Il existe des films dont le projet semble improbable sur le papier et qui se révèlent jouissifs une fois à l’écran. Nobody, réalisé par Ilya Naishuller (le réalisateur du déjanté Hardcore Henry), en fait clairement partie. Imaginer Saul Goodman en machine à castagner relevait du pari un peu fou, et pourtant l’idée vient de l’intéressé lui-même.
Habitué aux seconds rôles drôles et nerveux, Bob Odenkirk rêvait depuis longtemps de passer à l’action. Après avoir vu l’effet de Taken sur la carrière de Liam Neeson, il a imaginé son "propre homme ordinaire qui cache un passé dangereux" et s’est associé à Derek Kolstad, le scénariste de John Wick, pour lui donner vie. Pendant près de deux ans, à plus de cinquante ans, il s’est soumis à un entraînement intensif mêlant combat et maniement d’armes. Ce rôle était pour lui un défi personnel et une façon de se réinventer.
L’histoire ? Hutch Mansell mène une existence d’une banalité absolue : même routine chaque matin, boulot sans éclat dans l’entreprise de son beau-père, famille qui s’éloigne peu à peu. Lorsque deux cambrioleurs s’introduisent chez lui, il ne réagit pas, et son entourage le juge sévèrement pour cela. Mais un banal incident dans un bus réveille chez lui un passé que personne n’aurait soupçonné, et attire sur sa famille des ennemis redoutables...
Sur le plateau, la recette fonctionne grâce au contraste. Les bastons sont chorégraphiées avec une énergie folle, l’humour noir frappe juste et la bande-son pop décalée accompagne le chaos. Christopher Lloyd, en père malicieux, et RZA complètent un casting savoureux.
Sorti en 2021, alors que les salles peinaient encore largement à se remettre de la pandémie, Nobody a engrangé environ 57 millions de dollars dans le monde pour un budget d’environ 16 millions. Un joli petit succès, qui a installé Odenkirk comme héros d’action crédible et lui a valu une suite.
Si vous aimez les films d’action efficaces, drôles et sans temps mort, ce film de moins de 90 minutes mérite largement une soirée. Sur Prime Video donc.