"Monumental" : Tahar Rahim parle de ses trois films fétiches, et on ne peut qu'être d'accord avec lui
par Olivier Pallaruelo
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En promotion pour son film "Les Misérables", Tahar Rahim a répondu aux questions de la journaliste de TF1 Audrey Crespo-Mara, qui le sondait pour connaître ses trois films préférés. L'occasion de constater qu'il a des goûts très solides.

A l'affiche de la nouvelle adaptation des Misérables d'après l'oeuvre de Victor Hugo, où il offre une solide composition sous les traits de l'inspecteur Javert, Tahar Rahim a récemment répondu aux questions de la journaliste de TF1 Audrey Crespo-Mara.

Celle-ci l'a sondé, entre autre, sur le top 3 de ses films préférés. "Je ne peux pas dire trois films comme mes préférés" lâche l'acteur; "mais il y en a trois qui sont très cool !" L'occasion de vérifier qu'en plus d'être un acteur particulièrement talentueux, Tahar Rahim a aussi des goûts très sûrs en citant ses films de chevet.

"Je trouvais que c'était si inédit et si beau, qu'une âme ne puisse pas passer dans l'autre monde..."

"Il y a Ghost, déjà, parce que c'était le film préféré de ma mère. Elle n'allait pas souvent au cinéma, et adorait ce film avec Patrick Swayze, Demi Moore et Whoopi Goldberg. C'est un scénario si bien ficelé ! Si le cinéma est fait pour ressentir des émotions, à travers ce film-là, on ressent toutes les émotions : on pleure, on rit, on a peur... Je trouvais que c'était si inédit et si beau, qu'une âme ne puisse pas passer dans l'autre monde, parce qu'elle est encore amoureuse et qu'elle va sauver le vivant. Je trouvais ça sublime".

C'est peu dire que personne ou presque n'avait effectivement vu débouler sans crier gare, en 1990, le réalisateur de la comédie potache et culte Y'a-t-il un pilote dans l'avion, sur le terrain de l'émotion et du drame fantastique avec Ghost. Cette oeuvre, devenue un classique des années 90, fut pourtant largement sous-coté à sa sortie. Demi Moore elle-même n'était d'ailleurs pas du tout sûre que le film fonctionnerait, comme elle s'en est expliqué en 2024 au site Deadline, alors qu'elle assurait la promotion de son nouveau film, The Substance.

Une romance fantastique qui est certes parfois kitsch, parfois "too much", aux effets spéciaux un peu datés; mais elle emporte littéralement tout sur son passage. La mythique chanson Unchained Melody, berçant des images poignantes, a fait verser des torrents de larmes aux spectateurs. Et reste toujours aussi imparable...

Paramount Pictures

"Melville ne fabrique pas des héros artificiels"

L'acteur effectue ensuite un virage à 180° avec L'armée des ombres de Jean-Pierre Melville. "C'est le plus grand film que j'ai vu sur la Résistance. Melville a un vrai souci du réalisme, mais sans jamais laisser de côté l'esthétique de son film. Il joue avec le temps, montre qu'être un résistant, c'est être un être humain qui va porter de lourdes responsabilités. Je pense notamment à ce moment où ils doivent exécuter quelqu'un. Melville ne fabrique pas des héros artificiels [...]". On ne peut évidemment qu'être d'accord avec ses considérations sur cette oeuvre d'une importance monumentale.

Parti rejoindre la France libre à Londres en 1942, Jean-Pierre Melville a mis près d’un quart de siècle avant de porter à l’écran le roman éponyme de Joseph Kessel, écrit d’après des témoignages de résistants, recueillis au cours de son exil londonien et paru à Alger en 1943.

Sorti en 1969, alors que le pays était encore traversé par les spasmes de l'après Mai 1968, L'Armée des ombres est l'un des plus grands films évoquant la Résistance et la période de l'Occupation. Mis en scène avec une rigueur et une froideur absolument implacable, le film est porté très haut par une fabuleuse brochette de comédiens. Lino Ventura bien sûr, dans le rôle de Gerbier. Mais aussi Jean-Pierre Cassel, Paul Crauchet, Claude Mann, Paul Meurisse. Et bien entendu Simone Signoret, figure féminine sacrifiée dans une lutte à mort que la Résistance se livre aussi à elle-même.

Un film somme et testamentaire sur la période, qui bouleversera même profondément Joseph Kessel lorsqu'il le verra pour la première fois à l'avant-première. "Son émotion à l'issue de la projection est l'un de mes souvenirs les plus forts" expliqua Jean-Pierre Melville dans une interview en 1971, avec l'écrivain et journaliste portugais Rui Nogueira. "Lorsqu'il a lu les mots de la fin annonçant la mort des quatre personnages, il a été pris de sanglots incontrôlables. Il ne s'attendait pas à cet épitaphe de quatre lignes, qu'il n'avait pas écrit dans son oeuvre et que je n'avais pas mis dans le script".

StudioCanal

"Un film monumental sur l'Amérique de cette époque-là"

On reste sur la thématique guerrière encore avec son troisième film, mais qui plonge cette fois-ci dans la guerre du Viêtnam, avec Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino. "C'est un film monumental sur l'Amérique de cette époque-là, sur la guerre du Viêtnam, sur ce que ca provoque. Mais c'est raconté dans le commun des gens [...]".

Le spectre du Viêtnam a toujours hanté l'Amérique et les films américains. L'un des premiers à traiter le traumatisme de la guerre fut effectivement Voyage au bout de l'enfer, en 1978. "Mon film ne parle pas de politique, du Viêtnam, des Etats-Unis, c'est avant tout l'histoire d'un groupe d'amis ou une famille, et comment ils survivent à cette tragédie. Ca, c'est le coeur de mon film" nous avait confié Cimino en 2013, lorsque nous avions eu le grand privilège de le rencontrer.

Irrigué par un puissant sentiment de mélancolie, porté par d'extraordinaires comédiens donnant le meilleur d'eux-mêmes, dont un Christopher Walken à juste titre oscarisé parmi les cinq remportés, Voyage au bout de l'enfer est l'un des plus grands films du cinéma américain, et du cinéma tout court. Si vous n'avez encore jamais vu cette merveille, vous savez ce qu'il vouos reste à faire.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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