"C'est peut être le plus grand rôle de ma carrière" : Ron Perlman raconte comment il a créé son personnage culte du Nom de la rose
par Olivier Pallaruelo
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Remplaçant en urgence un acteur qui s'était désisté au dernier moment sur le tournage du Nom de la rose, Ron Perlman, avec le soutien absolu de Jean-Jacques Annaud, raconte comment il a lui-même créé les répliques de son personnage absolument culte.

Backgrid USA / Bestimage

Voilà déjà 45 ans que Ron Perlman promène sa silhouette à l'écran. Véritable gueule de cinéma reconnaissable entre toutes, ce diplômé en beaux-arts de l'University of Minnesota sait ce qu'il doit au réalisateur Jean-Jacques Annaud, qui a largement contribué à mettre sur orbite sa carrière d'acteur.

Le cinéaste cherchait pour La Guerre du feu des interprètes à la physionomie brute, et Perlman s’est présenté à un casting ouvert. Acteur de formation classique, formé au théâtre, il était alors inconnu du grand écran, mais sa carrure et son visage ont largement marqué le réalisateur. Il y incarnait Amoukar, un guerrier de la tribu, sous un épais maquillage qui dissimule son visage; une habitude qui le suivra tout au long de sa carrière. Ce premier rôle lui vaudra d'ailleurs une nomination aux Genie Awards, l’équivalent canadien des Oscars.

Perlman a raconté plus tard, dans une interview à Variety en 2017, qu’il pensait tourner un simple film de cavernes sans prétention. Il ignorait que ce réalisateur avait déjà reçu un Oscar pour La Victoire en chantant et que c’était un cinéaste respecté. Lorsqu’il l’a compris, il avait déjà le rôle, et la nervosité n’a donc pas eu le temps de le paralyser.

"Pour un premier film, ca été une opportunité incroyable" nous avait-il confié en 2010, lorsque nous avions eu le grand plaisir de le rencontrer et balayer sa riche carrière avec lui. "C'est un des cadeaux les plus généreux qu'on m'ait fait dans ma vie".

"C'est peut-être le plus grand rôle de ma carrière"

La relation entre les deux hommes ne s'est pas s’arrêtée là. Annaud a révélé plus tard qu’en le contactant pour jouer Salvatore dans Le Nom de la rose, il avait trouvé un Perlman qui envisageait d’abandonner sa carrière, en plus d'avoir eu de grandes difficultés à l'imposer pour ce rôle. Le film était en effet une coproduction franco-italo-germanique, et ce rôle devait initialement être joué par un acteur italien. Ce dernier s'étant désisté très tard, Perlman l'a remplacé en urgence.

"C'est peut-être le plus grand rôle de ma carrière" disait Perlman il y a 16 ans. On ignore s'il a changé d'avis depuis, mais toujours est-il que ce rôle de bossu, tel un Quasimodo contre-nature, lui a apporté une reconnaissance internationale méritée. Il est absolument sensationnel dans ce rôle.

L'une des grandes forces du personnage, outre sa gestuelle, c'est évidemment un langage qui n'appartient qu'à lui; un mélange absolument incompréhensible de phrases mélangeant du français, du latin, de l'espagnol, du latin...

Revoici la séquence, absolument culte !

"Je veux que Salvatore parle tout le temps"

Ron Perlman a ainsi raconté dans une interview comment il avait créé ce langage.

"Je dînais avec Jean-Jacques et il m'a dit : "écoutes, je veux que Salvatore parle tout le temps. Mais je n'ai pas de dialogues pour lui dans le script, parce que si j'avais mis de longs dialogues dans la bouche de ce bossu, je n'aurai jamais eu le financement du film. Parce que les producteurs n'aiment pas les dialogues". Je lui ai répondu : "qu'est-ce que tu proposes ?" - Il m'a répondu : " ca dépend de toi. Ah et au fait, tu commences à tourner demain matin !"

Le lendemain, je me suis levé très tôt, et me suis rendu dans le bureau de production. Ils avaient toute une séries de livres du Nom de la Rose en différentes langues; c'était à l'époque un best seller. J'ai identifié les sept langues que parle Salvatore. Un peu d'anglais, un peu d'espagnol, un peu de français, un peu d'allemand, un peu de latin, d'italien... j'ai demandé si je pouvais emprunter quelques uns de ces livres, et j'ai identifié où Umberto Eco faisait parler ce personnage dans son livre.

J'ai ensuite ouvert chacune des versions traduites du livre, et me suis mis à écrire chacune de ces traductions, en prenant ici et là un bout de français, un bout d'allemand, un bout d'italien, etc... et j'ai finalement créé ce non langage".

Une idée de génie, pour une composition largement passée à la postérité.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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