"C'est quelque chose qu'on ne fait pas en France" : comment a été tourné Chien et Chat de Reem Kherici avec Philippe Lacheau ?
par Vincent Formica
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Forte de l'influence de Ted, Reem Kherici signe avec Chien et Chat, diffusé sur TF1, son 3ème long-métrage, une comédie hybride mariant prises de vues réelles et animation. Voici les coulisses de la création de Diva et Chichi, le duo virtuel du film.

Porté par Franck Dubosc, Reem Kherici et Philippe Lacheau, Chien et Chat est un long-métrage hybride, mêlant prises de vues réelles et animation 3D, orchestre la rencontre explosive entre Diva, félin star des réseaux sociaux, et Chichi, vilain petit canard des rues.

Chien & Chat
Chien & Chat
Sortie : 14 février 2024 | 1h 28min
De Reem Kherici
Avec Franck Dubosc, Reem Kherici, Philippe Lacheau
Presse
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Separé tragiquement de ses propriétaires respectifs, ce duo mal assorti se retrouve livré à lui-même dans un périple déjanté entre Montréal et New York. S'engage alors une double traque contre la montre : d'un côté, des maîtres totalement dépassés qui tentent de retrouver la piste de leurs compagnons ; de l'autre, deux animaux contraints de faire équipe pour regagner le foyer.

Fruit d'un travail de longue haleine mûri pendant plus d'une décennie, le projet avait initialement été imaginé par Reem Kherici sous la forme d'un pur film d'animation.

Genèse du projet

Dès 2013, la cinéaste ne cachait d'ailleurs pas son ambition d'orchestrer une comédie entièrement animée autour de Diva, sa propre chatte Maine Coon. Qu'est-ce qui a donc poussé la réalisatrice à revoir sa copie et à bifurquer vers un format hybride ?

Lors de notre entretien consacré à la promotion de Chien et Chat, Reem Kherici nous a confié que Ted, la comédie portée par Mark Wahlberg, avait fini par la faire changer d’avis.

"Quand j'ai vu Ted et que j'ai vu que l'acteur pouvait jouer avec une peluche, je me suis dit mais pourquoi est-ce que je ne ferais pas ça avec mon chat en fait ? J'ai décidé de mélanger prises de vues réelles et animation. Je trouvais ça plus moderne que de l'animation pure et dure et c'était aussi l'occasion pour moi d'avoir le premier rôle (rires). C'est quelque chose qu'on ne fait pas en France."

Pour insuffler toute leur vivacité à ces protagonistes à quatre pattes, la réalisatrice s'est entourée de l'expertise de La Station Animation, studio français chevronné déjà remarqué sur Sahara. C'est à cette fabrique tricolore qu'a été confiée la modélisation intégrale des personnages en images de synthèse.

Gaumont

Créer les animaux à 4 pattes

"J’ai rencontré Christian Ronget, le patron de la Station Animation, et nous nous sommes donné un an de préparation pour réaliser ce qu’on appelle un 'animatique', autrement dit un story-board animé de toutes les scènes en 2D mais aussi celles où apparaissent Diva et Chichi, réalisées elles en 3D", a expliqué Reem Kherici.

"Cela m’a permis de pouvoir minuter précisément la durée de mes plans et de préparer déjà mon découpage. Ces scènes en 3D coûtant très cher, cela évite également de tourner des plans inutiles."

Pour la réalisatrice, "le plus gros challenge lors du tournage a été de tourner des plans vides. Elle nous explique : "Le challenge sur le plateau c'était de tourner par -37 degrés avec des animaux qui n'existent pas. C'est-à-dire que tu dis "Coupez ! On l'a" et en fait on a rien. On a filmé de la neige... Donc les gens qui étaient autour devaient se dire : Mais en fait, de quoi elle est contente la nana ?"

À l'inverse du processus d'animation traditionnel, les comédiens doublant les animaux sont passés derrière le micro bien avant les premiers coups de manivelle. Une méthode singulière dont la réalisatrice nous livre les coulisses.

Donner de la voix

"Inès Reg, qui double Diva, et Artus, qui prête sa voix à Chichi, ont posé leur voix sur l'animatique. De cette façon, j'ai pu avoir le timing précis des dialogues et m'assurer que la scène que je tournais durait assez de temps. Ca évitait que je filme un plan de 10 secondes alors qu'il m'en fallait 30. J'avais donc le retour son de la voix des acteurs pendant qu'on bougeait la caméra. Et c'était hyper utile parce que finalement on n'avait rien à filmer et on ne filmait rien."

"Par ailleurs, quand il s'agissait de scènes avec des contacts, on utilisait de gros boudins verts. C'est comme une peluche. J'ai demandé à ce qu'elles fassent le même poids que mon chat Diva, c'est à dire 12 kilos, ou qu'un chiot labrador pour qu'on ait vraiment l'impression qu'on porte l'animal, pour que le corps accompagne vraiment quelque chose."

"Parce que si tu l'attrapes comme une peluche, ce n'est pas du tout crédible. On faisait la même prise deux fois. Une prise sans la peluche et une prise avec pour avoir une indication de lumière pour pouvoir, par la suite, animer les poils correctement et que ce soit crédible."

Gaumont

Les animaux définitifs ont été créés avec la voix des doubleurs déjà en tête. Les expressions des animaux ont donc été créées en fonction des intonations données par Inès Reg et Artus.

"C'est vraiment grâce à Inès et Artus qu'on a réussi à personnaliser Diva et Chichi. Une fois qu'on avait fait ce storyboard animé avec des animaux assez basiques et après qu'Artus et Inès ont enregistré les voix on a pu travailler les expressions et les jouer, donc j'ai dû les mimer. Mais j'avais la matière à l'oreille pour savoir quand il y avait des respirations, quand il y avait de l'étonnement... C'est vraiment leur voix qui a donné vie aux personnages".

Et finalement la réalisatrice a pu réaliser son rêve avec cette oeuvre hybride, qui a rassemblé 1,1 million de spectateurs en 2024 : "Je suis très reconnaissante à ceux qui m’ont permis de le faire. Cela m’a pris 7 ans de ma vie mais j’y ai gagné 20 ans d’expérience."

Propos recueillis à Paris par Laëtitia Forhan en février 2024

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.