Clayface : avait-on déjà vu cet ennemi de Batman au cinéma avant ce film ?
par Maximilien Pierrette
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Sept ans après le Joker, c'est un autre adversaire de Batman qui a aujourd'hui droit à son propre long métrage : Clayface. Mais ce film d'horreur DC marque-t-il la première apparition du personnage au cinéma ?

Ça parle de quoi ?

L'ascension fulgurante de Matt Hagen, de gamin des rues de Gotham à star hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsqu'un baron du crime le laisse atrocement défiguré. Abandonné de tous et n'ayant plus rien à perdre, Matt se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend miraculeusement son apparence… mais altère profondément sa perception de la réalité. Il sombre alors dans une spirale destructrice, consumé par un irrépressible désir de vengeance.

Clayface
Clayface
Sortie : 21 octobre 2026 | 1h 49min
De James Watkins
Avec Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, Max Minghella
Séances (315)

Clay de bras

En 2019, le Joker était devenu l'étincelle d'une révolte populaire qui ne demandait qu'à s'embraser. Cinq ans plus tard, le Pingouin avait gravi les échelons du monde du crime. Et alors qu'on s'attendait à voir l'Homme Mystère ou Double-Face connaître, à leur tour, les honneurs d'un film solo, c'est Clayface qui entre en scène, pour faire glisser le DC Universe vers l'horreur. Né en 1940 dans le numéro 40 de "Detective Comics", celui que l'on appelle aussi Gueule d'Argile n'est pourtant pas l'ennemi de Batman le plus connu du grand public, et il doit une grande partie de sa notoriété à la série animée de 1992, où Ron Perlman lui prêtait sa voix dans le version originale.

Un show qui ne braquait pas ses projecteurs sur Basil Karlo, première et plus célèbre itération du personnage jusqu'ici, mais sur Matt Hagen, acteur défiguré après un accident de voiture et qui pense pouvoir remettre sa carrière sur les bons rails grâce à un remède miracle expérimental, qui lui permet alors de prendre l'apparence de n'importe qui... et va le conduire à sa perte le jour où il est surpris en train d'essayer de voler des doses du produit dont il a régulièrement besoin, et se retrouve exposé à une overdose qui lui donne une apparence monstrueuse que bon nombre de spectateurs n'ont pas oubliée.

Warner Bros. Animation

James Watkins et l'équipe derrière Clayface (dont Mike Flanagan, auteur de la première version du scénario) en font sans aucun doute partie, à tel point qu'il n'est pas étonnant de voir Bruce Timm et Paul Dini, créateurs de la série animée, remerciés dans le générique du long métrage : le premier en prises de vues réelles sur ce méchant protéiforme, certes vu dans le film d'animation Lego Batman, ou sous les traits de Brian McManamon dans quelques épisodes de Gotham.

Mais Tom Rhys Harries, vraie révélation, est le premier à l'incarner en chair, en os et en argile au cinéma, le temps d'un récit qui revisite à son tour l'histoire de Matt Hagen, le temps d'un récit qui parlera aussi bien aux connaisseurs qu'à ceux qui découvriront le personnage pour le première fois : "Je le connaissais, mais je n'avais pas une connaissance encyclopédique de lui", nous avoue le metteur en scène. "Mais je l'ai trouvé fascinant à explorer en profondeur."

"Il n'est pas nécessaire d'avoir un doctorat en films DC pour apprécier Clayface"

"Et l'une des choses vraiment importantes de ce film, l'une de celles qui m'ont attiré, c'est qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un doctorat en films DC pour apprécier celui-ci." Si les photos de tournage laissaient entrevoir une multitude d'easter eggs, entre devantures et affiches placardées sur les murs des rues de Gotham City, ces derniers sont en réalité très peu visibles, et Clayface trouve le juste milieu entre son ancrage dans l'univers partagé relancé en 2025 au cinéma, et ce côté indépendant qu'on craignait qu'il ne perde, rattrapé par un cahier des charges, en apportant un peu de nouveauté.

Après l'optimisme de Superman et la crise existentielle de Supergirl, place aujourd'hui à l'horreur, où James Watkins s'est fait un nom grâce à Eden Lake, La Dame en noir ou le remake de Speak No Evil. Mais cette fois-ci, il s'attaque au body horror, sous-genre parfaitement adapté aux transformations de Matt, avec une référence précise et peu surprenante en tête : "La Mouche de David Cronenberg a évidemment été une grosse influence. Dès le début de cette histoire de téléportation, on croit à cette science, puis aux personnages, puis à leur relation. Il y a un coeur qui bat, un noyau émotionnel."

"Je ne suis pas intéressé par les films d'horreur qui ne reposent que sur les mécanismes de la peur. J'aime qu'ils aient un coeur et une âme. Et que l'on puisse s'y identifier. Le body horror tourne autour de la peur de nos corps et de ce qui pourrait mal se passer, et les problèmes de Matt débutent lorsqu'il perd son identité, son gagne-pain, sa capacité à travailler, sa réputation... Autant de choses qui peuvent nous parler." S'il contient son lot de séquences choc, de la défiguration initiale du héros à sa vengeance qui le fait glisser vers le statut de méchant, avec une belle inventivité dans les mises à mort, Clayface n'en oublie pas le côté humain.

Warner Bros. Pictures

A tel point que le glissement de Matt vers la noirceur et la manière dont il perd pied avec la réalité et son identité, peuvent être vus comme la métaphore d'un acteur qui ne parvient pas à sortir d'un rôle. "C'est intéressant, et il y a définitivement quelque chose autour du fait de s'emparer d'un rôle", nous dit James Watkins. "Ce qu'il y a de fort avec Matt Hagen, c'est que lorsqu'il développe ses pouvoirs de métamorphe, il possède déjà ces incroyables capacités mimétiques. Et il y a cette question de qui l'on est lorsque l'on joue un rôle qui peut s'appliquer à lui ici, alors qu'il y a une confrontation intérieure entre son esprit et ses instincts primitifs. Comme chez tout le monde, quand on veut se venger de certaines personnes."

Non content d'emmener le DC Universe vers un recoin plus sombre (donc de montrer sa potentielle diversité), de nous donner un aperçu de ce que devrait être sa version de Gotham City (car il devrait être lié au Batman de The Brave and the Bold, pas à Robert Pattinson) et de nous faire trembler à quelques reprises, Clayface donne ses lettres de noblesse, au cinéma, à un méchant emblématique qui gagne à être davantage connu. Avec beaucoup de sang, d'argile et un peu de fond.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 12 octobre 2026

Maximilien Pierrette
Maximilien Pierrette
-Rédacteur cinéma
Batman ou Flash. Le nouveau reboot de Spider-Man. Des X-Men marginalisés. L’évolution du personnage de Captain America. L’architecture complexe du Marvel Cinematic Universe. Les tentatives indé. Les super-héros du grand et du petit écran n’ont aucun secret pour lui. Ou presque.
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