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    Mainstream : rencontre avec Nicolas Khamsopha, auteur de ce court-métrage sur les influenceurs et la course au buzz
    Par Vincent Formica — 10 mars 2021 à 15:00
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    Mainstream est un court-métrage évoquant le thème des influenceurs, parfois à la recherche du buzz au détriment de l'humain. Un film ancré dans notre réalité où les réseaux sociaux ont pris une place très (trop) importante dans nos vies.

    Mainstream, court-métrage mis en scène par Nicolas Khamsopha, raconte l'histoire de Benjamin, jeune influenceur qui se sent dépassé par la concurrence sur les réseaux sociaux. Prêt à tout pour maintenir sa place, il se résout à copier ce que font les nouveaux leaders du web. Avec son équipe, il décide de tourner une expérience sociale, bien-pensante et peu sincère, pour tenter de regagner son influence perdue à travers la toile.

    Le réalisateur, qui traite d'un sujet de société très en phase avec l'actualité, celui des influenceurs, nous a accordé un entretien.

    Mainstream
    Mainstream
    0h 20min
    De Nicolas Khamsopha
    Avec Paul Contargyris, Alix Bénézech, Pauline Clément, Vanille Barres, Arnaud Duvalhof

    AlloCiné : Mainstream fait écho avec l'actualité récente et le buzz autour des influenceurs McFly et Carlito et du Président Macron. Avez-vous été choqué par cette connivence entre Youtubeurs populaires et le pouvoir exécutif ? 

    Nicolas Khamsopha : Être choqué non, on ne s’attarde pas tant que ça lorsque des comédiens donnent leur soutien en pleine campagne aux candidats lors des élections. Le Président Macron a de toute façon axé sa communication depuis le départ sur un public beaucoup plus jeune.

    Cette vidéo n’est finalement qu’un début de campagne pour 2022 à travers un message de prévention. Après, pour être honnête, ce qu’il peut faire numériquement ne m’intéresse pas, mais plutôt les actions qu’il compte mettre en place pour notre pays. 

    Le film critique l'hypocrisie des influenceurs qui embrassent de grandes causes pour se faire bien voir, mais qui ne regardent même pas leurs voisins dans la difficulté. Quel regard portez-vous sur cette tendance exacerbée par les réseaux sociaux ? 

    Mon regard est le même que je porte dans mon film. Twitter, Instagram sont peut-être les réseaux qui poussent au paroxysme cette recherche de notoriété. Chacun veut exister en créant une image qui ne leur est pas propre.

    Cet opportunisme n’est qu’un cliché du climat actuel dans lequel nous vivons : il faut être clean, prêcher une bonne morale, et ne déranger personne sous peur d’être condamné par un tribunal populaire nouvelle génération.

    De plus en plus de gens se servent aujourd’hui des causes pour se créer une popularité.

    Ce n’est pas nouveau que des célébrités utilisent leur influence pour défendre des causes, et tant mieux d’ailleurs, mais j’ai l’impression que de plus en plus de gens se servent aujourd’hui des causes pour se créer une popularité. 

    Vous avez réuni un casting d'excellents comédiens et comédiennes, qu'est-ce qui vous a séduit chez eux ? 

    Paul Contargyris est un comédien que je connais par cœur, d’une part parce que nous travaillons ensemble à l’écriture depuis des années, et dans un second temps c’est un travailleur qui ne cesse jamais de se remettre en question. Arnaud Duvalhof est dans cette même veine.

    Vanille Barres a un talent naturel que j’ai déjà mis en avant, elle a été récompensée au Mobile Film Festival. Alix Bénézech et Pauline Clément ont, au-delà de leur talent inné respectif, amené leurs expériences sur le tournage. Elles sont jeunes, mais avec une expérience que beaucoup n’ont pas encore aujourd’hui.   

    Ils sont très authentiques, naturels, quel est votre méthode sur le plateau sur la manière de les diriger ? 

    Pour arriver à ce résultat, il ne faut pas se mentir, la première partie du travail se fait au casting. J’ai fait une pré-liste des comédiens pressentis, et j’ai revu environ une cinquantaine de films. Je ne regarde pas les bandes-démos, les films en entier sont là pour mieux comprendre leurs interprétations. Pour Alix et Pauline, j’ai regardé tout ce qu’elles avaient fait par le passé, même leurs courtes interprétations, elles ont une simplicité naturelle aussi bien dans la voix que dans leur utilisation du corps, c’était un choix évident.   

    Paul et Vanille me connaissent par cœur, ainsi que mes idées de mise en scène, ils n’ont pas besoin de réfléchir. Arnaud fait de l’improvisation à coté, c’est donc un profil intéressant lorsque vous voulez quelque chose d’authentique ; il amène tout de suite son expérience sur le plateau. Dès lors que j’avais fait tous ces choix, je n’avais déjà plus trop de doutes de comment cela allait se passer. Quand vous avez des Ferrari sur un plateau, votre seul travail consiste à donner des indications précises et à maintenir une confiance très élevée en eux.   

    Quand vous avez des Ferrari sur un plateau, votre seul travail consiste à donner des indications précises et à maintenir une confiance très élevée en eux.

    Avez-vous rencontré des difficultés pour monter le projet Mainstream ? 

    J’ai investi mon argent personnel sur ce film, c’est une habitude sur mes projets de courts-métrages. Ce n’est pas ma volonté première mais mon impatience me rattrape. Les dossiers d’aides aux écritures, les recherches de production, ceci peut prendre du temps. Et quand vous êtes passionné, le temps n’est pas forcément un allié. La difficulté n’était donc pas de le monter, mais bien de le diffuser.

    La crise sanitaire que nous traversons a globalement empêché la tenue de nombreux festivals et je ne peux pas dire avoir eu le nez creux dans mes choix puisqu’une grande majorité a été annulée. Du coup, la sortie numérique s’imposait. Que le court marche ou non, c’était un devoir pour l’équipe technique et mes comédiens de le voir sortir, même si ce n’est pas par la voie que j’avais prévue. 

    Quel est votre parcours dans l'univers audiovisuel ? Avez-vous l'ambition de passer au long-métrage bientôt ou vous avez encore des projets de courts ? 

    Je n’ai pas fait d’école de cinéma, j’ai commencé le montage à l’âge de 13 ans en faisant des compilations sur le football qui est ma première passion. Dès lors, j’ai commencé à travailler sur des projets en freelance à l’âge de 17 ans. Le cinéma est arrivé par la suite.

    Le long-métrage est l’étape clé et décisive pour un réalisateur. J’ai fait le tour des courts-métrages. Mon prochain scénario est prêt, ce film aura pour sujet la liberté d’expression et ses problématiques en France. C’est mon souhait, en espérant que les distributeurs et producteurs voudront jouer le jeu. 

    Mon prochain scénario est prêt, ce film aura pour sujet la liberté d’expression et ses problématiques en France.

    Comment réfléchissez-vous à la manière dont vous allez filmer telle ou telle scène sur le plateau ? 

    Cela commence surtout par la visite des décors. En autodidacte, vous ne pouvez pas tout avoir. La visite des futurs appartements par exemple, est un moyen de s’immerger dans ce qui pourrait-être le lieu de mon personnage. Je sais que la team déco va refaire certaines choses, mais ils ne pourront pas rajouter des mètres carrés. Il faut s’imaginer toutes les possibilités, encore plus par rapport à ce qui était convenu à l’écriture. Et dès lors, ma visite permet de voir tout ce qui est possible sur mon découpage.

    Quand un plan doit amener une machinerie et que ce n’est pas possible, je reste pragmatique et m’efforce de ne jamais perdre le fil. Filmer de la plus belle manière possible ne rend pas ses personnages plus forts si ce n’est pas cohérent ou n’évoque aucune émotion au spectateur. On fait tous ces tests-là et Paul est un merveilleux cobaye pour tous ces tests.

    Mon directeur photo, Louis Bergogné, sera sûrement un des grands noms de la photo en France d’ici quelques années. Il a eu une part importante, nos visions qui pouvaient parfois être différentes, se sont mariées entre elles. À ce moment précis, avec tous ces tests, sur le plateau nous gagnons beaucoup de temps grâce à ces préparatifs.   

    Quels conseils vous donneriez aux jeunes qui ont la passion et l'envie de se lancer dans le grand bain de la réalisation ? 

    Je ne sais pas si c’est le meilleur conseil mais j’ai toujours écouté mon coeur. On m’a plusieurs fois répété que le cinéma est un milieu difficile, et que cela ne servirait à rien. Ça m’a servi de motivation, il ne faut pas avoir peur de créer et des critiques, la vie est faite de hauts et de bas et il n’y aura jamais de cadeau.

    En revanche, on peut se faire un vrai cadeau pour la vie : c’est de réaliser son rêve. Production ou non, budget élevé ou non, avec les moyens technologiques d’aujourd’hui, créer un film est à la portée de tous. Il faut donc croire beaucoup en soi et ne jamais compter ses efforts. Je n’aime pas parler de sacrifice mais cela pourrait y ressembler.   

    Il ne faut pas avoir peur de créer et des critiques, la vie est faite de hauts et de bas et il n’y aura jamais de cadeau.

    Quel genre de films/séries aimez-vous ? Avez-vous un coup de cœur récent à nous conseiller ? 

    De manière générale, j’ai toujours été attiré par les thrillers. David Fincher est un modèle de réalisation à mes yeux, je ne vais pas être objectif mais je ne lui trouve que très peu de défauts dans son travail de metteur en scène. House Of Cards est une série que j’ai mangée assez rapidement comme Fight Club. Plus récemment, si on peut dire car c’était en 2019, mon vrai coup de cœur - car je suis assez difficile - reste vraiment Les Misérables de Ladj Ly. Il m’a mis une gifle en salle.

    En séries, mon coup de cœur est sportif cette fois avec All Or Nothing - Tottenham Hotspurs. Cette intimité du vestiaire est rare et presque unique. Le football a pour moi tous les éléments pour proposer une dramaturgie incroyable, j’aimerais voir ça un jour, en fiction... 

    Quel est votre regard sur la situation actuelle de fermeture des salles ? Que pensez-vous de la décision de certains gros studios comme Warner, qui a décidé de sortir ses films 2021 en simultané en salles et sur HBO Max ? 

    Je ne comprends pas, le risque sanitaire n’est pas plus élevé en allant voir un film que le matin lorsque vous vous entassez avec d’autres personnes dans le train ou le métro. Cela peut paraître démago comme propos mais je le pense sincèrement. Un film, pour y vivre des émotions et des sensations fortes, c’est en salles. Pas chez soi.

    Un match de football, c’est pareil : c’est dans un stade avec ses supporters. Aujourd’hui, cette fermeture a des conséquences terribles pour l’économie du cinéma français. Cette décision des studios amène une réflexion forte : quel avenir y a-t-il pour les films en salles ?

    La crise du Covid va-t-elle faire émerger une nouvelle génération et avec elle de nouvelles formes ?

    En voyant plus loin, la crise du Covid va-t-elle faire émerger une nouvelle génération et avec elle de nouvelles formes ? La réouverture des salles, lorsqu’elle aura lieu, va permettre de voir si le public préfère vraiment se déplacer ou continuer de regarder des films paisiblement chez soi. Le numérique a pris une importance capitale dans nos vies, et pas que depuis ces derniers mois.

    Elle n’a fait que s’accentuer. En ce qui me concerne, j’ai une histoire prête à raconter en long-métrage et je rêverais de la faire naître en salles avec un public. Mais s’il faut s’adapter au nouveau terrain numérique pour toucher ce public, je le ferai sans hésiter, avec la même passion.

    DÉCOUVREZ LE COURT-MÉTRAGE SUR YOUTUBE

     

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