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    "Les Parrains" : rencontre avec Frédéric Forestier
    18 oct. 2005 à 07:00

    AlloCiné a rencontré Frédéric Forestier, le réalisateur des "Parrains", en salles ce mercredi. L'occasion pour lui de revenir sur une belle aventure humaine.

    AlloCiné : Comment sont nés "Les Parrains" ?
    Frédéric Forestier : D'une idée commune de Gérard Lanvin et Gérard Darmon. Ce sont des hommes mûrs, ils se rendent compte qu'aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de valeurs, de principes, que tout part en c... ! Et donc, comme ils sont fans du cinéma de gangsters, de ce genre bien particulier, ils ont voulu incarner des voyous, mais des voyous à l'ancienne, qui aient un code d'honneur, qui aient des principes... Les voir jouer des gangsters un peu décalés, sur le retour, c'était vraiment une bonne idée, je trouve.

    C'est amusant de voir Gérard Lanvin incarner ce voyou à l'ancienne. Pour beaucoup, il a l'image d'un acteur qui joue souvent les voyous, un acteur sans concessions, au caractère bien trempé...
    C'est vrai qu'il a un peu cette image ! (rires) Cela dit, quand vous regardez sa filmographie, il n'a pas beaucoup joué ce genre de personnages, en fait. Mais c'est vrai que ça lui colle à la peau, car il a une personnalité un peu à part. Ce que l'on décrit dans Les Parrains dans le milieu du gangsterisme, lui le voit dans le cinéma d'aujourd'hui. Il aime le cinéma de grandes idées, de mecs passionnés, alors qu'aujourd'hui, il voit un cinéma de financiers, de mecs qui n'y connaissent rien. Il trouve qu'il y a un déficit de talent du côté des décisionnaires. Ca le choque, il a une certaine nostalgie de l'époque.

    Dans "Les Parrains", la nostalgie, c'est la nostalgie des voyous à l'ancienne...
    Tout à fait. Avant, il y avait des flics qui étaient tout à fait capables de respecter certains voyous. C'était une époque ou celui qui transgressait les règles de la société le faisait comme un choix de vie, avec une prise de risque connue et acceptée. C'est un peu comme dans Heat : quand De Niro et Pacino se voient, ils savent que si ils se retrouvent plus tard, il n'y aura pas de cadeaux, ni d'un côté ni de l'autre, et c'est comme ça... Il y avait un côté caïd, une vraie hiérarchie, une vraie admiration à l'époque. Aujourd'hui, n'importe quel mec se fait taxer sa carte bleue, se fait défoncer la gueule, c'est la jungle. Avant, il y avait des principes dans un milieu hors-la-loi, avec une parole. Aujourd'hui, plus personne ne donne de parole, ça ne veut plus rien dire. On a voulu mettre en lumière ce changement d'état d'esprit dans le film. Les Parrains rend un peu hommage à la grande tradition des voyous, même si les notres sont un peu pathétiques...

    On sent une véritable tendresse pour ces personnages, sorte de Pieds Nickelés vieillissants...
    On a voulu leur donner de la profondeur, de l'humanité, créer des moments de complicité. Il y a des liens très forts entre ces personnages. Ils peuvent aussi bien se chambrer que se faire des déclarations d'amour. Il y a beaucoup de non-dits entre eux, mais il y a une véritable tendresse qui ressort de tout ça. Ce sont des êtres profondéments humains. Le film, à l'origine, était plus factuel, mais ces petites scènes, qui ont moins d'importance narrative, montrent que, au-delà d'un film de gangsters, Les Parrains est aussi l'histoire de trois gars qui se retrouvent vingt ans après.

    Le film à sa personnalité propre, mais on ne peut s'empêcher de penser au cinéma de Lautner, aux dialogues d'Audiard. Ce sont des influences majeures ?
    Moi, j'adore ce cinéma, mais jamais je ne me suis dit : "Tiens, je vais refaire Les Tontons flingueurs !" Cela dit, c'est vrai que ce sont des références, j'ai adoré ces films quand je les ai vus à la télé. Quand j'ai lu le script, il n'était pas forcément orienté vers ça, mais c'est vrai qu'il avait la tonalité de ce genre de cinéma. Je me suis appuyé sur le fait que les trois héros faisaient des braquages dans les années 70, je me suis appuyé sur cette époque, et donc, logiquement, tout à tourné autour de ça. On a ramené tout ce qui avait rapport à cette époque à aujourd'hui. C'était simple, car les héros du film ont fait leurs coups d'éclat dans les années 70. Je me suis dit : "Si on fait ça, ça montrera le décalage sans faire ringard." Au final, l'envie était plutôt d'ancrer les personnages dans leur époque plutôt que de rendre un hommage, même s'il est bien là.

    On ne peut conclure sans évoquer Jacques Villeret...
    Jacques... Je me rappelle, c'était durant son dernier jour de tournage, il était en loges en train de se faire démaquiller. Je suis resté avec lui, on a discuté, on faisait le bilan de cette aventure. Il s'est un peu ouvert, lui qui est très pudique. Il était très touchant, très attachant. J'ai du mal à parler à passé... (très ému) C'est un grand professionnel. Il m'a bluffé dans son approche du rôle. J'ai passé un peu de temps chez lui en Normandie pour discuter du personnage. On parlait très librement des gangsters, de toutes ces choses, et quand il vous parle cinéma, je peux vous dire que c'est impressionnant, c'est une mine d'expériences... J'avais vraiment l'impression d'être en connexion avec lui. Le sentiment d'être un priviliégié, d'être dans l'intimité de cette nature serète. Je buvais ses paroles, c'était un moment très doux, inoubliable.

    Propos recueillis par Clément Cuyer le 13 octobre 2005
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