail avec le roman graphique, et peu importe ce qu'ils allaient faire ou ce que ça allait donner, j'étais heureux qu'ils y tiennent autant pour essayer.

"C'est le plus beau cadeau qu'ils nous aient fait : nous donner une chance de revoir Kristen en vie, animée et en mouvement"

Comment vous êtes-vous appropriée cette histoire Mai ? Quels sont les principaux changements que vous avez opérés ?

Phuong Mai Nguyen : Rencontrer AJ m'a donné l'impression d'avoir appris plein de choses allant au-delà du livre. J'ai été très inspirée par tout ce que j'ai vu, par chaque personne rencontrée à Los Angeles, et je pense qu'une grande partie de cette appropriation a résidé dans le fait de se concentrer davantage sur sa vie et, prendre du recul par rapport au roman graphique. En plus des graphismes, évidemment, les plus gros changements résident dans ce que nous avons ajouté : le moment où AJ va à New York pour trouver un travail et le conflit qui en découle ne faisaient pas partie de l'oeuvre originale, cela vient du scénario de Fanny et Samuel.

Nous avons senti qu'il y avait des trous à combler, mais j'ai un sentiment étrange par rapport à tout cela, car ça n'est pas réel dans un sens, mais dans un autre oui (rires)

AJ Dungo : Tous les changements opérés autour des éléments complémentaires à l'intrigue et à la narration reflètent des situations réalistes, cohérentes avec l'histoire et son rythme. J'ai vraiment adoré toutes ces choix, et ils ont même fusionné tous mes amis dans le seul personnage de Francisco. Et ce dernier aurait pu être n'importe lequel de mes amis, je trouve ça cool qu'ils y soient parvenus.

L'une des très grandes forces du roman graphique, c'est son émotion. Comment êtes-vous parvenus à la transposer sur grand écran et faire en sorte que ce soit organique ?

Phuong Mai Nguyen : Il m'est difficile de répondre à cela, car je ne sais pas comment les gens réagissent au film. Mais ce qui est certain, c'est que lorsque nous faisions le film, nous voulions conserver le degré d'intimité et de pudeur qu'il y avait dans le livre, car c'est une chose que je trouvais très forte. Il était très important pour moi de trouver ce juste milieu, de ne pas aller dans les violons quand on partait dans l'émotion. Essayer, grâce à la mise en scène, de garder quelque chose d'assez ténu. Dans la représentation de la maladie aussi.

Diaphana

Même s'il part d'une histoire personnelle, "In Waves" parvient à être universel, et je trouve notamment qu'ils nous rappelle qu'il est illusoire de penser que nous avons du temps, qu'il ne faut pas sur-réfléchir les choses mais les faire. Qu'avez-vous appris en lisant le livre et faisant le film ?

Phuong Mai Nguyen : Moi j'ai appris à faire du surf (rires) Et un peu de skate aussi. Sur le plan personnel, c'était intéressant, car il est aussi question de lâcher prise quand on surfe. D'accepter les vagues comme elles viennent. Et c'est pour moi symbolique de ce que tu nous racontes avec ton histoire AJ, quand on est dans l'eau et que l'on pense que telle vague n'est pas pour nous, telle autre est trop grosse. Cela renvoie à la métaphore de la vie, et ça a été une belle leçon pour moi, j'en suis très reconnaissante, j'ai beaucoup aimé mes leçons de surf et de skate.

Et sur le plan professionnel, ça a été de gérer le côté production. Car c'est un processus très long et coûteux. Donc j'ai appris à composer avec les coupes budgétaires, ou travailler avec une très grosse équipe répartie dans plusieurs pays, puisqu'en animation nous faisons les choses séparément avant de les assembler pour concevoir le film. C'est vraiment cette partie que j'ai apprise pendant la production.

AJ Dungo : Ce que le livre et le film m'ont appris, c'est à quel point mon histoire est universelle. Quand je l'ai écrite, je ne pensais pas qu'elle parlerait à quelqu'un d'autre, car c'était celle d'un Philippin du Sud de la Californie qui a vécu une histoire particulière avec une femme atteinte d'un cancer et qui en est morte. Pour moi, ça n'était que mon histoire. Mais une histoire d'amour et de perte, ça connecte les gens, au-delà de la barrière de la langue et de la culture. C'est ce qui nous lie. Tout le monde peut s'identifier car tout le monde a perdu quelqu'un dans sa vie.

"Tout le monde peut s'identifier car tout le monde a perdu quelqu'un dans sa vie"

Tout le monde a aimé quelqu'un. Et quand je vois le soin qui a été apporté à cette histoire, j'en ai des frissons rien qu'en y pensant. Je pense aussi bien à Mai et Silex Films qu'à la distribution, aux comédiens de doublage, aux gens qui ont fait la musique et ceux qui ont peint les paysages. Toutes celles et ceux qui ont été impliqués dedans n'avaient que les plus belles choses à dire à propos de ce film, ce qui n'est pas si fréquent en animation, où les gens bossent dur et n'aiment pas forcément le résultat.

Mais le fait que tout le monde soit venu me voir pour me dire à quel point cette histoire comptait pour eux montre bien le pouvoir d'une histoire capable de rassembler ainsi. Je suis très reconnaissant pour cette opportunité, comme pour le fait qu'ils s'y soient assez intéressés pour continuer l'histoire de Kristen et me donner une seconde chance de la voir vivante.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 13 mai 2026

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Maximilien Pierrette
Les images de synthèse de Pixar, les marionnettes de Laïka, la pâte à modeler d’Aardman, les dessins faits à la main des classiques de Disney, les envolées de la saga Dragons… Depuis son enfance, les rendez-vous avec l’animation sont des moments sacrés qu’il ne rate que rarement.