Il y a 38 ans, cette actrice des années 80 aurait pu devenir la nouvelle Brigitte Bardot, mais le destin en a décidé autrement
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Cette comédienne, disparue en 1988, aurait pu devenir l'une des plus grandes stars du cinéma français. Son destin a malheureusement été brisé il y a 38 ans. Retour sur le parcours d'un jeune actrice qui aurait pu être la nouvelle Bardot.

En 1985, la France découvre le talent d'une jeune actrice de 22 ans, dont la présence incandescente illumine le film de Claude Chabrol, Poulet au vinaigre. Cette artiste qui tape dans l'oeil du public, c'est Pauline Lafont, fille de la comédienne Bernadette Lafont et du sculpteur hongrois Diourka Medveczky.

Poulet au vinaigre
Poulet au vinaigre
Sortie : 10 avril 1985 | 1h 50min
De Claude Chabrol
Avec Jean Poiret, Stéphane Audran, Michel Bouquet
Spectateurs
3,1
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Entre Brigitte Bardot et Marilyn Monroe

Dans le costume d'une postière délurée, Henriette, Pauline se fait remarquer et va enchaîner les rôles sous la direction de cinéastes prestigieux comme Andrzej Zulawski. Ce dernier fait appel à elle pour son drame L'Amour braque, où elle donne la réplique à Sophie Marceau, Tchéky Karyo et Francis Huster.

Avant cela, elle avait obtenu le petit rôle de Claudette Bourdelle dans la comédie culte Papy fait de la résistance en 1983, mis en scène par Jean-Marie Poiré. Elle a ensuite tourné Un printemps sous la neige de Daniel Petrie, Le Pactole de Jean-Pierre Mocky et La Galette du roi, aux côtés de Jean Rochefort et Roger Hanin.

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En 1986, elle fait une rencontre déterminante avec un certain Gérard Krawczyk, futur metteur en scène de la saga Taxi. Pour Je hais les acteurs, son premier long-métrage en tant que réalisateur, le cinéaste engage Pauline Lafont dans le rôle d'Elvina. La jeune femme côtoie ainsi des monstres sacrés de la comédie française comme Michel Galabru, Dominique Lavanant et Jean Poiret.

Je hais les acteurs
Je hais les acteurs
Sortie : 10 septembre 1986 | 1h 30min
De Gérard Krawczyk
Avec Michel Galabru, Pauline Lafont, Dominique Lavanant
Spectateurs
2,6
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Le film relate les splendeurs et misères de la grande époque d'Hollywood dans les années 40. L'histoire d'un producteur tyrannique, d'un réalisateur paranoïaque, d'une pin-up mariée 24, d'un acteur qui refuse de vieillir...

Pauline Lafont dégageait une fraîcheur et une spontanéité rares à l’écran. Son jeu était instinctif, sensuel sans être artificiel, ce qui la rendait très attachante. Elle incarnait une féminité libre et moderne pour les années 1980. C'est notamment cela qui a plu au cinéaste Gérard Krawczyk, qui lui offrira le rôle principal féminin de L'été en pente douce (1987), avec Jean-Pierre Bacri.

L'actrice interprétait Lilas, une jeune femme libre et provocante. Sa performance a profondément marqué les esprits des spectateurs. Le récit nous présente Fane, campé par Jean-Pierre Bacri. Ce dernier en a assez d'entendre tous les soirs son voisin du dessus "tabasser" sa compagne. Un soir, il monte et redescend avec Lilas qu'il se met à aimer.

Fane apprend alors la mort de sa mère qui avait une petite maison coincée entre deux garages. Fane, Lilas et Mo, le frère de Fane amoindri par une opération au cerveau, vont s'installer dans la maison. Ils vont essayer d'y être heureux malgré un village hostile et un été trop chaud.

L'Eté en pente douce
L'Eté en pente douce
Sortie : 29 avril 1987 | 1h 36min
De Gérard Krawczyk
Avec Jacques Villeret, Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont
Spectateurs
3,6
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"C'était notre Marilyn Monroe française. C'était 'The Girl Next Door', la fille du coin de la rue. Elle avait une beauté très terrienne, voluptueuse. À l'époque, c'était un peu l'ère des mannequins très minces qui vous regardent avec froideur. Elle contrastait énormément", se souvient le cinéaste, interrogé par nos soins en 2023.

Après deux derniers rôles sur grand écran dans Soigne ta droite et Deux minutes de soleil en plus (où elle surprend dans un registre plus sombre), Pauline Lafont est retrouvée morte le 21 novembre 1988, dans des circonstances énigmatiques. Sa disparition avait été signalée le 11 août.

Disparition tragique et feuilleton médiatique

En cet été 1988, le destin semble encore sourire à Pauline Lafont. Elle passe le mois d’août dans la maison familiale de La Serre du Pomaret, ancienne magnanerie nichée sur les hauteurs de Saint-André-de-Valborgne, aux confins sauvages du Gard et de la Lozère. Autour d’elle, les siens : sa mère, l’actrice Bernadette Lafont, et son frère David.

L'actrice vit une parenthèse de calme avant de nouveaux projets, et un festival en Suisse où elle doit bientôt recevoir un prix. Le 11 août, Pauline décide de partir seule en randonnée. Une escapade comme elle les aime, libre et instinctive. Elle doit rentrer le soir même. On l’attend. Les heures passent pourtant, et l’inquiétude s’installe.

En fin d’après-midi, sa mère donne l’alerte. Commence alors une course contre la montre. Pendant deux jours, une soixantaine d’hommes, gendarmes et pompiers, appuyés par un hélicoptère, ratissent ce relief escarpé, fouillent les ravins, scrutent les sentiers. En vain. Les recherches s’intensifient, l’armée est sollicitée, la police interroge des dizaines de témoins.

L’angoisse grandit, laissant place aux hypothèses les plus sombres. Le 16 août, son frère porte plainte contre X pour "arrestation arbitraire et séquestration". L’espoir vacille, mais demeure. Il faudra attendre plus de 3 mois pour que la vérité surgisse, brutale. Le 21 novembre 1988, un berger découvre un corps au fond d’un ravin, près du hameau de l’Adrech, sur la commune de Gabriac.

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Un destin brisé au fond d'un ravin

Le corps est presque réduit à l’état de squelette. L’identification se fait grâce à une bague et à sa denture : c’est bien Pauline Lafont. L’autopsie conclura à une chute d’une dizaine de mètres et sa mort aurait été instantanée. Ainsi s’éteignait, à 25 ans, une étoile montante du cinéma français. Une disparition accidentelle, dans la solitude d’un paysage cévenol, qui a scellé à jamais l’image d’une jeunesse libre et foudroyée en plein élan.

Entre l’annonce de sa disparition et la découverte de son corps, l’affaire avait déclenché une véritable fièvre médiatique. Des témoignages ont afflué de toute la France : certains juraient l’avoir croisée ici ou là, alimentant l’espoir autant que la confusion.

Très vite, les rumeurs les plus folles se sont propagées, dont celle d'une retraite spirituelle dans un couvent, un départ précipité pour la Chine, ou l'embrigadement dans une secte. On parlait même de suicide sur fond de rupture amoureuse et de fragilité personnelle.

Dans ce climat d’incertitude, chaque hypothèse nourrissait l’emballement médiatique, transformant l’attente angoissée en feuilleton national. Au final, Pauline Lafont aura marqué par sa liberté, son charme naturel, son intensité à l’écran et la tragédie de sa disparition précoce. Elle représente encore aujourd’hui une figure culte du cinéma français des années 80.

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