Annoncée dès 2020, l’adaptation en long-métrage de la vie de l’un des tueurs en série les plus tristement célèbres des États-Unis vient enfin d’être dévoilée sur Netflix. Sobrement intitulé Unabomber en référence au criminel éponyme, le film est scénarisé par Sam Chalsen et Nelson Greaves et réalisé par Janus Metz Pedersen (à qui les amateurs de séries doivent notamment plusieurs excellents épisodes de True Detective ou Andor). Considérée comme la traque la plus longue et coûteuse de l’Histoire des États-Unis, l’affaire Unabomber était loin d’être simple à adapter à l’écran. Pari tenu ?
De quoi ça parle ?
Né en 1942 et diplômé en mathématiques de l’école d’Harvard à seize ans, le très brillant Theodore Kaczynski voit sa vie basculer lorsqu’il se porte volontaire pour une série d’expériences psychologiques au sein de son université, menées par le professeur Henry Murray.
Liées selon une étude de The Atlantic au projet MK Ultra lui-même, ces expériences extrêmes changent durablement Kaczynski, qui se replie sur lui-même et adopte un mode de vie solitaire, voire sauvage. Pendant près de vingt ans, ce dernier développe des théories anarchistes et idéalistes teintées de complotisme et se lance dans une longue série d'attentats à la bombe, qui durera près de vingt ans. Traqué par le FBI dans l’une des chasses à l’homme les plus fastidieuses de l’histoire des États-Unis, le “Unabomber” demeure l’une des figures criminelles les plus fascinantes de son temps.
Qui est au casting ?
L’Histoire des États-Unis a été marquée par les crimes de plusieurs tueurs en série (ou serial killers) particulièrement médiatisés. Jeffrey Dahmer, Charles Manson ou encore le mystérieux tueur du Zodiaque… Autant de noms tristement célèbres auxquels s’ajoute celui d’Unabomber, Theodore Kaczynski. Mais loin d’être un fou sanguinaire, ce dernier a captivé l’opinion publique par ses facultés intellectuelles surdéveloppées, la complexité de ses schémas de pensée et son histoire singulière. Il fallait donc plonger aux racines de celle-ci pour comprendre l’évolution d’un tel personnage. Le Unabomber de Netflix fait donc le choix d’une narration double, dans laquelle s’intercalent deux époques bien distinctes : la jeunesse de Theodore et la traque de Unabomber par le FBI.
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C’est au très précoce Jacob Tremblay qu’a été confiée l’énorme responsabilité d’incarner Theodore Kaczynski. Révélé par ses rôles d’enfant-acteur dans Room (2015), Wonder (2017) ou encore Docteur Sleep (2019), Jacob Tremblay a bien grandi. Aujourd’hui âgé de 19 ans, il parvient parfaitement à prendre les spectateurs à contrepied avec sa prestation passionnée et naïve, progressivement mue en une colère crédible dont les excès parviennent sans mal à instiguer un malaise durable. Si le jeu de Jacob Tremblay rappelle par certaines mimiques et intonations celui d’un certain Timothée Chalamet, l’inquiétude qu’il parvient à créer évoquera quant à elle la performance d’Owen Cooper dans l’excellente mini-série Adolescente.
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Iconique pour son rôle dans le Gladiator de Ridley Scott, Russell Crowe prête quant à lui ses traits au professeur Henry Murray, féru de psychologie dont les expériences vont définitivement changer Theodore. Moins stoïque qu’à son habitude, le comédien néo-zélandais parvient à livrer une partition plutôt convaincante et nuancée, capable d’inspirer pour son personnage autant le mépris que la pitié.
La brillante Shailene Woodley vient compléter ce trio de tête dans le rôle de Joanne Miller, détective du FBI chargée de l’enquête, plusieurs années après que Theodore ait quitté l’université. Ses admirateurs seront ravis de la retrouver dans un registre qu’elle connaît et maîtrise, puisqu’elle avait déjà eu l’occasion de le mettre en œuvre dans Misanthrope.
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Une distribution talentueuse au service d’un thriller académique
La force d’Unabomber réside donc, avant tout, dans la qualité de jeu de sa distribution, plutôt subtile dans l’ensemble et naviguant hors des sentiers battus de leurs filmographies respectives. Mais si les comédiens parviennent sans mal à capter l’attention des spectateurs, faut-il encore parvenir à la conserver.
Récit résolument passionnant dans ses grandes lignes, Unabomber constitue un thriller honnête et de plutôt bonne facture, que quelques décisions d’écriture viennent malheureusement alourdir par instants. Loin d’être un Whodunit, à la manière de Zodiac, Unabomber fait le pari du Whydunit en confrontant le présent du criminel à son passé par le biais d’un montage intercalé. Cette décision, bien que pertinente eu égard de l’affaire traitée, a vite fait de saper la tension de l’intrigue, d’autant que la réalisation de Janus Metz Pedersen se révèle assez académique.
Plus dommageable néanmoins, l’enquête de Joanne Miller et de ses collègues du FBI en ressort elle aussi amputée de sa tension - les nombreux flashbacks représentant une part non-négligeable du long-métrage - mais aussi de son caractère complexe. La plus grande traque de l’Histoire des États-Unis paraît donc vite résolue, et les efforts mobilisés pour retrouver le Unabomber un peu vite expédiés.
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Thriller de bonne facture porté par une distribution impliquée, Unabomber peine à maintenir sa tension de bout en bout mais introduit néanmoins une réflexion psychologique passionnante et interroge, une nouvelle fois, sur la responsabilité médicale d’un individu comme Theodore Kaczynski dans ses actes criminels.