Notez des films
Mon AlloCiné
    Juste la fin du monde (Netflix) : pourquoi il faut (re)voir ce drame intimiste de Xavier Dolan
    Par Thomas Desroches (@ThomDsrs) — 21 juil. 2020 à 19:00
    FBwhatsapp facebook Tweet

    Dans "Juste la fin du monde", disponible dès ce 21 juillet sur Netflix, Xavier Dolan réunit cinq stars françaises pour filmer l'implosion d'une famille rongée par les non-dits. Un drame à la fois anxiogène et débordants d'émotions.

    Shayne Laverdiere

    C'est sous les conseils de son amie et actrice fêtiche, Anne Dorval, que Xavier Dolan découvre la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, créée en 1990. Pour transposer cette œuvre à l'écran, le réalisateur québécois s'entoure de la fine fleur du cinéma français : Marion Cotillard, Nathalie Baye, Léa SeydouxVincent Cassel et Gaspard Ulliel. Présenté à la 69e édition du Festival de Cannes, en 2016, le film reçoit le Grand Prix des mains du président George Miller. Si le drame séduit la France - porté par plus d'un million d'entrées en salles et trois Césars -, la critique américaine, elle, est assassine, privant même le long métrage d'une sortie aux États-Unis. Sombre, dérangeant et déchirant, Juste la fin du monde reste l'un des films les moins accessibles de Xavier Dolan et pourtant l'un de ses plus passionnants.

    Après douze ans d'absence, Louis, un écrivain à succès, revient dans sa famille, le temps d'un dimanche, pour leur annoncer sa mort. Autour de lui, sa mère, Martine, sa sœur, Suzanne, et son frère, Antoine, ne se doutent de rien. Seule sa belle-sœur, Catherine, semble soupçonner quelque chose. Commence alors une longue journée d'attente, noyée dans les réglements de comptes et les frustrations inavouées. C'est à travers cette intrigue que le cinéaste dépeint la crise d'une famille qui se retrouve pour se séparer définitivement. Ce paradoxe est le premier d'une longue liste puisque le film entier est construit autour des attitudes contradictoires des différents personnages.

    Se préserver de la réalité

    Pour parler du manque de communication, Xavier Dolan propose un film où les dialogues sont omniprésents. Dès son retour, Louis - excellent Gaspard Ulliel - passe un moment en tête-à-tête avec chacun de ses proches. Si le malade reste très silencieux, son interlocuteur, lui, est toujours très locace, monopolisant chaque conversation. Pourtant, ils n'ont rien à dire et se parlent pour combler un vide et camoufler leur malaise. C'est aussi autour du paradoxe que le personnage de Martine, interprété par Nathalie Baye, s'articule. Excessive, bavarde, parfois criarde, cette mère cache derrière son énergie et son look exhubérant un profond mal-être devant ce fils qu'elle ne connaît plus. Tous les sujets de cette histoire portent un masque pour se protéger de la vérité, au même titre que le héros qui, derrière son visage blafard, se mure dans la peur. Le seul éclat de vérité se lit dans les yeux de Catherine, incarnée par Marion Cotillard. Elle est celle qui, grâce à son écoute et son regard observateur, réussit à percer, en partie, le mystère de son beau-frère.

    Oasis, Moby, Céline Dion... : le pouvoir de la musique dans les films de Xavier Dolan

    Ce sentiment de désarroi qui consume l'ambiance du film, Xavier Dolan l'accentue avec la caméra, où il multiplie les plans très serrés sur les visages de ses personnages. Il existe une telle proximité entre l'acteur et l'objectif qu'il est même parfois difficile pour le spectateur de respirer et de trouver du répit. Pourtant, deux séquences, toutes les deux des flashbacks musicaux, viennent élargir les murs du film. La première sur le hit Dragostea din tei, du groupe O-Zone, et la seconde, sur une reprise du titre de Françoise Hardy, Une miss s'immisce, chantée par Exotica. Toujours avec l'aide de son chef opérateur, André Turpin, Xavier Dolan crée un film à l'image sombre qui s'illumine seulement durant le final, point culminant de cette réunion familiale.

    Bon nombre de détracteurs reprochent au réalisateur d'utiliser tous les mêmes thèmes dans son cinéma. En réalité, il les réinvente de manière différente et ce, à chaque film. Avec Juste la fin du monde, Xavier Dolan retrouve la famille, la figure maternelle et son attrait pour les conflits humains dans un long métrage rude, mélancholique et qui refuse de ménager les spectateurs en leur donnant ce qu'ils attendent : la vérité. À aucun moment, l'origine du mal qui ronge Louis n'est révélée - s'agit-il d'un cancer, du sida ? - et les mots tant attendus ne sortiront jamais. Une frustration que le public partage avec les personnages de ce film, aussi complexe que l'être humain lui-même.

    Juste La Fin Du Monde
    Juste La Fin Du Monde
    Sortie le 21 septembre 2016 | 1h 39min
    De Xavier Dolan
    Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard
    Presse
    3,2
    Spectateurs
    3,6

    Découvrez la bande-annonce de "Juste la fin du monde"... :

    Juste La Fin Du Monde Bande-annonce VF

     

    ... et sa bande originale :

    FBwhatsapp facebook Tweet
    Commentaires
    • Cowboys from Hell
      J'ai bien aimé, moi, ce film avec un gros casting qui plus est.On voit que Dolan a voulu filmé ses acteurs de façon qu'on ne les avait jamais filmé auparavant, surtout les plus anciens . Cassel qui joue les durs et qui devient aussi sensible qu'un vase en porcelaine, Cotillard qui est aussi douce qu'un bébé, Baye qui est plus délurée que jamais....
    • Hunnam29
      Un film à fleur de peau, comme le sont les personnages. J'ai trouvé ça vraiment intéressant. C'est lent, certes, mais les émotions sont palpables et les personnages à la limite de la rupture. Le casting est excellent.
    • LeMeilleurPseudoDuMonde
      Alors pour moi c'est non. Juste la fin du monde est le plus mauvais Dolan, ennuyeux au possible et poussif tout le film pour exploser à la fin dans une conclusion douce amère. Les acteurs sont plutôt convaincants dans leur rôle mais l'écriture trop théâtrale (adaptation de pièce oblige) empêche de pleinement croire à ce qui se déroule sous nos yeux.Je comprends la démarche de Dolan d'essayer quelque chose après le succès Mommy mais pour moi c'est un raté.
    • Madolic
      Parce que Marion Cotillard, tout simplement.Elle accapare l'objectif à chacune de ses scènes.Bon nombre de détracteurs reprochent au réalisateur d'utiliser tous les mêmes thèmes dans son cinéma. En réalité, il les réinvente de manière différente et ce, à chaque film.Euh pas forcément d'accord, dans Mathias & Maxime le perso de Anne Dorval ne sert que à insérer le thème maternel encore une fois. Dans le fond on pouvait s'en passer tant ces scènes ne servent pas vrmt le récit.
    Voir les commentaires
    Back to Top