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    On a vu L'Evénement d'Audrey Diwan, parmi les favoris de la France pour les Oscars 2022
    7 oct. 2021 à 09:35
    Brigitte Baronnet
    Brigitte Baronnet
    -Journaliste
    Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, Brigitte Baronnet est journaliste pour AlloCiné depuis 10 ans. Elle anime le podcast Spotlight.

    Récompensé du Lion d'or, actuellement présenté dans les festivals d'automne (dont celui de Saint Jean de Luz qui se tient cette semaine), "L'Evénement" d'Audrey Diwan est l'un des favoris pour représenter la France aux Oscars. AlloCiné a vu le film.

    Wild Bunch Distribution

    C'est aujourd'hui que sera dévoilée la liste des 5 finalistes choisis pour représenter la France aux Oscars. Titane de Julia Ducournau (Palme d'or à Cannes), Illusions perdues de Xavier Giannoli, Petite Maman de Céline Sciamma, Les Olympiades de Jacques Audiard, Aline de Valérie Lemercier ou encore L'Evenement d'Audrey Diwan font partie des noms les plus cités pouvant se retrouver dans cette prestigieuse liste, qui signifie concrètement que l'un d'entre eux pourrait in fine se retrouver en lice aux Oscars en tant que meilleur film étranger.

    A la faveur de cette actualité et parce que son Lion d'or obtenu récemment créé une attente forte autour du bien nommé L'Evenement, AlloCiné vous propose un coup de projecteur sur le long métrage d'Audrey Diwan. Un film qui fait, par ailleurs, actuellement la tournée des festivals d'automne (Saint Jean de Luz cette semaine, et Bordeaux la semaine prochaine), en attendant sa sortie le 24 novembre prochain.

    L'Evénement
    L'Evénement
    1h 40min
    De Audrey Diwan
    Avec Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet Klein, Luàna Bajrami, Louise Orry-Diquéro, Louise Chevillotte
    Presse
    4,1
    Spectateurs
    4,1
    Séances (472)

    A l'occasion du FIF de Saint Jean de Luz, Audrey Diwan nous a accordé l'une de ses toutes premières interviews françaises*.

    De quoi parle L'Evenement ?

    L'Evenement est adapté d'un roman d'Annie Ernaux, sorti en 2000. Ce récit autobiographique relate un avortement clandestin, dans les années 60.

    Le synopsis officiel du film se présente ainsi : "Je me suis faite engrossée comme une pauvre. L’histoire d’Anne, très jeune femme qui décide d’avorter afin de finir ses études et d’échapper au destin social de sa famille prolétaire. L’histoire de la France en 1963, d’une société qui condamne le désir des femmes, et le sexe en général. Une histoire simple et dure retraçant le chemin de qui décide d’agir contre la loi. Anne a peu de temps devant elle, les examens approchent, son ventre s’arrondit… "

    Un film puissant, qui marque d'abord par la force et l'importance de son sujet. Les choix de mise en scène d'Audrey Diwan contribuent également énormément à faire résonner ce film très fortement en chacun. Le sujet de l'avortement clandestin n'avait encore jamais était relaté ainsi au cinéma. 

    Le film a pour ambition de se mettre au plus près de ce que traverse son personnage. Comme l'explique Audrey Diwan, la place du corps, la découverte du corps, occupent une place très importante dans ce film. A notre micro, elle explique ses choix de mise en scène pour le film.

    "Il y a deux dimensions fondamentales pour moi, qui sont évidemment l’histoire de l’avortement, mais aussi celle du désir, développe-t-elle à notre micro. C’est le portrait d’une jeune femme, c’est le portrait de cette jeunesse, et j’avais envie d’investir ces deux champs et de le faire de la manière la plus en prise, et la plus puissante possible."

    J’avais envie que le film soit comme un genre d’expérience.

    "La question que je me posais en lisant le livre d’Annie Ernaux qui m’a vraiment marqué, c’était 'comment faire pour ne pas regarder Anne, mais être elle'. J’avais envie que le film soit comme un genre d’expérience. L’immersion, ça n’annule pas le regard du réalisateur ou de la réalisatrice mais je voulais que se conjuguent deux regards.

    Le regard que je porte sur cette jeune fille, est qu’on ait le sentiment d’être cette jeune fille qui découvre son corps. Car dans tous les cas, que ce soit en matière d’avortement, quand elle rentre dans la clandestinité, et en matière de liberté sexuelle, c’est l’histoire d’une jeune fille qui découvre son corps.

    C’est l’histoire d’une jeune fille qui découvre son corps.

    Après avec mon équipe j’ai cherché une grammaire adéquate, et c’était passionnant comme exercice. Parce qu’il fallait d’abord que toute l’équipe travaille ensemble, comme un orchestre millimétré.

    Je n’aime pas enfermer les choses, j’aime que sur le plateau il y ait une forme de liberté de création, et c’est en elle que je puise l’envie. On cherchait beaucoup comment mettre en place, en répétant pas mal cette chorégraphie.

    La première chose était que le chef opérateur – Laurent Tangy- trouve un rythme commun avec la comédienne Anamaria Vartolomei, puisqu’il fallait faire oublier la caméra, donc trouver une manière d’avancer ensemble, de rythme, qui se rapprocherait presque d’un exercice de danse.

    Conjointement, il fallait que la personne qui s’occupe du focus travaille de concert, car quand elle tourne la tête, on pose les yeux là où elle pose les yeux, donc travailler sur ce sentiment de rentrer dans sa vie et dans son corps, ça demandait de faire jouer tous les sens au même moment.

    Je voulais qu’on soit dans cet état, comme ça, dans sa tête, avec cet étau qui se resserre.

    On l’a ensuite fait au son. Quand elle tourne la tête, son attention se pose à un endroit. Elle rentre dans un moment de vie qu’on pourrait qualifier de plus paranoïaque puisqu’elle ne sait jamais qui peut potentiellement l’aider. C’est le principe de la clandestinité qui peut la confondre. Et donc je voulais qu’on soit dans cet état, comme ça, dans sa tête, avec cet étau qui se resserre.

    Parlant de grammaire cinématographique, pour moi, l’autre dimension très importante, c’était le choix du cadre. Avec ce format 1 :37, plus on avance dans l’histoire, plus ça me permet d’être dans le dos de l’héroïne, de pousser avec elle les portes, sans jamais savoir qui est de l’autre côté, et ce qu’il va se passer. Car ce que je retiens de cette histoire est qu’elle est tissée de hasards, et en fait, une jeune femme qui rentre dans cette clandestinité ne sait jamais ce qu’il va se passer. Dans un format carré, on ne voit pas arriver les personnages, mais ils surgissent dans le champ. Je voyais se dessiner une idée du film qui me plaisait avec ce choix."

    Audrey Diwan a également avec nous de la résonance toujours très actuelle de ce film, bien que cette histoire prend place dans les années 60.

    La permanence du sujet est inévitable.

    "J'avais cette sensation que quand on travaille sur la question de l'avortement, il y a toujours un endroit dans le monde où, malheureusement, on est en train de parler de qui se passe aujourd'hui. Et au delà du fait qu'en France, l'avortement est légal, on sait très bien qu'entre la manière dont on pose une loi et son application, il y a toujours une marge, une triste marge, qui fait que les femmes ne trouvent pas où le faire parce qu'elles habitent des endroits les plus reculés. L'enquête préalable pour le film me faisait dire qu'en fait, la permanence du sujet est inévitable."

    L'Evenement sortira le 24 novembre 2021 en France. Le film vient par ailleurs de trouver des distributeurs (IFC Films & FilmNation) pour les Etats-Unis.

    * Propos recueillis le mardi 5 octobre 2021 au Festival International du film de Saint Jean de Luz. Une interview à découvrir en intégralité au moment de la sortie du film, accompagnée d'un entretien de la comédienne principale du film, Anamaria Vartolomei.

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