Il y a 35 ans, en 1991, un chef-d'oeuvre du 7èma art redéfinissait les codes du thriller à tout jamais : Le Silence des Agneaux. Réalisé par Jonathan Demme et porté par Jodie Foster et Anthony Hopkins, ce film a marqué des générations entières de spectateurs.
Une enquête mémorable et macabre
Pour mémoire, le récit nous présente Clarice Starling, jeune stagiaire prometteuse du FBI. Cette dernière est mandatée par son département pour interroger le terrifiant Dr Hannibal Lecter, un éminent psychiatre incarcéré pour meurtres et cannibalisme.
L'objectif : exploiter sa vivacité d'esprit pour profiler et neutraliser "Buffalo Bill", un tueur en série qui enlève et assassine méthodiquement des jeunes femmes. Entre la néo-enquêtrice et le machiavélique prisonnier s'engage alors un jeu psychologique dangereux fondé sur le "donnant-donnant".
Pour obtenir de précieux indices cryptiques sur le profil du meurtrier, Clarice est contrainte de dévoiler ses blessures intimes et ses traumatismes d'enfance. La tension monte d'un cran avec l'enlèvement de la fille d'une sénatrice américaine, tandis que Lecter profite de son transfert pour orchestrer une évasion aussi brutale que spectaculaire.
Seule face à ses démons et guidée par les ultimes révélations du psychiatre, Clarice traque le prédateur jusque dans son antre pour faire taire le cri des agneaux...
Avant même la sortie du film, qui a bien évidemment été un succès mondial, Le Silence des Agneaux suscitait la fascination grâce à un élément promotionnel qui allait devenir mythique, son affiche !
Ce poster se compose de plusieurs éléments visuels marquants. On peut voir le visage diaphane et bleuté de Clarice Starling (Jodie Foster), cadré serré sur un fond sombre. Ses yeux, teintés d'une lueur rougeâtre, fixent directement le spectateur avec une expression mêlant vulnérabilité et détermination.
Orion Pictures
Sa bouche est entièrement masquée par un papillon sphinx tête-de-mort, symbole central de la métamorphose et de la signature du tueur Buffalo Bill, réduisant ainsi métaphoriquement l'héroïne au silence.
Sur le thorax de l'insecte, le motif de crâne est en réalité une reproduction miniature de la photographie surréaliste "In Voluptas Mors" de Salvador Dalí et Philippe Halsman, formée par l'agencement de sept corps féminins nus.
Le titre du film ainsi que les noms des acteurs principaux (Jodie Foster et Anthony Hopkins) sont généralement inscrits en lettres capitales sobres, souvent en rouge ou en blanc, renforçant l'ambiance froide et anxiogène de l'ensemble.
Les secrets de l'affiche la plus fascinante de l'histoire du cinéma
Plus de 30 ans après sa sortie, le visuel du thriller culte de Jonathan Demme continue de hanter l'imaginaire collectif. Dans l'histoire du 7ème art, certaines affiches dépassent leur simple statut d'outil promotionnel pour devenir de véritables icônes culturelles, à l'instar des Dents de la mer ou de Sueurs froides.
Mais en 1991, Le Silence des Agneaux impose une onde de choc visuelle d'un genre totalement inédit, une rupture radicale avec les codes du polar. Avant l'arrivée du long-métrage en salles, les affiches de thrillers et de films d'horreur obéissaient à une recette bien rodée.
Comme le soulignait le journaliste Erik Piepenburg dans les colonnes du New York Times en mars 2024 : "Le couteau du tueur, une femme terrorisée qui recule devant lui : c'était le standard des jaquettes vidéo avant 1991."
À contre-courant absolu, une jeune directrice artistique de l'agence Dazu, Dawn Baillie, devenue depuis une légende du graphisme hollywoodien (Dirty Dancing, The Truman Show, Barbie), hérite seule du projet.
Au lieu de miser sur le sensationnalisme ou la figure d'Hannibal Lecter, elle fait le pari d'un portrait psychologique épuré et anxiogène : le visage blanc craie de Clarice Starling (Jodie Foster), dont les yeux brillent d'un éclat rougeâtre inquiétant.
"C'est une anxiété visuelle que l'on ressent dès qu'on pose les yeux dessus, et c'est précisément ce qui la rend indélébile", analysait Angelina Lippert, commissaire de l'exposition consacrée à Dawn Baillie au musée Poster House de New York, interviewée par le New York Times.
Le détail Dalí soufflé par Jonathan Demme
L'élément central reste ce sphinx tête-de-mort posé sur les lèvres de l'héroïne, réduisant symboliquement l'enquêtrice au silence tout en évoquant la métamorphose morbide orchestrée par le tueur Buffalo Bill. Mais en y regardant de plus près, le thorax du papillon cache une vanité stupéfiante : le crâne est composé d'une constellation de corps féminins nus.
Comme évoqué plus haut, il s'agit d'un hommage direct à la célèbre photographie surréaliste "In Voluptas Mors", réalisée en 1951 par Philippe Halsman et Salvador Dalí. Dans un entretien accordé à Mubi Notebook en juillet 2024, Dawn Baillie révélait d'ailleurs l'origine de cette idée : c'est le réalisateur Jonathan Demme lui-même qui lui a suggéré d'intégrer le cliché de Dalí au dos du lépidoptère.
La conceptrice confiait également une savoureuse anecdote de censure : si une version dessinée fidèle à l'œuvre originale apparaissait sur les affiches teaser, la Motion Picture Association (MPAA) a exigé le retrait de ces corps nus pour l'affiche officielle définitive. L'agence a donc dû réengager des modèles vêtues de combinaisons intégrales moulantes pour recréer la silhouette sans heurter les censeurs américains !
Couronnée en 2006 par le prestigieux titre de "meilleure affiche de film des 35 dernières années" lors des Key Art Awards, le poster de Dawn Baillie demeure un modèle indépassable de narration visuelle : un chef-d'oeuvre de tension muette où chaque détail murmure déjà l'angoisse du film.