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    Disney, l'histoire du studio culte : le succès de Blanche-Neige et les premiers échecs [EPISODE 2]
    28 juil. 2020 à 18:00
    Corentin Palanchini
    Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.

    Découvrez notre saga de l'été sur l'histoire du studio Disney, de sa création à la mort de Walt Disney. Cette semaine, pour ce deuxième épisode, retour sur les débuts en dents de scie de Walt Disney à la tête de sa firme mythique.

    Walt Disney
    Le 1er long métrage d'animation Disney

    En 1937, Walt Disney produit Blanche-Neige et les sept nains, adapté d'un conte des frères Grimm. Les nouvelles techniques d'animation qu'il a perfectionnées tout au long des courts métrages Silly Symphonies (et qui lui ont valu des Oscars) lui permettent d'enfin obtenir le rendu qu'il désire. Le film sort en exclusivité à New York, puis la RKO, firme distributrice des films Disney, le diffuse le 4 février 1938 sur l'entièreté du sol américain. Il s'agit du premier long métrage d'animation américain de l'histoire du cinéma.

    Trente-deux animateurs (et plus encore de coloristes, paysagistes, encreurs et peintres) travaillent d'arrache-pied pour sortir le film dans les délais. Dans le petit monde du cinéma, tout le monde prend Walt* pour un fou et pourtant, le succès est phénoménal. Les salles obscures ne désemplissent pas et Blanche-Neige franchit les frontières et séduit le public à travers le monde. Le film remporte un "Oscar spécial" (une statuette normale et sept autres petites statuettes lors de la cérémonie des récompenses, voir ci-dessous).

     

    Walt est enfin légitime parmi les "nababs" de Hollywood, et se sert de l'argent colossal rapporté par Blanche-Neige pour envisager de quitter le studio qu'il a fait installer en 1926 (et agrandir un certain nombre de fois) sur Hyperion Street à Los Angeles. A la place, il projette de déménager dans un véritable studio de cinéma qu'il compte installer à Burbank, une petite ville touchant Los Angeles. En attendant, chacun prend son mal en patience avec de nombreux projets à gérer dans des locaux trop petits.

    Les courts métrages se multiplient, avec leur lot de personnages devenus culte tels Dingo, Donald, Minnie ou Pluto et Mickey perd un peu de sa superbe, parfois relégué au rang de faire-valoir des autres héros. Concentré sur la production, Walt n'a plus le temps de mettre en scène le moindre film et son dernier opus sera Le roi Midas, un Silly Symphonie sorti en 1935. En parallèle, le studio d'animation développe de nouveaux longs métrages. Le premier d'entre eux est Pinocchio.

    Pinocchio, le début des problèmes

    Le budget du film est quintuplé par rapport à son coût prévisionnel car Walt, mécontent de la tournure prise par son Pinocchio, met le scénario en pause le temps de le retravailler et de repenser l'apparence des personnages. Si le producteur se permet ce perfectionnisme coûteux, c'est qu'il en a les moyens grâce au succès de Blanche-neige. Il met en outre les petits plats dans les grands en proposant un film en 2D époustouflant pour l'époque. Sa version du conte est complètement changée par rapport à l'originale signée Carlo Collodi, mais c'est la sienne qui restera pourtant la plus connue à travers le monde. Elle remporte deux Oscars : celui de la Meilleure musique et celui de la Meilleure chanson pour When You Wish Upon a Star.

    Walt Disney Pictures
    Pinocchio et Jiminy

    Pourtant, Pinocchio est un échec. A sa sortie américaine le 23 février 1940, l'Europe et l'Asie sont en guerre et leur marché cinématographique est fermé. Soutenu par d'excellentes critiques, le box-office de Pinocchio est victime de la situation mondiale et n'a pas le succès espéré. Qu'importe ! Disney a encore un film à sortir cette année : Fantasia, qui choisit d'illustrer des grandes œuvres de musique classique avec des courts métrages d’animation, le tout porté par Mickey. Les orchestrations de Leopold Stokowski bénéficient d'un son stéréo et d'une technologie sonore coûteuse et novatrice : le Fantasound.

    Cependant lorsque le film sort en exclusivité dans certains cinémas sélectionnés, l'installation du Fantasound et la durée du film (2h05) limitent les recettes. Nous sommes en novembre 1940 et RKO refuse de sortir le film dans ces conditions. Walt décide donc de payer lui-même la distribution de son futur classique, mais l'échec se confirme. Le 6 janvier 1942, il accepte de retravailler avec RKO, qui diffuse une version de Fantasia amputée de 45 minutes (l'ouverture "Toccata et Fugue en Ré Mineur" de Bach est entièrement supprimée).

    C'est un deuxième échec pour Walt, qui commence à ne plus avoir les moyens de ses ambitions. A l'époque, ses films -pourtant reconnus comme des chefs d'oeuvres lorsqu'ils seront redécouverts des années plus tard- n'arrivent pas à trouver leur public. La Seconde Guerre mondiale bloque toujours une partie du marché et un nouveau projet arrive dans ces conditions difficiles : Dumbo.

    Une bouffée d'oxygène et encore des problèmes

    D'une durée d'1h04, simple dans sa fabrication comme dans son histoire, poétique et sans nouvelle technologie expérimentale : Dumbo ne coûte pas cher et permet à Walt de retrouver les faveurs du public. Il fait oublier les deux films précédents alors jugés trop ambitieux ainsi que Le Dragon récalcitrant, sorte de making-of-publicité pour le studio Disney, sorti quelques mois auparavant. Entre-temps, toute l'équipe a déménagé à Burbank, dans des studios flambants neufs où tout n'est pas rose. Les employés de la firme se sont mis en grève durant le mois de juin 1941 pour protester contre les conditions de travail imposées par le studio.

    Capture d'écran
    Walt, le créatif et le communicant (à l'extrême gauche) et Roy O. Disney, le comptable et l'homme de l'ombre (à l'extrême droite) ; les deux têtes de Walt Disney Studios.

    Près de la moitié des revenus de la firme disparaissent avec le blocus du marché européen et les dépenses doivent être réduites. Or, en parallèle, les salaires ne sont pas équitables chez Disney, avec des chefs dessinateurs "protégés" par de bons salaires et de bonnes conditions de travail et les autres animateurs et "petites mains de l'ombre" sous-payés. L'équipe est en pleine préparation de Bambi et la situation critique. Walt laisse son frère Roy gérer la crise financière et part chercher des fonds ailleurs. Au final, après un arrêt total de l'activité, une vague de licenciements et la création d'un syndicat, le travail reprend au mois de septembre.

    En décembre 1941, les Etats-Unis entrent en guerre contre le Japon et l'Allemagne nazie. Walt s'était publiquement opposé à l'engagement américain dans le conflit mais, ayant terriblement besoin d'argent pour sa firme, accepte celui du gouvernement pour produire des courts métrages éducatifs et de propagande pour soutenir l'effort de guerre. En parallèle, des soldats stationnent dans son studio de Burbank. Le marché européen étant toujours bloqué, il se tourne vers l'Amérique du Sud et produit pour ce nouveau public Saludos Amigos (1943), Les Trois caballeros (1944), et de nombreux courts métrages "localisés" comme Pluto et l'armadillo ou Dingo en Argentine. Entre le drame de Pearl Harbor et cette main tendue à l'Amérique du Sud sort Bambi, qui est un succès.

    Dans le prochain épisode...

    Les années 40 auront laissé sur Walt Disney une trace durable tant professionnellement que personnellement (il perd son père dans un accident domestique en 1941). Concentré sur le fait de remettre à flot son studio, il ne produira plus de longs métrages d'animation originaux et sortira des compilations de courts ou moyens métrages ou des films mêlant animation et prises de vues réelles. Il reviendra au long métrage inédit avec Cendrillon en 1950, qui lui vaudra un nouveau succès mondial.

    Par ailleurs, l'argent étant revenu dans ses caisses, une idée trotte dans la tête de Walt. Alors que la guerre est désormais terminée et que les familles ont besoin de se retrouver ou de se divertir, pourquoi ne pas imaginer un parc où les enfants cotoyeraient leurs héros Disney préférés ?... Rendez-vous la semaine prochaine !

    Et dans les épisodes précédents :

    Les meilleures scènes psychédéliques de Disney datent de cette période !

     

    * pour des raisons de compréhension, il sera question de "Walt" lorsque nous parlons de la personne de Walt Disney et de "Disney" lorsqu'il s'agit de la firme dans son ensemble.

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    Commentaires
    • Carlo P.
      le documentaires d'Arte en deux parties est un peu plus complet, mais l'article est très rédigé et est très clair...
    • Raph7el
      Très intéressant. Merci pour ce genre d'articles.
    • Dr. Jones
      Super initiative ces articles pour un sujet qui ne lasse jamais !
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