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    24 heures chrono sur Disney+ STAR : le thriller en temps réel qui a révolutionné les séries d'action
    Par Maximilien Pierrette (@maxp26) — 24 févr. 2021 à 18:00
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    Quelques semaines après son arrivée sur Netflix, "24 heures chrono" est également disponible sur STAR, le nouvel univers de Disney+. Alors qu'elle fête cette année ses 20 ans, retour sur cette série et la révolution qu'elle a provoquée.

    C'est l'une des séries les plus emblématiques du XXIe siècle, qui a marqué toute une génération de téléspectateurs jusque dans son design sonore. On ne compte en effet pas le nombre de personnes qui ont mis la célèbre sonnerie de téléphone qui retentit dans les bureaux de la Cellule Anti-Terroriste sur leur portable. Ou cette petite musique, inoubliable et stressante à la fois, qui accompagnait le défilement des secondes pendant neuf saisons. Mais le rayonnement de 24 heures chrono va bien au-delà, puisque nous sommes face à l'un de ces titres qui ont tout simplement révolutionné le médium à l'aube des années 2000. L'engouement suscité par sa mise en ligne sur Netflix nous a même prouvé que son impact était toujours aussi fort, et son arrivée sur STAR, nouvel univers de Disney+, devrait permettre de confirmer cette tendance.

    24 heures chrono
    24 heures chrono
    Sortie le 5 novembre 2001 | 42min
    Série : 24 heures chrono
    Avec Kiefer Sutherland, Kim Raver, Mary Lynn Rajskub, Kim Raver, Yvonne Strahovski
    Spectateurs
    3,7
    Streaming

    Avant l'arrivée de Jack Bauer sur petit écran, la grande majorité des séries de networks (chaînes gratuites des États-Unis) tournait autour de 22 épisodes en moyenne par saison, avec quelques variations. 24 heures chrono va, dès ses débuts, monter à 24. Ni plus, ni moins. Et pour cause : chaque intrigue, dans laquelle un agent doit sauver les États-Unis (et par extension le monde) se déroule sur une journée entière, en temps réel. Un épisode équivaut alors à une heure, ce que vient matérialiser le cadran qui apparaît régulièrement. Notamment avant et après les coupures publicitaires, parfaitement intégrées à la narration et au montage, et qui permettent de dynamiser l'action avec des cliffhangers plus ou moins importants, qui viennent nous tenir en haleine à intervalles réguliers et empêchent, théoriquement, de zapper.

    Dès la deuxième saison, la suspension d'incrédulité est nécessaire pour accepter qu'un même homme puisse vivre plusieurs journées aussi folles dans sa vie, et le format va parfois se révéler être un handicap pour les scénaristes contraints, sur la fin, de meubler, quitte à multiplier les rebondissements surréalistes et les grosses ficelles. Mais force est de reconnaître que l'on ne s'ennuie pas devant 24 heures chrono et son rythme haletant. A tel point qu'il est facile de devenir accro et difficile de s'arrêter, ce qui a dû rendre la diffusion hebdomadaire particulièrement frustrante. Surtout pendant les trois premières saisons, qui débutaient à l'automne pour se terminer en mai aux États-Unis et nécessitaient quelques pauses. Dès la 4, FOX change même de stratégie et repousse le season premiere à janvier pour que la diffusion se fasse de manière ininterrompue, alors que CANAL+ propose chaque année un marathon après avoir diffusé les nouveaux épisodes de façon traditionnelle.

    MISTER BINGE

    Si 24 heures chrono n'a pas inventé le binge watching, qui existait déjà pendant les années 90, le bébé de Joel Surnow et Robert Cochran a clairement été l'un des acteurs majeurs de sa popularisation, avec un record à la clé. Dès sa sortie en 2002, le coffret DVD de la saison 1 se hisse en tête des ventes dans plusieurs pays et parvient même à détrôner un autre phénomène, Le Seigneur des Anneaux, devenant le premier show télévisé à prendre le pas sur un film dans les bacs, signe d'une envie de tout dévorer d'un coup. Deux décennies plus tard, alors que les séries s'imposent de plus en plus face aux longs métrages, cela n'a rien de franchement étonnant. Il s'agissait pourtant d'un petit exploit à l'époque et la validation d'un concept addictif, conçu comme un cadavre exquis au sein duquel les scénaristes écrivaient deux épisodes avant de passer le relais aux suivants, qui avaient carte blanche pour faire naître la suite et pouvaient faire mourir n'importe qui. Jack Bauer compris.

    Ce qui ne s'est jamais produit, certes. Mais cela explique notamment ces virages à 180 degrés, ces morts de celui qu'on nous présentait comme le grand méchant dès la mi-saison et ces rebondissements qu'il aurait été difficiles d'imaginer au début de parcours, pour la simple et bonne raison que les scénaristes eux-mêmes n'y avaient pas encore pensé. Ce qui nous renvoie, de nouveau, aux grosses ficelles évoquées plus haut, surtout quand le téléspectateur commence à cerner la mécanique de la série et devient capable d'anticiper certains rebondissement grâce aux "Previously" qui font, comme par magie, revenir un personnage absent de l'intrigue depuis un bout de temps.

    Mais la série, en accord avec le sentiment d'urgence qui l'habite, n'a eu de cesse de se renouveler et de ne jamais se poser, chaque problème résolu en révélant un autre, et ainsi de suite. Porté par un héros qui a à peine le temps de manger, et encore moins de dormir, 24 heures chrono est devenue l'incarnation de cette culture de l'instant, favorisée par des réseaux sociaux tels que Twitter, qui ont favorisé la multiplication des informations et l'accélération de leur transmission, au même titre que les chaînes d'infos en continu.

    Fox
    Split screen et affichage de l'heure : deux des éléments majeurs de la grammaire de "24 heures chrono"

    Là encore, la série n'a rien inventé, et il existait même un Fox News Channel depuis 1996 lorsqu'elle a fait ses débuts. Mais on note des similitudes sur le plan esthétique, avec ces split-screens qui permettent de suivre plusieurs personnages en même temps, de passer de l'un à l'autre et de multiplier les possibilités de sous-intrigue, comme lorsqu'un même événement est couvert par plusieurs correspondants. Popularisée quelques années plus tard par Paul Greengrass et ses opus de la saga Jason Bourne, cette façon de filmer, caméra à l'épaule, reprend les codes du documentaire et du reportage. Une approche qui nous donne l'impression que les images ont été prises sur le vif, et appuie aussi bien le sentiment d'urgence que le réalisme recherché, tout en plaçant le téléspectateur au cœur de l'action. L'effet est même particulièrement impressionnant lors d'événements spectaculaires, et notamment des attentats, car le show renvoie alors à la médiatisation du 11-Septembre, auquel il s'est retrouvé involontairement lié.

    Centrée sur la menace d'assassinat qui pèse sur un candidat à l'élection présidentielle américaine, 24 heures chrono devait être lancée sur FOX en septembre 2001. Mais les attentats commis au World Trade Center et au Pentagone ont repoussé ses premiers pas au mois de novembre, et une scène du pilote a dû être modifiée pour que l'explosion d'un avion qu'elle devait nous montrer devienne implicite. Un exemple parmi d'autres qui nous prouve que la série n'a pas seulement révolutionné la manière de concevoir l'action sur petit écran ou de développer une intrigue, en temps réel et avec un refus du flashback : elle est aussi devenue le miroir de son époque. Et Jack Bauer l'incarnation d'une Amérique toujours debout malgré les défis, un héros sacrificiel capable de ressusciter littéralement et adepte de la devise "La fin justifie les moyens".

    JACK BAUER, C'EST L'AMÉRIQUE (AIR CONNU)

    Un peu trop même, car s'il ne recule devant rien pour mener sa mission à bien, son goût de plus en plus prononcé pour la torture est certes en phase avec les scandales liés à la prison de Guantanamo et l'image que renvoie la politique interventionniste des États-Unis dans le monde, mais il pose quelques soucis. A l'armée notamment, qui demande à ce que la série lève le pied sur ces pratiques, car trop de jeunes recrues voient en Jack Bauer un modèle à suivre. Symbole de la façon dont les mentalités ont évolué outre-Atlantique, la saison 7 le verra contraint de se justifier pour ses actions et ses écarts par rapport à la Constitution. Difficile, pourtant, de ne pas prendre fait et cause pour lui et trembler à ses côtés, alors que chaque nouvelle saison le brise un peu plus, physiquement et moralement. Devenu une icône du petit écran au fil des ans, il est également, avec Tony Soprano, l'un des chefs de file de ces anti-héros qui ont vu le jour sur la télévision américaine dans des séries qui ne cachaient rien de leur part d'ombre : le flic corrompu de The Shield, le tueur en série de Dexter ou encore le fabricant de drogue de Breaking Bad.

    Jack se distingue néanmoins en étant incarné par un acteur avant tout connu pour ses rôle au cinéma, à une époque où il était encore mal vu de passer du grand au petit écran, sauf pour des caméos (Julia Roberts dans Friends) ou des mini-séries prestigieuses type Angels in America. Comme Martin Sheen dans A la Maison BlancheKiefer Sutherland fut l'un des premiers à franchir le pas, pour ainsi donner un second souffle à une carrière en perte de vitesse. Un risque payant dans tous les sens du terme, puisqu'il lui a aussi bien permis de devenir l'acteur le mieux payé de la télévision américaine en 2009, avec 550 000 dollars par épisode, que de donner l'exemple, à des collègues comme Glenn Close, star de Damages pendant cinq saisons, entre 2007 et 2012.

    Fox

    Il n'y a donc pas que sur le plan formel que la série a fait figure de précurseur, anticipant quelques-uns des changements dans la société, les médias ou l'industrie du divertissement. Sans oublier le paysage politique américain. Non contente d'avoir fait référénce à la situation de divers pays étrangers au gré des intrigues (à commencer par l'Irak de Saddam Hussein dans la saison 2 ou l'intervention au Kosovo dans la 1), 24 heures chrono reste aussi célèbre pour avoir mis en scène un Président noir. En l'occurrence David Palmer (David Haysbert). Comme dans Deep Impact, sorti en 1998 et où Morgan Freeman occupait le Bureau Ovale. Sauf que nous étions face à un film-catastrophe, dont les événements relevaient de la science-fiction, là où le show se voulait plus réaliste et ancré dans l'actualité. Et a aidé à rendre concrète, pour le public américain, la possibilité d'un chef de l'état de couleur. Et donc l'élection de Barack Obama en 2008.

    L'année suivante, 24 heures chrono installe une femme, Allison Taylor (Cherry Jones), à la Maison Blanche, mais l'échec d'Hillary Clinton face à Donald Trump en 2016 l'empêche de rejouer les pionnières. Et ce alors qu'elle s'apprête elle-même à rater son retour avec le spin-off Legacy, annulé après douze épisodes. Autant que Live Another Day, saison 9 raccourcie qui bénéficiait du retour de Kiefer Sutherland là où cette nouvelle mouture était portée par Corey Hawkins. Ce qui permet de poser la question de l'héritage de la série. Deux décennies après son lancement, elle reste encore un monument de la télévision qui a ringardisé ses prédécesseurs. Certains éléments ont vieilli, bien évidemment, mais ses qualités intrinsèques (gestion de l'action, de la tension, du temps réel) permettent à son efficacité de rester intacte, comme le confirment les fans venus rejoindre la longue liste d'accros depuis son arrivée sur les plateformes françaises de SVOD, particulièrement adaptées à son format addictif.

    QUI SERA LE NOUVEAU 24 ?

    Souvent copiée, jamais égalée, serait-on tentés de dire. Car aucune série n'est réellement parvenue à reprendre le flambeau. A l'exception, peut-être, d'Homeland, qui présente quelques similitudes (à commencer par son producteur et scénariste Howard Gordon) mais s'engage vite dans une autre voie, plus internationale. Il y a aussi les œuvres qui se sont emparées de sa capacité à aligner les cliffhangers avec une régularité métronomique, à l'image de Prison BreakLa Casa de Papel ou même Designated Survivor avec… Kiefer Sutherland devenu président. Avec l'annulation de son spin-off, 24 heures chrono n'a pas non plus réussi à se succéder à elle-même, après avoir été à l'origine d'une petite révolution en s'emparant de quelques codes de son époque et préfigurant d'autres. A l'heure où les écrans se multiplient et les informations circulent toujours plus vite, alors que le binge watching est devenue monnaie courante, la possibilité de s'emparer à nouveau du temps réel existe sur petit écran existe. Reste donc à trouver le titre qui saura provoquer la même déflagration. Et donner naissance à notre nouvelle sonnerie de téléphone.

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