"Des spectateurs ont traversé les frontières pour voir ce film" : c'est quoi Leviticus, cette histoire d'amour horrifique sur un sujet important ?
par Thomas Desroches
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Premier long-métrage de l'Australien Adrian Chiarella, "Leviticus" puise avec force dans l'horreur pour porter un regard sur l'homophobie et l'intégrisme religieux. Rencontre avec le réalisateur.

Quoi de mieux que l'horreur pour sonder les maux de nos époques ? L’histoire du cinéma nous l’a prouvé à de multiples reprises. L’Invasion des profanateurs traduisait le climat de panique à l’ère du maccarthysme ; Les Femmes de Stepford, la résistance du patriarcat face aux nouvelles vagues de féminisme ; tandis que La Nuit des morts-vivants et Get Out tendaient un miroir aux Etats-Unis pour dénoncer l’oppression raciale.

Leviticus, premier long-métrage de l’Australien Adrian Chiarella, s’inscrit dans cet héritage. L’histoire suit Naim et Ryan - interprétés par Joe Bird et Stacy Clausen -, deux adolescents amoureux et sous l'emprise de leur communauté religieuse, prête à tout pour punir et "corriger" leur homosexualité. Après une séance d'exorcisme, une entité prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un et l’autre.

Leviticus
Leviticus
Sortie : 7 octobre 2026 | 1h 28min
De Adrian Chiarella
Avec Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska
Presse
3,3
Spectateurs
3,0
Séances (67)

Alors que l’horreur connaît un âge d’or avec des phénomènes tels qu’Obsession de Curry Barker et Backrooms de Kane Parsons, Leviticus frappe là où ça fait mal. La sortie du film percute d’autant plus que de nombreux pays poursuivent une répression intensive et assumée contre la communauté LGBT+. AlloCiné a rencontré le scénariste et réalisateur.

AlloCiné : Malgré d’apparents progrès, l’homophobie est toujours aussi présente, si ce n’est plus. Il n’y a qu’à suivre l’actualité au Sénégal, en Turquie, aux États-Unis et même en France où les guet-apens sont en hausse. Entre rage, colère et inquiétude, quelle émotion personnelle vous a poussé à écrire Leviticus ?

Adrian Chiarella, scénariste et réalisateur : En tant qu'homme gay, je réfléchissais à ce que l'homophobie représente pour moi et au sentiment qu'elle m'inspirait. Et ce sentiment, lorsque j'y repense et que je vois encore ce phénomène se produire autour de moi, était l’angoisse. Une angoisse semblable à celle que l'on ressent en regardant un film d'horreur.

C’est à partir de ce moment-là que j’ai choisi ce registre. Les films d'horreur font partie de mes genres préférés et ce, depuis ma plus tendre enfance. Je savais aussi que je n'étais pas la seule personne de la communauté LGBT+ à entretenir un lien avec l'horreur. Ce genre ne traduit que trop bien nos intranquillités du quotidien.

Joe Bird et Stacy Clausen dans Causeway Films
Joe Bird et Stacy Clausen dans "Leviticus".

La religion joue un rôle important dans le film et cela commence par le titre, en référence au Lévitique. Avez-vous grandi dans un milieu religieux ?

Mes parents ne sont pas religieux. Ils sont athées convaincus. Mais j'ai fréquenté une école très religieuse à l'adolescence, où j'ai découvert beaucoup de notions bibliques, le Lévitique et d'autres sujets similaires.

Je me souviens, au début du lycée, des professeurs et du proviseur qui s'exprimaient devant tout l'établissement sur la position de la Bible concernant l'homosexualité. Je crois que ça marque profondément, surtout quand on est un jeune homosexuel. C'est en partie ce qui m'a inspiré.

Avez-vous dû vous battre pour réaliser le film ?

Je pense que, comparé à d'autres cinéastes que j'ai côtoyés, j'ai eu un parcours relativement aisé. Je ne dirais pas que c'était facile, mais c'était plus simple que ce que j'ai pu observer. J'ai commencé à écrire le scénario en 2021. C'était au début de la pandémie de COVID. Et j'étais sur le plateau de tournage en 2025. Donc environ quatre ans se sont déroulés entre ces deux étapes.

Ici en Australie, nous avons de nombreux programmes de financement, tant au niveau de l'État qu'au niveau fédéral. J'ai donc bénéficié d'une aide financière importante pour écrire. C’est lorsque nos producteurs de Causeway Films ont rejoint le projet que les choses se sont accélérées. Il s’agit de la société de production qui a réalisé des films comme The Babadook et La Main. Ils savaient donc parfaitement ce qu’ils faisaient.

Grâce à cela, j'étais bien protégé, car ils avaient mis en place un système où les financiers qui leur faisaient confiance étaient prêts à les laisser travailler en toute autonomie avec moi, ce qui était une véritable aubaine.

Lors de certaines projections de Leviticus, certaines personnes avaient déjà vu le film plus de 20 fois, presque 30.

En tant qu'auteur et réalisateur, quel est le film d'horreur queer qui vous a donné envie de créer des histoires ?

Ce ne sont pas nécessairement des films d’horreur mais je me souviens avoir vu beaucoup de films de Gregg Araki quand j'étais plus jeune et m'être dit : « On peut raconter ce genre d'histoires et y ajouter une touche de genre. » C’est une véritable leçon que j’ai retenue.

Depuis sa présentation au Festival de cinéma de Sundance en janvier dernier, Leviticus a connu une belle trajectoire. Il a été acheté par Neon [un important distributeur américain, ndlr] et a suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux.

Ce qui m'a le plus surpris, c'est la façon dont les gens se sont identifiés au film. On espère toujours qu'un film trouve son public, mais celui de Leviticus est particulièrement passionné. Lors de certaines projections, notamment les séances de questions-réponses, certaines personnes avaient déjà vu le film plus de 20 fois, presque 30.

Et moi, en tant que cinéphile, j'ai des films que j'aime bien, auxquels je donne une très bonne note, mais il y a aussi ceux que j'adore et que je revois sans cesse depuis des années, un peu comme un album fétiche qu'on écoute en boucle.

C'est donc très important pour moi de savoir que j'ai réalisé un film qui a cet impact sur certaines personnes. Certes, il ne s'agit peut-être pas d'un public immense, mais le fait qu'il ait cette signification pour certains est vraiment précieux à mes yeux.

Stacy Clausen dans Causeway Films
Stacy Clausen dans "Leviticus".

Existe-t-il beaucoup de pays où Leviticus ne sortira jamais au cinéma en raison de son sujet ?

Oui, il y en a. Comme vous le savez, certains pays boycottent totalement les histoires queer. C’est curieux, nous avons justement parlé du lien entre la communauté LGBT+ et les films d'horreur.

Il semble y avoir un point commun entre des pays trop homophobes pour projeter un film queer et trop effrayés par le surnaturel pour projeter un film d'horreur. Ils partagent tous la même forme d'animosité envers ces thèmes. Je pense donc que tout est lié.

Je ne veux pas dire exactement où, mais nous avons récemment projeté Leviticus dans un pays et certains spectateurs ont raconté avoir traversé les frontières pour le voir, car leur pays interdisait sa sortie. Les gens trouveront toujours un moyen de le voir, quoi qu'il arrive.

Propos recueillis par Thomas Desroches, le 1er octobre 2026

Leviticus, actuellement au cinéma

Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.