Il y a 25 ans, personne n'a reconnu cette immense star de cinéma, métamorphosée face à Anthony Hopkins dans Hannibal
par Vincent Formica
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En 2001, un célèbre comédien, adepte des transformations physiques, incarnait un personnage absolument abominable dans Hannibal, et personne ne l'a reconnu !

En 2001, Ridley Scott s'empare du mythe Hannibal Lecter dans une suite mordante du Silence des Agneaux. Anthony Hopkins reprend son rôle de psychopathe avec délectation, multipliant les victimes avec une cruauté sans nom.

Hannibal
Hannibal
De Ridley Scott
Avec Anthony Hopkins, Julianne Moore, Gary Oldman
Sortie le 28 février 2001
Presse
3,3
Spectateurs
3,6
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Hannibal is back

Dix ans après l’affaire du Silence des agneaux, le Dr Hannibal Lecter vit désormais en liberté à Florence, en Italie, sous une fausse identité. Raffiné, cultivé et toujours aussi dangereux, il mène une existence discrète, jusqu’à ce qu’un ancien survivant de ses crimes, Mason Verger, cherche à se venger.

Défiguré et mutilé par Lecter, ce riche homme d’affaires nourrit une haine obsessionnelle et entend lui infliger les pires souffrances. Pour parvenir à ses fins, il utilise ses ressources afin de retrouver la trace du psychiatre cannibale. De son côté, l’agent du FBI Clarice Starling, fragilisée par une affaire qui a terni sa réputation, se retrouve de nouveau liée à Lecter.

Fasciné par elle, ce dernier reprend contact avec l’agente, renouant avec un jeu psychologique aussi troublant que dangereux. Entre manipulation, vengeance et séduction intellectuelle, une traque internationale s’engage.

Clarice doit alors affronter une nouvelle fois l’esprit brillant et imprévisible de Lecter, tout en tentant de percer les motivations qui se cachent derrière son intérêt singulier pour elle.

Un personnage terrifiant

Au-delà de la relation entre Clarice et Lecter, qui reste captivante, un personnage se détache particulièrement et vole la vedette au duo : Mason Verger. Lors de la sortie du film, personne n'a reconnu la star internationale derrière le visage complètement défiguré de l'homme d'affaires : Gary Oldman.

Universal

Pour le public de 2001, la surprise a été totale. Le nom de Gary Oldman était en effet totalement absent du générique initial. Si certaines rumeurs ont évoqué une dispute féroce concernant l'ordre d'affichage des vedettes avec la production, l'acteur a toujours préféré défendre une démarche artistique assumée :

"Comme je suis officieusement l'homme aux mille visages, de Lee Harvey Oswald à Dracula en passant par Sid Vicious, nous avons trouvé cela amusant. Je jouais l’homme sans visage, alors autant le faire de manière totalement anonyme", avait-il indiqué au micro de Fangoria.

Et il a bien eu raison ! En effet, cette disparition volontaire de sa propre identité a renforcé l’aura mythique du personnage, forçant le spectateur à se confronter directement à l'abjection sans chercher la star derrière le masque.

Pour donner vie à ce visage mutilé et dépourvu de paupières, Ridley Scott a fait appel au légendaire maquilleur d'effets spéciaux Greg Cannom. Le défi était monumental : concevoir un design extrêmement repoussant sans tomber dans le ridicule d'un film de série B.

Des heures de maquillage

Chaque jour de tournage, Gary Oldman devait s'armer de patience pour endurer cinq à six heures d'application de prothèses complexes de latex et de silicone, suivies de la pose d'un oeil artificiellement écarquillé.

Travaillant en étroite collaboration avec l'acteur, Cannom confiera plus tard qu’il savait qu’il pouvait aller beaucoup plus loin avec lui qu’avec n’importe quel autre comédien en raison de la plasticité physique de Gary Oldman.

Ce travail a permis de construire un personnage complexe, dont l'impact sur le public tient à un paradoxe fascinant. Bien qu’il soit la victime d’Hannibal Lecter, Verger n'attire jamais la compassion. C'est un prédateur pédophile et sadique, dont la noirceur morale égale la laideur physique.

Universal

Privé de mobilité et de mimiques faciales, Gary Oldman livre une performance purement vocale et corporelle stupéfiante. Sa voix traînante, presque enfantine et pourtant chargée de fiel, transperce l'écran. Ridley Scott a délibérément choisi de filmer ce visage ravagé sous une lumière crue dès sa première scène, refusant de jouer la carte du suspense facile.

En faisant de Verger un monstre absolu, le film crée un vertige moral chez le spectateur : on en vient presque à prendre le parti du cannibale raffiné Hannibal Lecter, face à cette abomination vindicative.

Plus qu'un simple maquillage d'horreur, Mason Verger reste le chef-d’oeuvre absolu d'un acteur qui a poussé l'art de la disparition jusqu'à son paroxysme. Gary Oldman est d'ailleurs coutumier du fait ; on se souvient notamment de sa transformation en bad guy terrifiant dans True Romance, ou encore en Winston Churchill dans Les heures sombres, qui lui a valu l'Oscar du meilleur acteur en 2018.

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
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