Adèle Haenel : loin des plateaux de cinéma, la comédienne, figure de proue de #MeToo en France, imprime sa marque sur la rentrée littéraire
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6 ans après avoir pris ses distances avec le milieu du cinéma, Adèle Haenel -qui poursuit sa carrière au théâtre-, revient dans l'actualité avec la sortie d'un premier livre hybride, racontant comment elle s'est alignée avec qui elle est.

Ce 21 août 2026, Adèle Haenel revient dans l'actualité avec la sortie d'un premier livre, Viser juste (aux éditions L'Arche). Un récit qui devrait faire événement parmi les 461 sorties de la rentrée littéraire dont le coup d'envoi vient d'être donné.

Viser juste retient d'abord l'attention par sa forme. Ce n'est ni une autobiographie, ni un livre témoignage, mais plutôt un récit littéraire hybride croisant roman, scénario et essai philosophique, nourri de références qui ont compté dans le parcours de la comédienne. Pour son entrée en littérature, Adèle Haenel déjoue les attentes et invente une forme à l'image de sa pensée.

Son éditeur le présente comme à la fois comme "un manifeste artistique" et "une méthode de survie". Même si le livre n'est pas que ça, il s'annonce d'emblée important dans la documentation au présent de #MeToo dans le cinéma, s'inscrivant par exemple dans la continuité du livre récent de Judith Godrèche, Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux, paru en janvier dernier au Seuil.

"Comment la joie, la lumière et la créativité sont tombées comme une peau morte d'enfance après l'été 2001."

Pour commencer son récit, Adèle Haenel plonge dans ses souvenirs, à la manière d'une enquête, sur les traces de "l'enfant-fantôme". "Je cherche à comprendre ce qui s'est passé pour que cet enfant trop sérieux, trop intense du cours de théâtre, devienne cette adolescente hagarde, déboussolée et éteinte. Comment la joie, la lumière et la créativité sont tombées comme une peau morte d'enfance après l'été 2001", écrit-elle dans les premières pages de son livre.

Les agressions sexuelles qui l'ont amenée à porter plainte en 2019 et pour lesquelles Christophe Ruggia a été condamné en appel à 5 ans de prison, dont 2 ferme sous bracelet électronique en avril dernier sont au coeur du récit des souvenirs. Ce dernier n'est jamais nommé, mais les lectrices et lecteurs peuvent reconnaitre qu'il est question du tournage des Diables, de cette période, et des accusations qu'elle a porté contre lui.

"Prendre la parole sur les violences sexuelles a été cette ligne rouge très claire, un dernier pas avant de sauter vers je ne sais pas quoi en tout cas hors du monde que je connaissais. Une affaire de pédocriminalité. J'ai dit les mots et j'ai fait un pas dans l'inconnu craignant que le franchissement du mur du silence n'aille me dissoudre. Mais l'explosion n'a pas eu lieu."

Et d'ajouter : "Une fois de l'autre côté, j'ai eu envie de rire face à la taille de l'arnaque. Oui le prix à payer est grand mais ce qui est plus stupéfiant encore, c'est la force que cela m'a donnée, de ne plus être tétanisée par la menace de tout perdre, d'être alignée et de vivre dans le sens et la dignité."

"Les agressions sexuelles ne m'ont pas annulée, elles m'ont créée détruite."

Au sujet de #MeToo, elle écrit : "Le mouvement MeToo n'est pas réductible à un face-à-face entre une victime et un agresseur, comme une sorte de guerre de tranchées version David contre Goliath. C'est un mouvement de politisation à partir de nos expériences de victimes. (...) Les agressions sexuelles ne m'ont pas annulée, elles m'ont créée détruite. Elles n'ont pas interrompu définitivement ma vie, mais ont engendré une existence à partir de ruines."

Elle pose des mots tranchants sur sa vision du milieu de cinéma qu'elle a quitté depuis Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. "C'est comme ça que mon personnage principal pendant ces années a été celui de la jeune première. Les grands hommes du cinéma ont arraché ce costume à celles avant moi qui avaient eu le mauvais goût de dépasser la trentaine - probablement ils leur ont craché à la gueule au passage en les insultant dans leurs critiques, les humiliant dans leurs images - et ils me l'ont tendu dans un sourire, quasi neuf. Je l'ai enfilé gentiment et c'est la qualité de mon interprétation dans ce grand rôle classique poussiéreux, qui m'a donné ensuite accès à des plateaux de tournage.

Pendant que je suis sur ce tapis rouge roulant du succès, c'est-à-dire en direction de la poubelle et du formatage total, je calcule : le personnage de la jeune première, mon créneau, a pour date de péremption la trentaine. Ça veut dire qu'il me reste entre dix et quinze ans maximum avant qu'on m'accuse d'avoir vieilli, avant qu'on me reproche d'avoir accepté de faire tout ce qu'on aura exigé de moi."

L'importance des rencontres et des amitiés

Une section du livre revient sur certains films de sa carrière et comment y avoir participé a contribué à changer, à comprendre qui elle était, sortir de l'état de dissociation dans lequel elle était. Elle parle de la place des arts et de la philosophie pour survivre. Elle parle également de l'importance de certaines rencontres : "Ce chemin n'a été rendu possible que par la rencontre, au long de la route, de personnes, elles aussi en recherche de sens, qui m'ont soutenue par leurs présences, accompagné par leurs réflexions, se sont opposées, m'ont fait changer. Ces amitiés qui ont transformé ma manière de parler, de regarder, de toucher." Un livre qui vise juste donc et va vers la lumière. Le livre est dédié à la mémoire de la directrice de casting Christel Baras, décédée le 6 août 2025, qui l'avait découverte.

Adèle Haenel accompagnera la sortie de ce livre dans plusieurs librairies en France, en Suisse et en Belgique.

Elle poursuit également sa tournée avec sa pièce Voir clair avec Monique Wittig. Les prochaines représentations sont prévues à Marseille le 30 septembre et 1er octobre 2026.

Viser juste d'Adèle Haenel, écrit avec la collaboration de Gisèle Vienne, sort en librairie ce 21 août 2026, aux éditions L'Arche.

Brigitte Baronnet
Brigitte Baronnet
-Journaliste cinéma
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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