D'Iron Man à Infinity War : succès, échecs, futur... On fait le bilan de 10 ans de Marvel Cinematic Universe

2008 - 2018 : alors que Marvel Studios triomphe actuellement dans les salles grâce à "Infinity War", l'heure est venue de faire un bilan de cette première décennies d'existence de son Cinematic Universe, entre hommes forts, succès, échecs et avenir.

Aujourd'hui, les mots Marvel Cinematic Universe sont de taille à faire frémir les concurrents, tant la Maison des Idées a su transposer sa force de frappe du papier au grand écran, pour devenir l'un des mastodontes d'une industrie cinématographique qu'elle a bouleversée au même titre qu'Harry Potter avait déclenché la vague "jeunes adultes" au début du XXIè siècle. Si son hégémonie est aujourd'hui indiscutable, le pari était loin d'être gagné il y a dix ans.

Malgré les succès des Spider-Man de Sam Raimi et des X-Men de Bryan Singer, ou des promesses contenues dans le Batman Begins de Christopher Nolan, faire s'animer des super-héros au cinéma n'était pas un investissement sûr en 2008, ce que les échecs publics et/ou critiques de Daredevil, HulkElektra ou Catwoman avaient rappelé aux producteurs quelques années plus tôt. Le risque pris par Marvel est d'autant plus gros que la firme, passée par la case "banqueroute" en 1996, a emprunté 525 millions de dollars pour réaliser son rêve, alors fou, d'univers connecté, et possède donc une marge d'erreur proche de zéro.

Bien décidée à faire se côtoyer les personnages dont ils ont récupéré les droits depuis 2003, Kevin Feige et son équipe mettent leurs chances dans l'armure d'Iron Man, qui n'est pas le plus iconique de leurs super-héros, surtout auprès du reste du monde. Et tandis que la rumeur a longtemps parlé de Tom Cruise, c'est à Robert Downey Jr. que revient le privilège d'être le fer de lance de l'univers en même temps que l'interprète de Tony Stark. Un choix plus que risqué à l'époque, car l'acteur est loin d'être bankable et qu'il a déjà grillé un joker à Hollywood, lorsque ses addictions l'ont rattrapé et ont engendré son renvoi de la série Ally McBeal, qui constituait déjà sa deuxième chance.

SND

Un coup de poker qui se révèle payant en cumulant 585 millions de dollars de recettes dans le monde (dont 45,6% hors-États-Unis, preuve que la stratégie marketing a été efficace) et offrant au Marvel Cinematic Universe un visage. Car Robert Downey Jr. fait mieux qu'incarner Tony Stark : il EST Tony Stark. De ce fait, la scène finale au cours de laquelle le milliardaire révèle être Iron Man revêt des allures de mise en abyme et de traversée de l'écran puisqu'elle renvoie à la façon dont la personnalité de l'acteur et celle de son personnage vont se mêler au fil des années, ce que l'on retrouvera par la suite chez Chris Evans, alias Captain America, ou avec Thor, qui a davantage fini par ressembler à Chris Hemsworth que l'inverse.

Mis en scène par Jon Favreau, Iron Man frappe un grand coup à l'issue de son générique, lorsque Nick Fury débarque chez Tony Stark pour lui parler d'un "univers plus grand" et d'une "Initative Avengers". Un bonus qui n'a pas manqué de faire trépigner les fans, qui ont enfin pu entrevoir la version cinéma de ce que les comic books leur offraient depuis un bout de temps, et a lancé ce qui allait ensuite devenir la norme des blockbusters, super-héroïques ou non : la fameuse scène post-générique. Que Marvel n'a pas inventée puisque d'autres s'y étaient essayé auparavant, à commencer par Matrix Reloaded et le teaser de Revolutions caché à la fin des crédits.

LA scène qui a tout changé :

Plus que la scène post-générique, devenue un enjeu au fil des ans (regardez combien de personnes restent dans la salle jusqu'à la fin d'Infinity War pour vous en convaincre), c'est cette notion d'univers connecté que le Marvel Cinematic Universe a démocratisée sur grand écran. À tel point que tout le monde veut depuis le sien aux États-Unis, à commencer par DC Comics, principal concurrent de la Maison des Idées, qui ne sera pas le premier à tenter le coup et patientera jusqu'à la fin de la trilogie Dark Knight signée Christopher Nolan, contrairement à X-Men - Le Commencement et son caméo de Hugh Jackman en Wolverine, ou le reboot The Amazing Spider-Man.

Avec sa suite, ce dernier est victime du syndrome Iron Man 2 que l'on peut utiliser pour qualifier ces films qui mettent la charrue avant les boeufs et pensent davantage à l'univers qu'au long métrage devant lequel nous sommes et qui empile les pistes, références et passerelles en vue d'une hypothétique suite, au détriment des personnages et de l'intrigue sur lesquels ils devraient se concentrer. Un défaut que l'on a notamment retrouvé dans le dernier Transformers, qui paraissait plus intéressé par les spin-offs qu'il pouvait mettre sur pieds, au même titre que La Momie avec Tom Cruise ou chez DC Comics, qui s'est lancé sur le terrain des univers partagés grâce à Man of Steel en 2013. Soit cinq ans après Iron Man.

À cette époque, les spectateurs étaient déjà familiers avec le concept et se sont mis à chercher des indices sur la présence d'autres personnages du catalogue dans le long métrage de Zack Snyder. Il faudra attendre 2016 pour que le studio ne se jette pour de bon dans la bataille, en rassemblant Batman, Superman et Wonder Woman dans un même film. Avec aussi Lex Luthor, Doomsday et des soupçons de Flash, Aquaman et Cyborg, et même un teasing de Darkseid. Autant d'éléments censés paver la voie pour Justice League, mais qui aboutissent à une indigestion du public face à une oeuvre certes ambitieuse et soignée sur le plan visuel, mais trop chargée.

ET LA MARVELISATION DU CINÉMA FÛT...

Un an plus tard, le DC Extended Universe réussit son premier gros coup avec le film solo sur Wonder Woman, dont le récit est quasi-indépendant du reste, mais se prend les pieds dans le tapis avec ce qui devait être leur équivalent des Avengers : la Justice League qui, non contente de ne rapporter que 658 millions de billets verts dans le monde (dont les 2/3 en-dehors du sol américain, un comble pour des héros aussi ancrés dans la culture américaine), prouve à quel point la méthode Marvel est aujourd'hui prisée par ses concurrents. Pas seulement parce que Joss Whedon est appelé en renfort pour terminer le film, suite au retrait de Zack Snyder, mais aussi parce que la noirceur qui faisait le sel du DCEU est plus ou moins abandonnée, et qu'il y a une scène post-générique alors que les producteurs avaient jusqu'ici refusé d'en intégrer.

Il n'en fallait pas plus pour que le terme de "marvelisation du cinéma" ne soit définitivement entériné, pour le meilleur comme pour le pire, avec le risque que tous ne se conforment à cette façon de faire et ne tombent dans le côté "formule" qui avait nui à la Phase 2. Que l'on aime ou pas ce qu'ils ont mis sur pied, force est de reconnaître que l'entreprise Marvel est impressionnante, surtout à une époque où la "pre-awareness" (besoin de se reposer sur des marques déjà connues du grand public) dicte la conduite des studios. Basée sur une vision à très long terme, elle s'est construite minutieusement et sans brûler les étapes (sauf dans le cas, sans conséquences lourdes, d'Iron Man 2), prenant soin de fidéliser les spectateurs comme les lecteurs l'avaient été auparavant, avant de les récompenser grâce à des événements de l'ampleur d'un Avengers, qui fonctionnent comme des season finale en séries.

"Avengers" 1 et 2 : des season finale pleins de gaffes

C'est d'ailleurs l'un des principaux reproches faits au Marvel Cinematic Universe, dont les films sont souvent comparés à des épisodes de série (surtout ceux de la Phase 2, à l'exception du Soldat de l'Hiver, qui ne faisaient pas vraiment avancer les choses) dont le but est de nous faire patienter jusqu'au prochain Avengers. À l'heure où le petit écran prend parfois le pas sur le grand, il n'est pas étonnant que Kevin Feige, qui reconnaît travailler comme un showrunner, n'applique la forme sérielle aux films qu'il chapeaute, en citant Star Wars comme principale source d'influence. Et c'est d'autant plus drôle que la saga intergalactique tente aujourd'hui se suivre le modèle Marvel, avec des suites, spin-offs et même des shows télévisés.

Car c'est également sur petit écran, comme La Tour Sombre envisageait de le faire en alternant films et séries, que le Marvel Cinematic Universe s'étend, comme nous vous l'expliquons page suivante.

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