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    L'Emmerdeur sur France 2 à 14h : Lino Ventura, un acteur compliqué. Francis Veber se souvient
    2 avr. 2020 à 13:00
    Vincent Formica
    Vincent Formica
    -Journaliste cinéma
    Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

    L'Emmerdeur est diffusé cet après-midi sur France 2, l'occasion de faire un focus sur un comédien charismatique... mais pas facile, Lino Ventura !

    D.R.

    François Pignon, personnage emblématique créé par Francis Veber dans sa pièce Le Contrat, voyait le jour pour la première fois au cinéma dans L'Emmerdeur d'Edouard Molinaro. Interprété par Jacques Brel, Pignon est entré au panthéon des personnages les plus appréciés du cinéma français. De Brel à Pierre Richard en passant par Daniel Auteuil, Jacques Villeret ou Gad Elmaleh, Pignon a traversé les âges, campé par ces différents acteurs. Mais Pignon n'est rien s'il n'a personne à emmerder ! Et dans ce film, il va coller aux basques d'un monstre sacré, Lino Ventura.

    Au début des années 70, Francis Veber se fait connaître au théâtre avec sa pièce Le Contrat. Gaumont le sollicite alors pour mettre en scène un film d'espionnage, La Couverture, d'après un synopsis de l'auteur lui-même. Surpris, Francis Veber accepte d'aller rencontrer Lino Ventura pour lui proposer le rôle principal. Impressionné par le comédien, Veber lui raconte son histoire. Ventura s'énerve : "On va m'emmerde longtemps avec ce rossignol ?", lance-t-il à Veber.

    L'Emmerdeur
    L'Emmerdeur
    Sortie : 20 septembre 1973 | 1h 30min
    De Edouard Molinaro
    Avec Lino Ventura, Jacques Brel, Caroline Cellier
    Spectateurs
    3,8
    louer ou acheter

    Ce dernier se rend compte que Gaumont avait déjà proposé ce rôle à l'acteur, qui avait refusé. Le studio a ensuite envoyé Veber au casse-pipe pour essayer de convaincre à nouveau Ventura. L'artiste finit par s'amuser de la situation et les deux hommes commencent à tisser des liens. Veber lui parle alors de sa pièce, Le Contrat, qu'il souhaiterait adapter au cinéma. Ventura se montre intéressé et le scénariste promet de lui envoyer la pièce par courrier. Veber dépose alors le manuscrit chez le comédien et un coup de téléphone retentit le lendemain. "Ça, je veux bien le jouer !", s'exclame Lino Ventura, en parlant du rôle du tueur à gages Ralf Milan dans L'Emmerdeur.

    Abasourdi, Francis Veber n'en croit pas ses oreilles. Il retourne voir Gaumont et le producteur Alain Poiré. Le studio accepte de financer le film. L'auteur retourne alors voir Lino Ventura, qui se révèlera être aussi "chiant que François Pignon". "Parler de Lino Ventura n'est pas facile", explique le réalisateur dans sa biographie. "Il a laissé une image sans tâche dans la mémoire collective, et la remettre en question peut paraître sacrilège. Je suis pourtant obligé de dire que cet homme exceptionnel pouvait être incroyablement chiant."

    En effet, Ventura était notamment très exigeant au niveau de l'écriture. Tellement méticuleux que Francis Veber s'est arraché les cheveux pour certaines scènes. "Ce n'est pas dans ma morphologie", ripostait souvent l'acteur quand il ne se sentait pas d'interpréter une situation. Très soucieux de son image, il ne souhaitait pas l'associer à un sujet scabreux. "Je l'ai vu passer à côté de sujets exceptionnels parce que ce n'était pas dans sa morphologie", se désole Francis Veber. Par exemple, après L'Emmerdeur, le metteur en scène lui propose le rôle principal d'Adieu poulet, celui d'un flic corrompu se faisant entretenir par une prostituée. Ventura rechigne à jouer le rôle car selon lui : "Lino ne se fait pas acheter par une pute."

    Veber a beau lui expliquer que ce n'est pas lui qui se fait acheter mais son personnage, Ventura n'en démord pas, il ne le jouera pas. L'auteur a dû remanier le scénario pour l'acteur pour qu'il revienne finalement sur sa décision. Ventura n'était pas seulement minutieux sur l'écriture, il était aussi très difficile sur les tournages. "Il pouvait être merveilleux quand il était en confiance, mais se montrait infernal s'il se braquait contre quelque chose ou quelqu'un. Lui qui avait tant de charme dans la vie, devenait brusquement caractériel", révèle Veber.

    Agacé par le comportement de Ventura, le cinéaste se plaint un jour à la femme d'Alain Poiré, Yvette : "Il est capricieux comme un enfant", déclare Veber. "Non, il est capricieux comme une femme", rétorque Yvette Poiré. "Voilà qui risque de choquer ceux qui considéraient Lino comme un modèle de virilité, mais à la réflexion, je trouve que c'est un compliment. Le Lino que j'ai connu était plus complexe, plus ambigu que l'image de macho aux gros bras et au grand coeur de la mémoire collective. Lui imaginer une composante féminine ne me paraît pas l'amoindrir, mais au contraire l'enrichir.", confie le metteur en scène. Selon ce dernier, Ventura était un homme inquiet, stressé par son perfectionnisme jusqu'à s'en rendre malade et à mourir trop jeune.

    Source : Que ça reste entre nous de Francis Veber publié chez Robert Laffont

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