"Sans dessin, rien n’existe" : quand Akira Kurosawa et Hayao Miyazaki s’échangeaient leur plus grande leçon de cinéma
par Olivier Pallaruelo
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En 1993, une rencontre fut organisée entre deux légendes absolues : Hayao Miyazaki, et le maître Akira Kurosawa. Miyazaki, intimidé et admiratif, y interroge le maître sur sa méthode de création. Une séquence merveilleuse et magique.

On ne dira jamais assez à quel point internet regorge de pépites incroyables, à condition de se donner parfois un peu la peine de chercher dans ses entrailles. Témoin cette séquence absolument magique, émouvante même, diffusée au Japon en mai 1993 sur le réseau Nippon TV (NTV) : une rencontre entre deux maîtres absolus dans leurs Arts respectifs. Deux légendes érigées au rang de trésor national : Akira Kurosawa, et Hayao Miyazaki.

Cette rencontre fut organisée au moment de la sortie du dernier film d'Akira Kurosawa, Madadayo (1993), peu de temps après celle de Porco Rosso (1992) de Hayao Miyazaki. Miyazaki, intimidé et admiratif, y interroge le maître sur sa méthode de création.

ils y confrontent longuement leur approche visuelle. Kurosawa y montre ses peintures et esquisses préparatoires détaillées (notamment celles réalisées pour Ran, Kagemusha ou Rêves), tandis que Miyazaki évoque ses propres storyboards, indispensables à chaque étape de l'animation au Studio Ghibli.

Lors de l’entretien, Kurosawa lui recommande notamment de réaliser un jidai-geki (film historique consacré à l'histoire médiévale japonaise) et Miyazaki en profite pour lui parler de ce que seront les prémisses de Princesse Mononoke.

Voici un extrait de l'émission, découpée en dix parties sur Youtube..

"Je ne suis pas un artiste !"

"Est-ce que vous faites ces dessins après avoir fini votre script ?" demande Miyazaki-San à Kurosawa. "Pour la plupart, oui. Mais j'en fait aussi certains pendant l'écriture. Il m'arrive parfois de dessiner au dos d'une enveloppe" répond le réalisateur des Sept samouraïs.

"Vous êtes très bon !" lâche un Miyazaki plein d'admiration. "Non, je ne pense pas" répond avec modestie Kurosawa. "La chose amusante, c'est que j'étais censé devenir un artiste lorsque j'étais jeune" ajoute-t-il; lui qui avait justement suivi une formation de peintre.

"Mon rêve, c'était Paris, pour y ouvrir ma propre boutique d'oeuvres d'art. [...] J'ai été bien plus tard invité à faire une conférence au musée du Louvre, à ma surprise. "Mais je ne suis pas un artiste !" avais-je répondu. D'une étrange manière finalement, mon rêve est devenu réalité. [...] Mes peintures sont juste faites pour donner à mes équipes des intentions pour une scène, rien de plus. Elles ont donc tendance à avoir un style un peu rugueux. [...] Je dessine avec ce que j'ai sur moi, sur le moment".

Toujours est-il que l'intégralité de cet échange a été retranscrite et éditée au Japon dans le recueil Qu'est-ce que le cinéma : autour des Sept Samouraïs et de Madadayo, à l'été 1993.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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