Il y a 23 ans, cet acteur culte avait encore tant à offrir au cinéma, mais le destin en a décidé autrement
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En 2003, la Chine a perdu l'une de ses icônes, vouée à devenir une des plus grandes stars mondiales. Retour sur le destin brisé d'un comédien magnétique et élégant, mais aussi écorché et mélancolique.

Parfois, le destin se révèle vraiment tragique pour certaines stars... Celle dont nous allons vous parler aujourd'hui aurait pu devenir un des plus grands monstres sacrés du 7ème art, mais il a été fauché en pleine gloire le soir du 1er avril 2003.

Un artiste complet

Né en 1956 à Hong Kong, Leslie Cheung se découvre très tôt un don pour la chanson, et se fait très vite un nom dans le milieu. Au début des années 80, il devient une star de la "cantopop", genre désignant la musique chinoise de Hong Kong.

Evidemment, Leslie ne tarde pas à s'attirer les faveurs du cinéma. Il débute sa carrière d'acteur au milieu des années 80, notamment sous la direction de John Woo dans Le Syndicat du crime 1 et 2, puis sous la houlette de Siu-Tung Ching dans Histoires de fantômes chinois 1 et 2.

Histoires de fantômes chinois
Histoires de fantômes chinois
Sortie : 28 décembre 1988 | 1h 30min
De Siu-Tung Ching
Avec Wo Ma, Siu Ming Lau, Leslie Cheung
Presse
3,0
Spectateurs
3,7
louer ou acheter

En 1990, avec Nos années sauvages, il commence une fructueuse collaboration avec le mythique réalisateur Wong Kar-Wai. Les deux hommes travailleront à nouveau ensemble dans Les Cendres du temps en 1994 et Happy Together en 1997.

"Il était un peu en avance sur son époque et pouvait être à la fois moderne et classique", disait de lui le cinéaste dans le livre WKW : The Cinema of Wong Kar-Wai.

Leslie Cheung dans Métro Romance (1984) Taylor Wong
Leslie Cheung dans Métro Romance (1984)

Le légendaire Tsui Hark jette aussi son dévolu sur lui pour tourner Le Festin chinois en 1995. Deux ans auparavant, Leslie Cheung avait brillé dans le film culte Adieu ma concubine, mis en scène par Chen Kaige. Il s'agit du premier film chinois à recevoir la Palme d'or en 1993.

Adieu ma concubine
Adieu ma concubine
Sortie : 27 octobre 1993 | 2h 51min
De Chen Kaige
Avec Leslie Cheung, Zhang Fengyi, Lu Qi
Spectateurs
3,9
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Une ascension fulgurante

Leslie Cheung est nommé à deux reprises pour le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes, deux années consécutives : en 1996 pour Temptress Moon, réalisé par Chen Kaige, puis en 1997 pour Happy Together de Wong Kar-wai.

L’année suivante, en 1998, il devient membre du jury de la Berlinale, une distinction qui fait de lui la première personnalité chinoise à occuper cette fonction au sein du festival.

Happy Together
Happy Together
Sortie : 10 décembre 1997 | 1h 36min
De Wong Kar-Wai
Avec Tony Leung Chiu-Wai, Leslie Cheung, Chen Chang
Spectateurs
3,8
Disponible sur HBO MAX

Avec une aisance rare, Leslie Cheung traversait les genres sans jamais s’y enfermer : romance, polar, wuxia, fantastique, comédie ou cinéma d’auteur. D’un rôle à l’autre, il se réinventait avec une grâce singulière, donnant à chacun de ses personnages une profondeur, une fragilité et une vérité qui semblaient lui appartenir.

Derrière chaque incarnation se révélait un acteur d’une sensibilité exceptionnelle, capable de faire affleurer l’émotion jusque dans les silences. Au début des années 2000, Leslie se consacre surtout à sa carrière musicale, mais ses démons vont finir par le perdre.

Le 1er avril 2003, la Chine s’apprête à vivre l’un des soirs les plus tragiques de son histoire culturelle. Leslie Cheung, 46 ans, figure immense du cinéma et de la chanson, se trouve à l'hôtel Mandarin Oriental, situé à Hong Kong.

La fin tragique d'une icône

Quelques heures plus tôt, il est arrivé seul dans l'établissement et s’est installé sur une terrasse donnant sur le port Victoria. Il commande une boisson, reste un moment à l’écart, puis demande du papier et un stylo.

À 18h41, Leslie Cheung se jette de la fenêtre du 24ème étage. Les secours le transportent à l’hôpital Queen Mary, mais il est déjà trop tard. La nouvelle se répand alors dans une ville qui, quelques années plus tôt, l’avait porté au rang d’icône.

Très vite, les rumeurs envahissent les journaux, mais derrière les spéculations demeure une réalité plus simple et plus douloureuse : Leslie Cheung souffrait de dépression. À Hong Kong, la stupeur laisse place au chagrin. Des milliers de fans se rassemblent, déposent des fleurs et chantent ses chansons dans les rues.

Pour beaucoup, il est impossible de croire que celui que l’on avait surnommé une légende vient de disparaître si brutalement. Le 1er avril 2003, la légende Leslie Cheung s’éteint, laissant derrière elle une oeuvre immense. L'acteur laissera derrière lui une simple lettre, bouleversante.

Une lettre déchirante

"La dépression ! Merci beaucoup à tous mes amis. Merci beaucoup au professeur Felice Lieh-Mak [La dernière psychiatre de Cheung]. Cette année a été si difficile. Je ne peux plus tenir le coup. Merci beaucoup à Tong Tong [Le surnom de son compagnon et grand amour, Daffy Tong]. Merci beaucoup à ma famille. Merci beaucoup à Soeur Fei. De ma vie, je n'ai rien fait de mal. Pourquoi faut-il qu'il en soit ainsi ?"

23 ans plus tard, la question posée par Leslie Cheung dans son ultime missive reste toujours sans réponse.

Malgré l’épidémie de SRAS qui frappe alors l’Asie en 2003, et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé déconseillant de se rendre à Hong Kong, des dizaines de milliers de personnes affluent pourtant dans la ville le 7 avril 2003 pour rendre un dernier hommage à Leslie Cheung.

Venus principalement d’Asie et d’Amérique du Nord, les admirateurs bravent la peur de l’épidémie pour accompagner une dernière fois celui qu’ils considèrent déjà comme une légende. Le lendemain, Leslie Cheung est inhumé à Sha Tin, dans une cérémonie bouleversante où se mêlent artistes, proches et anonymes.

Tsui Hark, le parolier James Wong et Jacky Cheung prennent la parole pour lui rendre hommage. Parmi ceux qui portent son cercueil figurent également Stanley Kwan, Tony Leung Ka Fai et plusieurs de ses proches collaborateurs. Trois mois plus tard, sa voix revient une dernière fois hanter les mémoires.

Son ultime album, "Tout suit le vent", paraît à titre posthume. Un titre qui, après sa disparition, prend une résonance presque tragique : comme si Leslie Cheung, dans un dernier souffle, avait laissé derrière lui une oeuvre appelée à continuer de vivre lorsque lui ne serait plus là.

En 2010, un sondage de CNN le classera 3ème musicien le plus iconique de tous les temps, après Michael Jackson et les Beatles. Rien que ça !

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
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