Disparu en août 2023 à l'âge de 87 ans, William Friedkin était un cinéaste de légende. Devenu incontournable depuis French Connection, il a marqué d'une empreinte indélébile le cinéma des années 70-80, en amenant entre autres l'horreur jusque dans l'antre des Oscars avec son film mythique, L'Exorciste.
Personne n'est prêt à oublier son multi oscarisé French Connection, classique absolu du cinéma américain où Gene Hackman livre une extraordinaire composition sous les traits du flic irascible et brutal Jimmy Doyle, dit "Popeye". Pas plus que l'on est prêt à oublier son Sorcerer, sorti 24 ans après Le Salaire de la peur mais qui lui est pourtant supérieur.
Ni même Police Fédérale Los Angeles, ce chef-d'œuvre emblématique et virtuose des années 80, dans lequel, grâce à son approche esthétique et sa musique très ancrées dans leur époque, il brouillait les frontières entre flics et malfrats, en mettant en scène un mortel jeu du chat et de la souris dans une cité des anges plus babylonienne que jamais.
Si Friedkin avait une autre constante, c'était son immense cinéphilie doublé d'un amour inconditionnel pour le support physique qu'il a accompagné tout au long de sa carrière, du laserdisc au DVD jusqu'au 4k en passant par le Blu-ray. A ce titre, il vénérait le fabuleux travail éditorial et de restauration mené par le fameux éditeur américain Criterion. Il y a onze ans, son passage dans le Criterion Closet, émerveillé de voir autant de chefs-d'oeuvre du patrimoine cinématographique mondial, est resté mémorable.
"Le psychopathe le plus effrayant que j’ai jamais vu à l’écran"
Parmi tous ses films préférés, celui qu'il plaçait tout en haut de sa pile est effectivement une merveille absolue : La Nuit du chasseur de Charles Laughton.
"J’avais vingt ans quand je l’ai vu pour la première fois. Il m’a terrifié à l’époque, et il me terrifie toujours" confiait le cinéaste en 2012. "Le pasteur, interprété par Robert Mitchum, est le psychopathe le plus effrayant que j’ai jamais vu à l’écran. C’est le seul film réalisé par Charles Laughton, et son récit obsédant et exagéré rappelle les interprétations que Laughton faisait lui-même de ses personnages.
Les images poétiques et expressionnistes sont l’œuvre de Stanley Cortez, un véritable maître américain que j’ai eu la chance de connaître bien des années avant sa mort. Stanley a notamment assuré la photographie de La Splendeur des Amberson et des Trois Visages d’Ève, dans lesquels son éclairage est tout aussi unique. La bande originale orchestrale, qui met mal à l’aise, est signée Walter Schumann, qui a également composé le générique de Dragnet et dont la musique souligne et alimente l’horreur, à l’instar de celle de Bernard Herrmann dans Psychose. [...] L’histoire du film est l’équivalent américain des contes des frères Grimm".
Carlotta Films
D'une noirceur absolue, très inhabituelle pour un film mettant en scène des enfants (que, soit-dit en passant, Laughton n'aimait pas trop...), La Nuit du chasseur fut très froidement accueilli par la critique et le public, en 1955. Blessé, Laughton jura de ne plus jamais réaliser d'autres films, et préféra de toute façon se (re)tourner vers sa première passion, le théâtre...Le script de son film suivant, une adaptation des Nus et les morts d'après Norman Mailer, restera au fond du tiroir, avant d'échouer entre les mains de Raoul Walsh en 1958.
Heureusement, le temps a fait son oeuvre et a rendu justice à Charles Laughton. La Nuit du chasseur est à juste titre considéré comme un des plus grands films de l'Histoire du cinéma, porté par un hallucinant Robert Mitchum qui y trouve le plus grand et fameux rôle de sa carrière.
Le film est d'ailleurs, par bonheur, sorti tout récemment chez nous dans une sensationnelle édition 4k, en novembre 2025. Il est aussi (encore) disponible dans le catalogue de Prime Video. Si vous n'avez jamais vu cette merveille, vous savez ce qu'il vous reste à faire.