Tout a été dit sur Le Parrain, qui fut un immense succès en salle, récolta trois Oscars et une moisson de prix à travers le monde. Tout en mettant définitivement sur orbite la carrière de Francis Ford Coppola. Parmi les nombreuses qualités du film figure au sommet l'incarnation de Marlon Brando sous les traits du patriarche Don Corleone. Un retour en grâce pour cette légende du cinéma, qui obtiendra l'Oscar du Meilleur acteur.
Tout, vraiment ? Pas tout à fait finalement. Le 15 novembre 2026 marquera les 50 ans de la disparition de Jean Gabin. Son fils, Mathias Moncorgé, lui rend hommage à travers le livre "Gabin de A à Z" aux éditions Guy Tredaniel et pour le documentaire "Jean Gabin - La guerre c'est pas du cinéma" diffusé sur Arte lundi 9 novembre à 22h30.
"Vous leur dites qu'ils viennent tourner en France"
Invité sur le plateau de l'émission C à Vous, il a ainsi livré une assez incroyable et savoureuse anecdote concernant son père : il aurait pu incarner Vito Corleone ! Vous avez bien lu.
"Papa était très spécial. Il aimait les Etats-Unis, la mentalité des américains. Par contre, d'y vivre, non. On bouffe mal, c'est des cons... Et en plus il fallait y aller en avion. Il avait une peur bleue de l'avion. Il a pris une fois l'avion, il y a eu un orage... Plus jamais il a pris l'avion. Il a dit - et c'était Jacques Bar, le producteur, qui lui a dit : "Jean, j'ai eu Coppola, et il voudrait que vous fassiez Le Parrain". Il a répondu : "oui oui, pourquoi pas, ils n'ont qu'à envoyer le scénario. Mais je vous préviens Jacques, vous leur dites qu'ils viennent tourner en France". Vu le sujet et la toile de fond du film de Coppola, ça aurait quand même été bien compliqué...
Un des journalistes interpelle Mathias Moncorgé : "mais lorsque le film est sorti et que ça été un succès immense, il n'y a pas eu un petit regret chez votre père ?" La réponse est là aussi savoureuse : "Je ne sais même pas s'il l'a vu, il n'allait pas au cinéma papa !"
La peur de l'avion lui fait manquer un autre rôle de légende
Quelques années plus tard, Jean Gabin laissera filer un autre très fameux rôles : celui de Max, incarné par Robert de Niro, dans Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Au milieu des années 1970, Leone travaille activement sur son projet le plus personnel. En mai 1974, il confie à son ami Noël Simsolo – critique, écrivain et scénariste – les premières intentions qui façonnent alors le film. À cette époque, le personnage de Max ne devait pas être américain, mais français, comme il l’a expliqué lui-même dans Conversations avec Sergio Leone.
“C’était au début [du projet]. Je voulais que Max soit français”, déclare-t-il à Noël Simsolo dans l’ouvrage. “Pas uniquement pour une question de coproduction : j’avais le désir d’évoquer les Français qui vivaient en Amérique. (...)”
Mais pour incarner Max à un âge avancé, Sergio Leone pense immédiatement à une figure mythique : Jean Gabin. Admiratif depuis toujours, il parvient à le rencontrer entre 1974 et 1975. Le courant passe. Leone en garde un souvenir ému et raconte cet échange singulier, marqué par une exigence très personnelle de l’acteur.
“Je crois [que Gabin] m’aimait bien. Et moi, je l’admirais depuis toujours. Il m’avait donné son accord à condition qu’il ne prenne pas l’avion. Il m’avait dit : 'Écoutez, Leone, nous irons en Amérique par le bateau. Tous les deux. Comme ça, on aura entièrement le temps de discuter du rôle et de tout préparer. Moi, l’avion, ça me plaît pas. Le bateau, j’aime. Je connais. Mais ce que je préfère, c’est le ‘dur’. Le train. C’est le moyen le plus peinard pour voyager".
Malheureusement, ce projet ne dépassera jamais le stade de l’intention. En 1976, peu après la sortie de L’Année sainte de Jean Girault, Jean Gabin disparaît, emporté par une leucémie le 15 novembre.