Il n’existait pas de méthode infaillible pour diriger Marlon Brando. L’acteur oscillait entre un véritable engagement pour ses rôles et une motivation plus financière, cette dernière semblant prendre le dessus au fil des années.
À mesure que sa carrière avançait, sa réputation a fini par rivaliser avec celle de ses performances. Son imprévisibilité, son refus d’apprendre ses textes et ses tensions récurrentes avec les réalisateurs faisaient presque partie intégrante de chaque projet auquel il participait.
Pourtant, lorsqu’il était au sommet de son art, rares sont les acteurs de l’histoire du cinéma à pouvoir lui être comparés. Doublement oscarisé, Brando reste une figure admirée par toute une génération de cinéastes, dont beaucoup le considèrent encore comme une référence absolue.
Une fin de carrière sous haute tension
Sa dernière grande performance marquante reste celle d’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, où il incarne le colonel Kurtz. Ironie du sort, cette prestation magistrale s’est construite dans des conditions particulièrement chaotiques : arrivé en surpoids, n’ayant pas lu le scénario et peu impliqué dans la préparation, Brando parvient malgré tout à livrer un jeu devenu légendaire.
Après ce tournant, ses apparitions remarquées se font plus rares. Entre Apocalypse Now et sa mort en 2004, il ne tourne qu’une douzaine de films, dont plusieurs resteront inédits. Ses comportements hors plateau finissent souvent par éclipser ses performances à l’écran.
Free Money, le film que personne n’a retenu
C’est dans ce contexte qu’intervient la comédie criminelle Free Money, réalisé par Yves Simoneau. Brando y incarne un directeur de prison corrompu, manipulé par un juge véreux joué par Donald Sutherland. Lorsque les filles de ce dernier tombent enceintes en même temps, les futurs pères – interprétés par Charlie Sheen et Thomas Haden Church – organisent un braquage de train pour se venger.
Mira Sorvino, fraîchement auréolée de son Oscar pour Maudite Aphrodite de Woody Allen, joue une agente du FBI également liée au personnage de Sutherland. Elle partage plusieurs scènes avec Brando, une collaboration qui ne se déroule pas sans frictions.
Malgré son casting prestigieux, le film passe largement inaperçu. À une époque où la seule présence de Brando ne suffit plus à garantir le succès d’un projet, Free Money s’efface rapidement dans les sorties.
Comme le confiait Thomas Haden Church au Texas Monthly (via FarOut Magazine) en 2005 : “Franchement, était-ce le meilleur rôle possible pour Marlon Brando à ce moment-là de sa carrière ? Probablement pas”, avant d’ajouter sur l’ambiance du tournage : “Marlon et Mira ne s’appréciaient pas, pour une raison ou une autre, et je pense que cela a rendu leur interaction encore plus pesante. Quand j’ai vu le résultat, j’étais consterné.”
Filmline International Inc.
Une note de bas de page dans une carrière légendaire
Ce fut la dernière fois que Marlon Brando occupa le haut de l’affiche. Et les conséquences sont restées loin de l’aura de sa légende. Free Money s’impose aujourd’hui comme un film largement oublié, incapable de capitaliser sur un casting pourtant impressionnant.
Ce long-métrage illustre surtout le décalage possible entre le talent et le résultat final. Si Marlon Brando demeure l’un des plus grands acteurs de l’histoire du cinéma, même son nom ne suffisait plus à sauver certains projets. Free Money reste ainsi une simple anecdote dans une filmographie par ailleurs monumentale.
Free Money n’est aujourd’hui que disponible en DVD.
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.