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    Alejandro González Iñárritu : "Nous laissons le cinéma mourir et devenir un parc à franchises"
    Par Corentin Palanchini — 18 mai 2019 à 16:35
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    Le réalisateur Alejandro González Iñárritu s'est exprimé sur l'avenir du cinéma dans les salles et la lutte entre les exploitants et les plateformes de streaming.

    JACOVIDES-MOREAU / BESTIMAGE

    Actuel président du jury du 72ème Festival de Cannes, Alejandro González Iñárritu (Birdman, The Revenant) s'est exprimé davantage sur ses positions quant à l'exploitation actuelle des films en salles (notamment aux Etats-Unis), la disparition des "films du milieu" et la façon dont il envisage une cohabitation avec les plateformes de streaming.

    Interrogé par le New York Times, le cinéaste mexicain a commencé par évoquer l'évolution de l'industrie actuelle : "Peu sont les studios qui font des films de budget moyen, intéressant, multiculturels, donc les distributeurs ne s'occupent plus de ces films. Les exploitants ne les montrent plus qui leur rendent, allez, 3% de l'argent que leur rapporte les énormes franchises cinématographiques. (...) Lorsque j'ai commencé, il y avait de petites firmes qui achetaient et vendaient les films internationaux de budget moyen : Paramount Vantage par exemple. Mais ça n'existe plus". Ce n'est pas la récente absorption de Fox Searchlight (la branche "cinéma indépendant" de la 21st Century Fox) par Disney qui lui fera dire le contraire.

    Il constate ensuite les difficultés de la nouvelle génération à se faire une place dans l'industrie cinématographique : "Si j'avais été dans la situation actuelle il y a 20 ans, je n'aurais jamais fait ni 21 grammes, ni Babel, ni Biutiful. Jamais ! (...) Je suis privilégié dans le sens où j'ai la possibilité de faire The Revenant, mais combien de jeunes cinéastes n'ont pas accès à ces budgets et à ces films ? Ils doivent se tourner vers la télévision".

    Tempesta 2018
    Heureux comme Lazzaro, qu'Iñárritu a découvert sur Netflix

    Mais le réalisateur n'est pas passéiste. Il est ainsi conscient que la façon de consommer le cinéma a évoluée :

    Parfois, j'aime regarder un film sur mon ordinateur avec mes écouteurs, mais je sais que je regarde un film, mais que je ne le "vis" pas. (...) Nous nous isolons. Et la discussion n'est pas juste sur le cinéma ou la vision romantique que l'on s'en fait, c'est un sujet bien plus vaste.

    L'accessibilité nouvelle des films est aussi l'un des points forts de la cinéphilie moderne, comme le souligne Iñárritu, avant de noter que Netflix est autant un apport qu'un danger : "C'est formidable lorsqu'un film passe à la télé quelque part dans le monde. Je n'aurais jamais pu voir [Heureux comme Lazzaro] d'Alice Rohrwacher s'il n'avait pas été sur Netflix, donc merci Netflix ! Mais j'aurais adoré pouvoir le voir [aux cinémas de Los Angeles] et c'est ce qui m'énerve, que nous laissions mourir ça. Qu'on me comprenne bien : je soutiens Netflix à 100% mais il faut dire que les distributeurs comme les exploitants sont responsables : nous laissons ce média mourir et devenir un parc à franchises. Et si les studios, distributeurs et exploitants ne trouvent pas le moyen d'avancer, Netflix va les dévorer vivants".

    Et lorsque le journaliste lui demande s'il a des solutions à apporter, il répond sans détour : "J'ai toujours essayé de trouver un point de jonction où les exploitants pourraient apporter les films dans les cinémas sans perdre d'argent et Netflix faire des événements autour de certains de leurs films pour qu'un mois et demi après, ils passent à la télé". Et d'ajouter :

    Donnez-moi le choix. Je veux juste avoir le choix.

    Et de louer la situation en France concernant les films présentés au Festival de Cannes : "80% des films cannois seront accessibles à tous dans les cinémas très bientôt car ils ont des lois pour protéger cela. Je sais que c'est impossible aux Etats-Unis, mais n'y a-t-il personne qui puisse inventer quelque chose ? Netflix ne pourrait pas racheter [un parc de salles] pour passer simultanément leurs films au cinéma et à la télé ? Imaginez la société que Netflix pourrait créer".

    Une note d'espoir qui sera peut-être entendue dans une période où partisans de la chronologie des médias et pro-streaming se livrent à une lutte sans merci, les premiers pour garder un statut quo qui les protègent, l'autre pour faire adapter les lois actuellement en vigueur au nouveau mode de consommation initié par Netflix.

    Iñárritu sur le tapis rouge cannois avec son jury :

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    Commentaires
    • Ryo H
      Si elle baisse, c'est qu'elle ne se porte pas bien. Surtout qu'il faut rajouter qu'il y a une vraie polarisation autour des blockbusters, encore plus marqué qu'avant. En gros, les films qu'il faut voir au cinéma. Pour les films de moindre envergure par contre, il y a un vrai problème pour attirer les gens dans les salles. C'est bien pour ça d'ailleurs que Netflix concentre sa production de films sur ce genre la.Donc non, ce que tu dis n'est pas vrai. Maintenant, est-ce que c'est Netflix (et le streaming de manière générale, ainsi que la VOD) qui en est la cause, ça c'est un raccourci qu'il ne faut pas faire, sans preuves.
    • spielbergismygod
      Non. Désolé. Ce que je dis est vrai. Oui, la fréquentation en salle se porte plutôt bien. Y compris aux USA. Année 2018 plutôt très bonne de ce côté de l'atlantique. Que la fréquentation soit moindre qu'il y a 10 ans, et même en baisse, bien évidemment. Pour autant, l'arrivée de Netflix et Compagnie n'a pas tué le cinéma mondial, loin de la. Malgré justement le boom du cinéma à domicile, les salles obscures résistent plutôt très bien.
    • Madozam
      netflix est le maitre maintenant !!
    • Ryo H
      Même si mettre tout sur le dos de Netflix est un peu facile, ce que tu dis est faux. Aux USA, la fréquentation ne cesse de baisser depuis des années (avec pourtant un accroissement de la population), et en France elle est stable, alors que la population augmente (il y a donc moins de tickets vendus par habitants). Alors qu'en plus, même si ce n'est pas nouveau, il y a les cartes UGC et Gaumont/Pathé qui donnent accès a beaucoup de film pour pas cher.Maintenant, il y a plein de raison que l'on peut évoquer, et pas forcément mettre ça sur le dos du formatage façon Disney. Disney ne fait d'ailleurs que produire ce que le public lui demande.
    • Le Dude Thor Lebowski
      Maitre Iñárritu a parlé.
    • spielbergismygod
      Mouaif. Ça se discute. La fréquentation en salle se porte plutôt bien et ce malgré l'ouragan Netflix. Quant au discours sur les jeunes auteurs qui ne peuvent plus faire de films, j'ai du mal à y voir autre chose qu'une petite dose de narcissisme mal placé. Il n'y a peut-être jamais eu autant de films et de jeunes réalisateurs qu'aujourd'hui, y compris aux États-Unis.
    • Satirycon
      Pardonnez moi mais vous dites n'importe quoi. Un producteur n'a jamais eu vocation à mettre son propre argent dans un film, c'est un gestionnaire de projet. Il gère le projet, le budgétise et cherche (ou fait chercher) l'argent auprès de partenaires financiers variés. Oui, en France nous avons un système de subventions, de crédit, d'aides et d'avances qui permet encore à des films de se faire. Sans ce système, beaucoup de films, et pas uniquement Français, ne pourraient pas se faire. Vous voulez d'un dictât hollywoodien sur le cinéma, ne voir que des films de héros en string fluo à la chaîne, savamment étudiés et calibrés pour un certain public ?Produire un film est toujours un risque, même si l'industrie hollywoodienne dispose d'armes redoutables pour les minimiser. Il n'y a aucune certitude que le public suivra, que les critiques ne le descendront pas, que les exploitants et distributeurs ne le retireront pas rapidement des salles où il ne fait pas assez d'entrées. Les services de streaming n'ont pas ce problème, ils ont tant d'abonnés, ce qui leur assure tant de milliards de CA par an, dont une infime partie servira à produire du contenu. Eux ne prennent quasiment aucun risque. D'ailleurs du coup, ils pourraient en prendre bien davantage artistiquement parlant. Que 50 personnes regardent ou 5000, ça ne change pas grand chose, le film est déjà payé par les abonnements. Le but ici c'est de fidéliser le client, le rendre dépendant du service (via les séries) et qu'il en dise du bien autour de lui.Ce n'est pas vrai qu'on ne produit plus rien d'intéressant (ce qui reste très subjectif), c'est surtout que le système est totalement écrasé par les franchises. Vu leur succès, il est logique que l'industrie aille vers là ou l'argent est. Quand un filon est trouvé, on veut l'exploiter au maximum. C'est donc presque devenu la norme de faire des suites et des remake.Ce dont il parle ce sont les mid budgets, maintenant c'est soit on te donne 10M pour faire ton petit film, soit on en balance 300 pour faire un blockbuster ultra étudié et marketé. Les budgets intermédiaires n'intéressent plus car ils sont trop risqués.Le vrai problème actuel vient de la mutation des usages, très bien décrits dans le post et par Jackslater1993 : le cinéma est devenu un bien de consommation courant comme la nourriture d'un fast-food, on consomme tout et n'importe quoi n'importe comment. Cela met indéniablement à mal le modèle actuel du cinéma, qui cherche à se réinventer.
    • Jackslater1993
      Oui mais la je pense qu’il parlait principalement du cinéma Holywoodien et donc des producteurs américains de Hollywood
    • Anne-Sophie P
      C'est plus compliqué que ca. En France, ce sont avec l'argent des français qu'on produit des films, les producteurs ne mettent plus leur argent à eux, ils sont couverts par toutes sortes d'aides, la television, Canal+, chaque abonné verse de l'argent au cinéma français... pour produire des navets qui paieront pour aller voir. Ce sont les français consommateurs en tout genres qui sont les plus gros perdants, pas le producteur qui lui ne prend plus aucun risque. Du coup, on produit plus rien d'interessant.
    • Jackslater1993
      Et ouais j’approuve à 100% ce qu’il dit . Le cinéma devient un parc d’attraction à franchise . C’est une énorme usine où l’on fabrique des films à la chaîne qui sont à peine consommable comme on ferait des boites de conserve . ( et va y que je te produit le 23ème Marvel , puis le 24ème , puis le 25eme ... ) . Il faut produire toujour plus et toujour plus vite peu importe la qualité pour satisfaire au plus vite les besoins primaires de personnes qui ont besoin de leur dose d’adrénaline sur grand écran comme si ils irait au McDo manger un cheeseburger pour satisfaire leur envie de Fast Food . On consomme et on oublie aussi vite . Et on remet sa . Pour ceux qui on connu des vrais films de cinéma qu’on prenait le temps de réaliser sa fait mal . Mais pour moi les vrais responsables de cette situation ce ne sont pas les producteurs mais les spectateurs . Les producteurs ne font que répondre à la demande . ils voient que les gens se rendent en massent pour aller voir ses films alors pourquoi ils prendraient le risque de produire autre chose . Si demain plus aucun spectateurs iraient voir ses films tu peut être sûr que les producteurs changeraient leurs fusil d’épaule pour produire autre chose .
    • Bacta142 (bis)
      Il n'a pas tort. Heureusement qu'il reste des auteurs comme lui à Hollywood pour nous proposer autre chose..
    • Monsieur-B
      Bienvenue dans le monde de Disney…
    • chips493
      C'est l'ajustement de l'offre et de la demande.
    • MickDenfer
      le choix, l'a-t-on encore ?
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