C'est l'une des scènes d'ouverture les plus mythiques de la science-fiction : il y a 58 ans, elle redéfinissait le genre
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Après plusieurs décennies, cette séquence d'introduction reste toujours aussi fascinante et énigmatique. En quelques minutes, Kubrick redéfinissait complètement la science-fiction au cinéma dans ce chef-d'oeuvre intemporel.

Par Vincent Formica

En 1968, Stanley Kubrick nous offrait un monument du 7ème art, encore considéré aujourd'hui comme une oeuvre majeure et fondatrice : 2001, l'Odyssée de l'espace. Le futur réalisateur d'Orange Mécanique ou Barry Lyndon frappait un grand coup, envoyant valser de nombreuses conventions cinématographiques, dès la scène d'ouverture !

2001 : l'odyssée de l'espace
2001 : l'odyssée de l'espace
Sortie : 27 septembre 1968 | 2h 21min
De Stanley Kubrick
Avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester
Presse
4,6
Spectateurs
4,1
Streaming

Une scène magistrale, sans un seul mot

Après la séquence du lever du soleil qui révèle le titre, accompagnée du fameux thème orchestral "Ainsi parlait Zarathoustra" op. 30, de Richard Strauss, on se retrouve à l’aube de l'Humanité, dans une nature encore sauvage, où les rochers se découpent dans une lumière froide.

Un petit groupe de primates fouille le sol, affamé, méfiant, constamment sur le qui-vive. Autour d’eux, la vie appartient aux plus forts : les prédateurs rôdent et la nourriture manque. Puis vient la nuit, glaciale, et la petite troupe se réfugie près de quelques rochers.

Au matin, ils découvrent qu’un autre groupe occupe leur territoire. Les cris fusent, les deux bandes se défient, mais les primates les plus faibles finissent par céder. Ils s’éloignent, vaincus, jusqu’à leur rencontre avec quelque chose d’inexplicable. Dressé au milieu du paysage, parfaitement lisse et noir, un immense monolithe noir apparaît.

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Personne ne bouge. Les animaux l’observent comme s’ils pressentaient une présence qu’ils ne comprennent pas. Peu à peu, la peur laisse place à la curiosité. L’un d’eux ose s’approcher, puis pose une main hésitante sur la surface froide. Rien ne se produit, du moins, en apparence.

Plus tard, devant un squelette animal, le même primate contemple les os éparpillés dans la poussière. Il en saisit un morceau et le frappe contre les autres. Un choc : l’os devient soudain un outil, puis une arme. Le geste se répète, de plus en plus puissant, comme si une idée venait de naître.

Dans son regard, quelque chose a changé : pour la première fois, il comprend qu’il peut transformer le monde. Il brandit l’os et le lance dans les airs. L’os tourne, monte dans le ciel, et, dans un vertigineux raccourci, devient un vaisseau spatial.

Pendant toute cette dernière scène, le morceau "Ainsi parlait Zarathoustra" retentit, comme pour signifier un moment charnière dans l'Histoire de l'Humanité, engendré par l'apparition de l'énigmatique monolithe noir.

Le génie narratif de Kubrick

Quelques minutes suffisent à Stanley Kubrick pour faire comprendre que 2001, l’Odyssée de l’espace ne sera pas un film de science-fiction comme les autres. Avant même qu’un personnage ne prononce un mot, le réalisateur installe une atmosphère presque primitive, mystérieuse, puis fait basculer son récit dans une dimension qui semble dépasser l’humanité elle-même.

La scène pourrait presque appartenir à un documentaire animalier jusqu'à l'apparition du monolithe noir, cette forme géométrique parfaite, étrangère à ce monde naturel. Kubrick ne donne évidemment aucune explication. Il laisse simplement les animaux, et le spectateur, face à l’incompréhensible.

C’est précisément cette absence d’explication qui rend la scène fascinante. Le monolithe n’est pas seulement un objet mystérieux ; il semble représenter l’apparition d’une intelligence, d’une connaissance ou d’une force qui dépasse les primates. Après son apparition, l’un d’eux découvre qu’un os peut devenir un outil. Puis une arme.

En quelques gestes, Kubrick suggère ainsi une révolution fondamentale : la naissance de la technologie. Mais le véritable coup de génie arrive quelques secondes plus tard. Le primate lance son os dans les airs. L’objet tourne lentement au-dessus de lui… puis, sans transition, l’image nous transporte des millions d’années plus tard, vers un gigantesque vaisseau spatial.

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Une ellipse mythique

Cette ellipse est devenue l’une des plus célèbres de l’histoire du cinéma. Elle est devenue aussi puissante et mémorable car elle raconte presque toute l’histoire de l’humanité en une seule coupe. L’os représente la première technologie ; le vaisseau, la technologie arrivée à son niveau le plus sophistiqué.

Entre les deux, Kubrick supprime des millénaires d’évolution. Le spectateur est obligé de faire lui-même le lien. La musique joue également un rôle essentiel. Les premières images sont accompagnées par "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss, dont l’ouverture grandiose donne à la scène une dimension presque cosmique.

Le contraste entre cette musique triomphale et la simplicité des images crée immédiatement quelque chose de monumental : ce que nous regardons semble être moins la naissance d’un outil que celle d’une nouvelle étape de l’humanité.

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Enfin, Kubrick filme cette transformation avec une sobriété remarquable. Peu de dialogues, peu d'explications, aucun commentaire pour nous dire ce que nous devons penser. Tout passe par les images, la musique, le montage et les silences. C’est peut-être là que réside la force de cette ouverture.

La séquence ne cherche pas simplement à raconter le commencement d’une histoire. Elle donne l’impression d’assister, en quelques minutes, à l’éveil de l’intelligence humaine et à l’immensité de son avenir. Une ouverture qui, plus d’un demi-siècle après sa sortie, continue de donner au cinéma de science-fiction une dimension presque mythologique.

2001, l'Odyssée de l'espace est disponible sur la plateforme HBO Max.

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
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