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    Never Rarely Sometimes Always : un drame coup de poing sur l'avortement
    Par Thomas Desroches (@ThomDsrs) — 19 août 2020 à 09:00
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    Avec "Never Rarely Sometimes Always", au cinéma dès ce 19 août 2020, Eliza Hittman réalise un film poignant et nécessaire sur le périple d'une adolescente qui souhaite avorter dans le plus grand des secrets. Interview avec la cinéaste.

    2020 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

    "Des problèmes de fille." C'est de cette manière qu'Autumn (Sidney Flanigan), personnage central de Never Rarely Sometimes Always, justifie son absence au lycée. Pourtant, le film d'Eliza Hittman, au cinéma dès ce 19 août 2020, s'intéresse bien plus qu'à de simples "problèmes de fille". Derrière cette réponse toute faite, idéale pour esquiver les questions les plus intrusives, l'adolescente dissimule une grossesse non désirée.

    Le secret, qui asphyxie peu à peu son quotidien, est d'autant plus difficile à porter qu'elle est issue d'un milieu défavorisé dans l'État de Pennsylvanie, aux États-Unis. Avec le soutien de sa cousine, Skylar (Talia Ryder), et quelques dollars en poche, la jeune femme prend le premier bus direction New York dans le but d'avorter. Pour les deux héroïnes, ce voyage en terrain hostile est un pas de plus vers la fin de l'innocence.

    Un film urgent

    Lauréat du Grand prix du jury lors de la 70e édition de la Berlinale en février 2020, Never Rarely Sometimes Always offre un regard sensible et authentique sur une adolescence bouleversée par les obstacles de la vie. La scénariste et réalisatrice Eliza Hittman, qui signe ici son troisième long métrage, explique à quel point la politique américaine a accéléré la mise en chantier du film : "L'idée m'est apparue lorsque Barack Obama était encore président. À cette époque, on parlait peu des difficultés d'accès à l'avortement. Mais quand Donald Trump a été élu, le débat est devenu encore plus épineux, notamment à cause de ses positions bien connues sur le sujet. Il était urgent de raconter cette histoire."

    Les manifestants pro-vie se présentent tous les samedis de chaque mois devant les cliniques.

    Pour que son œuvre soit la plus réaliste possible, la cinéaste a emprunté le même trajet que son héroïne dans le film : un voyage en bus, de l'État de Pennsylvanie jusqu'à New York, soit plus de 320 kilomètres. Sur son chemin, elle a rencontré de nombreux professionnels - dont un médecin qui joue son propre rôle devant la caméra - et s'est heurté aux mouvements pro-vie. Les manifestants visibles dans le long métrage sont d'ailleurs bien réels. "Ce n'était pas une mise en scène. Ils se présentent tous les premiers samedis de chaque mois devant les cliniques, explique Eliza Hittman. Ils sortent de la messe, avec leurs robes d'église sur le dos, et se dirigent en groupe pour protester et prier." Ces rassemblements sont légaux et surveillés par la police, qui veille à maintenir le calme.

    Durant ses recherches, la réalisatrice a été surprise par le grand nombre de fausses cliniques - appelées crisis pregnancy centers en anglais - qui mettent tout en œuvre pour dissuader les femmes d'avorter. "Il y en a dans toutes les villes et dans toutes les régions. Elles ne sont pas tenues par des médecins, mais par de simples bénévoles, détaille-t-elle. J'ai été stupéfaite de voir que le gouvernement américain soutenait ces structures."

    "Jamais, rarement, parfois, toujours"

    Au-delà de son sujet fort, le film - dont le titre renvoie aux quatre choix de réponses lors d'un questionnaire proposé avant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) - révèle deux jeunes actrices talentueuses : Talia Ryder et Sidney Flanigan. Cette dernière, dans la peau de l'héroïne, Autumn, tient son tout premier rôle au cinéma. Une entrée en matière remarquée. Pour Eliza Hittman, le plus important n'est pas l'expérience, mais l'authenticité des émotions. À l'écran, le personnage, renfermé sur lui-même, est très silencieux, presque muet. Un choix de la part de la réalisatrice, qui préfère s'intéresser à ce que les gens ressentent plutôt qu'aux mots qu'ils s'échangent.

    Focus Features
    Sidney Flanigan dans le rôle d'Autumn.

    Privé de projection dans les cinémas américains à cause de la pandémie du Covid-19, le film a tout de même trouvé son public grâce à la vidéo à la demande (VOD). Depuis la sortie, Eliza Hittman reçoit de nombreux témoignages de femmes, mais aussi d'hommes : "Récemment, j'ai reçu un message touchant de la part d'un spectateur qui avait conduit l'une de ses amies, abandonnée par son petit copain, dans une clinique durant ses années à l'Université." La cinéaste espère que le film parlera à tout le monde, peu importe les sexes, pour que l'avortement ne reste pas qu'un "problème de fille".

    Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, en août 2020.

    Never Rarely Sometimes Always
    Never Rarely Sometimes Always
    Sortie le 19 août 2020 | 1h 42min
    De Eliza Hittman
    Avec Sidney Flanigan, Talia Ryder, Théodore Pellerin, Sharon Van Etten, Ryan Eggold
    Presse
    3,4
    Spectateurs
    3,3
    louer ou acheter

    Découvrez la bande-annonce de "Never Rarely Sometimes Always"... :

    Never Rarely Sometimes Always Bande-annonce VO

     ... et la bande originale du film :

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    Commentaires
    • VeganForAnimalRights
      La réalisatrice, née dans les années 1970, filme à dessein son héroïne comme une jeune fille des années 1990. Et pour cause : rien n'a changé ou si peu. Aujourd'hui comme hier, les jeunes filles souffrent des mêmes violences sexuelles, de la même difficulté d'accès à l'avortement, de la même culpabilisation par la société.Tout ce qui a changé, ce sont les pratiques sexuelles héritées de la pornographie omniprésente que les garçons leur imposent. A l'une des questions que lui pose la médecin avant l'avortement, relatives aux pratiques sexuelles subies (et avant la question finale sur de possibles agressions sexuelles), l'héroïne répond qu'elle (qu'on lui) a tout fait : pénétrations vaginale, orale, anale.Triste monde où le patriarcat continue envers et contre tout d'édicter ses lois.
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