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    Rewind Ripley

    Dans "Snow cake", Sigourney Weaver incarne une femme autiste. Un rôle en marge comme elle les affectionne. A l'occasion de son passage à Paris, nous revenons avec elle sur les rôles marquants de sa carrière...

    "Snow Cake" (2007) - L'éloge de la différence

    Sigourney Weaver : Il me semble que du fait de ma grande taille, je me suis toujours sentie différente. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Malgré tout, quand vous incarnez un personnage, même s'il est a priori ordinaire, vous essayez de trouver ce qu'il y a d'unique en lui : ses espoirs, ses peurs etc. Mais je pense que c'est vrai, j'ai toujours eu tendance à privilégier au cours de ma carrière des personnages de femmes en marge à cause de leur différence...

    Pour Snow Cake, c'était un véritable challenge, mais en même temps je désirais vraiment raconter l'histoire de ce personnage extraordinaire que j'aime beaucoup. D'une manière générale, les gens savent peu de choses au sujet de l'autisme – même s'ils pensent souvent le contraire. Or, ce film apporte un regard particulier sur une personne particulière qui a un travail et qui vit seule. Il montre à quel point une personne autiste peut jouir d'une certaine indépendance, dans la mesure où son entourage est présent.

    "Working Girl" (1988) - Le symbole des "femmes fortes"

    Je pense qu'on peut me percevoir dans ce film comme le symbole de celle qui possède tout mais qui ne mesure pas sa chance. C'était pour moi assez difficile de jouer ce personnage antipathique – mais ce qui est étonnant, c'est que certaines personnes continuent de me dire : "J'adore votre personnage dans Working Girl. Elle avait raison. Cette fille lui a volé son fiancé." Il y a toujours beaucoup de pour et de contre dans leur vision de ce rôle, et souvent de l'indignation. Mais il est vrai que c'est un personnage très moderne, car elle est impitoyable et en même temps très douée. Elle représente parfaitement la femme des années 80 mais probablement aussi celle des années 2000 !

    La saga "Alien" - Le personnage de Ripley

    Pour moi, Ripley représente tout ce que je ne suis pas. Elle n'a peur de presque rien. Elle a d'ailleurs les qualités qu'il faut pour être astronaute. Si quelque chose ne va pas, elle analyse les choses de manière quasi mathématique : "Si a ne fonctionne pas, alors peut-être b, ou c". Et moi, l'actrice, l'émotionelle, dès que ça ne tourne pas rond, je suis là : "Arrrrrrgh!!". J'ai toujours aimé incarner un personnage aussi opposé à ma propre personnalité et cette expérience m'a également permis d'évoluer de manière incroyable. Je me suis d'ailleurs appuyée sur une personne que je connaissais pour ce rôle, une grande écologiste, qui n'a peur de rien. Je la vois encore et je m'estime très heureuse d'avoir eu la chance de pouvoir l'incarner à l'écran car c'est une personne peu commune.

    A chaque nouveau réalisateur, Ripley est devenue de moins en moins idéaliste. Au début, elle a des idées très arrêtées sur le bien, le mal, sur les autres, sur les lois à respecter. Elle évolue vers quelqu'un de beaucoup plus intellectuel. Au fur et à mesure, elle perd ses illusions, elle devient vulnérable. A chaque fois, elle essaie de renaître, mais avec 200 ans de vie derrière elle! A la fin, j'ai le sentiment que c'est comme si elle revenait d'entre les morts. Elle a un humour noir très développé. Et peut-être finit-elle par perdre toute humanité.

    "Le Village" (2003) - Le fantastique

    Le public adore être transporté loin de son univers. Le scénario de Nightm'a particulièrement plu parce qu'il s'agissait d'une étude très fine sur la manière dont les gens peuvent perdre leurs illusions dans un monde ultra moderne. J'ai beaucoup aimé tourner dans ce film. Mais, à titre personnel, je ne suis pas très attirée par le fantastique, en revanche beaucoup plus par la manière dont les gens l'utilisent. Dans le village, les habitants usent du fantastique contre leur peurs et leurs espoirs. Le fantastique, quand il naît de l'esprit des hommes, répond à des besoins bien précis. C'est cela qui m'intéresse dans le fantastique.

    "Galaxy Quest" (2000) / La saga "S.O.S. Fantômes" - La comédie

    C'est ce que je préfère jouer. Dans Galaxy Quest, par exemple, j'incarne un personnage qui se rapproche bien plus de la Ripley que je serais si je devais partir dans l'espace. C'était particulièrement jouissif pour moi de me moquer de cette image parfaite que doivent adopter les femmes à Hollywood : être blonde, avoir des formes parfaites, être superficielle...

    Quant à S.O.S. Fantômes, j'ai regardé les deux films avec ma fille, et j'étais vraiment heureuse de revoir une équipe d'acteurs aussi merveilleuse et un film aussi attachant...

    La comédie est vraiment le genre dans lequel je me sens le plus à l'aise. Et je suis toujours à la recherche d'une bonne comédie. Ma prochaine comédie, The TV Set, est une comédie très acide centrée autour du tournage d'un pilote pour la télévision. Cette activité génère énormément d'argent aux Etats-Unis, c'est terrifiant. Mon personnage est absolument convaincu et défend avec passion sa vision selon laquelle le public ne devrait pas réfléchir le soir devant la télévision. Mon père travaillait dans ce domaine. Il a créé le "Today Show" et le "Tonight Show" - c'est lui qui a introduit l'opéra et le ballet pour la première fois à la télévision. En quelque sorte, dans cette nouvelle comédie, je joue l'antithèse absolue de mon père. Et c'est assez drôle !

    "Ice Storm" (1997) / "The Guys" (pièce de théâtre sur le 11 septembre) / "1492 : Christophe Colomb" (1992) - Une image de l'Amérique

    Il s'agit de trois visions très différentes de l'Amérique. La vision du mythe avec 1492; The Ice Storm est une forme de satire des banlieues américaines. Un très bon souvenir. Et en ce qui concerne la pièce de théâtre, "The Guys", il s'agissait d'une commande de mon mari. Pour moi, c'était très important de participer à ce témoignage de l'état d'esprit dans lequel on se trouvait à New York une dizaine de jours après les événements. C'était d'autant plus important pour moi que je suis new yorkaise.

    Ma vision de l'Amérique se rapprocherait probablement de celle de "The Guys", parce que c'est un point de vue new yorkais et que New York correspond à ma vision de l'Amérique. Ce n'est probablement pas la vision la plus juste, mais New York est remplie de gens qui viennent des quatre coins de la planète. Et c'est justement ça l'Amérique, sa plus belle facette. Nous sommes une communauté de citoyens qui vivent dans des villages séparés au milieu d'une même cité et pour moi, il s'agit là de la ville du futur. Toutes les communautés doivent composer avec les autres tout en restant indépendantes les unes des autres.

    "Gorilles dans la brume" (1989) / "La Jeune fille et la mort" (1992) - Cinéma et engagement

    En fait, j'associe plus ces deux films à l'idée d'isolement de ces deux personnages féminins. Diane Fossey s'est retirée du monde. Son isolement l'a obligée à devenir de plus en plus radicale pour exprimer son message sur la sauvegarde des gorilles. En même temps, c'est elle qui a voulu faire Gorilles dans la brume – et c'est là sa forme d'engagement politique. Sa vie entière est un combat politique.

    Paulina, quant à elle, dans La Jeune fille et la mort est retirée du monde à cause de ce qui lui est arrivé. Et ce sont sa seule volonté et les circonstances qui vont lui permettre de se détacher de sa passivité et de devenir active pour s'en sortir. Cette démarche est extrêmement difficile. C'est en cela qu'elle est engagée.

    "Annie Hall" (1977) - La rencontre avec Woody Allen

    J'adore Woody Allen ! J'ai également tourné un film avec lui où il était acteur, Company Man. C'est un pur génie. J'ai adoré son dernier film Scoop, dans la veine des vieux Woody Allen. C'est délicieux. Il a un vrai sens du rythme et une sensibilité toute new yorkaise.

    J'adorerais tourner à nouveau avec lui. Je le lui répète souvent. Mais rien ne se passe – je ne sais pas pourquoi ! (rires) Sérieusement, c'était une vraie chance de pouvoir débuter ma carrière avec lui...

    Propos recueillis à Paris par Peggy Rolland, le 16 janvier 2007

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