Mort à 85 ans de Patricio Guzman, réalisateur de la monumentale Bataille du Chili, un des dix plus grands films politiques de l'Histoire du Cinéma
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Cinéaste multi primé, inlassable radiographe de l'Histoire de son pays, le Chili, et des heures sombres de la dictature de Pinochet, Patricio Guzman est décédé ce 15 septembre à Paris, à l'âge de 85 ans.

Par Olivier Pallaruelo

Cinéaste multi primé, inlassable radiographe de l'Histoire de son pays, le Chili, et des heures sombres de la dictature de Pinochet, Patricio Guzman est décédé ce 15 septembre à Paris, à l'âge de 85 ans.

Un chef-d'oeuvre du cinéma militant

Après des études à l'Ecole Officielle de l'Art Cinématographique à Madrid de 1966 à 1969, Patricio Guzman produit et réalise La Bataille du Chili. Monument du cinéma militant des années 1970, La Bataille du Chili de Patricio Guzmán est à juste titre considéré comme un des dix plus grands films politiques de l'Histoire du Cinéma.

D'une durée de cinq heures, réalisé dans des conditions extrêmement périlleuses, le documentaire est découpé en trois parties : "L'insurrection de la bourgeoisie", "Le coup d'Etat" et "Le Pouvoir populaire". Réalisé entre 1973 et 1979, avec la contribution de Chris Marker et de l'Institut du Cinéma Cubain qui travaillera sur le montage de ce film fleuve, il retrace l'histoire du gouvernement de Salvador Allende, la marche vers le coup d'Etat et la dictature de Pinochet.

Exilé à Paris et très attaché à l'histoire de son pays d'origine, il réalise plusieurs documentaires sur les bouleversements majeurs que connaît le Chili à la fin de XXe siècle : Au nom de Dieu sur la lutte de l'Eglise catholique pour la défense des droits de l'homme au Chili, Chili : la mémoire obstinée (1997) sur la mémoire historique de son pays, Le Cas Pinochet (2001) sur l'arrestation du célèbre dictateur chilien, ou encore Salvador Allende (2004), forme d'hommage rendu à un homme qui a profondément marqué la vie de Patricio Guzman.

Des liens indéfectibles avec le Chili

Après cinq ans de silence, il revient au Chili avec un documentaire atypique intitulé Nostalgie de la lumière. On y découvre le cosmos en plein désert d'Atacama, là où les corps de prisonniers politiques sont enfouis. Une relation entre l'espace et le génocide humain au coeur en 2015 du Bouton de nacre, cette fois-ci localisée en pleine Patagonie humide. Il remporta pour ce documentaire l'ours d'argent à la Berlinale. En 2019, il livre un bouleversant documentaire, La Cordillère des songes, qui mêle paysage, réflexion politique et souvenirs d’enfance.

Il sera fidèle jusqu'au bout à l'Histoire passionnée et tourmentée de son pays, en livrant en 2022 son ultime oeuvre, le documentaire Mon pays imaginaire, présenté en séance spéciale au festival de Cannes, et qui revient sur les événements survenus en octobre 2019 au Chili.

A la suite à la hausse des tarifs des transports publics à Santiago du Chili, une mobilisation massive de la population a débuté, lassée des importantes inégalités sociales qui frappent le pays. Ces manifestations ont débouché sur la déclaration de l’état d’urgence par le gouvernement chilien, d’un couvre-feu et la concession de pouvoirs extraordinaires à la police et l’armée dans la gestion de l’ordre public.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.