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    Nona et ses filles sur Arte : que vaut la première série de Valérie Donzelli avec Miou-Miou et Virginie Ledoyen ?
    Julia Fernandez
    Julia Fernandez
    -Journaliste Séries TV
    Elevée à « La Trilogie du samedi », accro aux séries HBO, aux sitcoms et aux dramas britanniques, elle suit avec curiosité et enthousiasme l’évolution des séries françaises. Peu importe le genre et le format, tant que les fictions sortent des sentiers battus et aident la société à se raconter.

    Diffusée en trois soirées sur Arte, "Nona et ses filles", fable tendre et poétique sur la maternité, met en scène Miou-Miou dans un portrait de femme sensible et touchant face à un trio d'actrices au diapason.

    De quoi ça parle ?

    Nona, ex soixante-huitarde, est une femme indépendante qui a toujours milité pour les droits des femmes. Après avoir élevé seules ses filles, des triplées conçues suite à une histoire sans lendemain, elle a travaillé toute sa vie dans un planning familial au coeur du quartier de la Goutte d'or à Paris.

    A soixante-dix ans, ses trois filles désormais adultes, elle peut enfin profiter de la vie avec son amant, André. Mais lorsqu'elle se découvre enceinte de cinq mois et demi, tout s'écroule...

    Nona et ses filles, les jeudi 2, 9 et 16 décembre sur Arte et en intégralité sur arte.tv

    Nona et ses filles
    Nona et ses filles
    Sortie : 2021-12-02 | 30 min
    Série : Nona et ses filles
    Avec Miou-Miou, Virginie Ledoyen, Clotilde Hesme
    Presse
    3,8
    Spectateurs
    3,7
    Voir sur Arte

    C'est avec qui ?

    Pour son premier rôle principal dans une série, Miou-Miou (Larguées) se révèle suprenante sous les traits d'Elisabeth, alias Nona, post-soixante-huitarde libre et sans attaches rattrapée par une maternité tardive après avoir élevé seule ses trois filles : Manu (Virginie Ledoyen), mère au foyer dont le mariage bat de l'aile, Gaby (Clotilde Hesme), sexologue ayant un problème avec l'intimité, et enfin George (Valérie Donzelli), femme-enfant qui n'a jamais réussi à quitter le giron maternel ni à finir ses études. 

    Autour de ce clan de femmes, un professeur d'université du nom d'André Breton (oui, comme le poète surréaliste) joué par Michel Vuillermoz (OVNIs), un aide-soignant sexy (Barnaby Metschurat) et un médecin de famille truculent (Rüdiger Volger) vont tenter d'élucider le mystère de la grossesse de Nona.

    Mais un scientifique chevronné joué par Antoine Reinartz (Chanson douce) pourrait bien compromettre ce secret en voulant en faire un cas d'étude...

    Ça vaut le coup d'oeil ?

    Actrice, scénariste et réalisatrice, Valérie Donzelli a une place à part dans le cinéma d'auteur français. De La Reine des pommes à La Guerre est déclarée en passant par Notre dame, son style émouvant et poétique a éclos tout au long de sa filmographie en à peine une demi-douzaine de films.

    Avec Nona et ses filles, elle se tourne pour la première fois vers la télévision et compose pour la chaîne Arte un portrait de famille étonnant : celui d'une mère qui a élevé ses filles de façon libre et qui, alors qu'elle pensait être enfin libéré du poids de la maternité à l'aube de leurs 44 ans, se retrouve confrontée à une grossesse aussi inexplicable que dévastatrice à un âge où elle pouvait enfin se recentrer sur ses propres désirs.

    Le format 9 x 30 minutes de la série permet à sa réalisatrice - qui a travaillé à l'écriture avec la scénariste Clémence Madeleine-Perdrillat (également aux manettes sur la réjouissante Mixte) - d'exploiter avec un plaisir non dissimulé des aspects récurrents de son cinéma, comme la comédie musicale à travers des séquences chantées, ou des décors chaleureux dans de petits intérieurs truffés de détails et faits de bric et de broc dans un style très théâtral.

    A travers cette histoire rocambolesque et presque surnaturelle (on ignore qui est le père de l'enfant de Nona), la série se révèle très émouvante dans ce qu'elle dit de la maternité et du droit des femmes à disposer de leur corps. 

    Ledoyen, Hesme et Donzelli livrent une partition chorale réjouissante dans le rôle des triplées, chacune ayant hérité d'un sobriquet masculin et choisi la famille, le travail ou les études comme refuge.

    Manuel Moutier

    L'épreuve traversée par leur mère va leur donner l'occasion de resserrer les liens familiaux, mais aussi de se confronter à elles-mêmes, à leurs désirs et à leurs propres frustrations. 

    Manu, attirée par une des collègues de Nona, voit ses certitudes sur son mariage vaciller ; Gaby, attirée par Paou, redoute de se montrer vulnérable alors qu'une part de son passé la rattrape soudain ; George, toujours vierge à 44 ans, refusant la pénétration par conviction politique, mais avec qui Antoine pourrait l'inciter à se jeter à l'eau.

    Dans ce récit, les hommes, bien que relégués au second plan, ne sont pas pour autant réduits à de simples figures archétypales. Paou, le sage-femme allemand de Nona, aide à mettre au monde les enfants car il ne peut en avoir lui-même. Antoine, lui, a sacrifié sa vie privée au nom de la recherche et rêve de faire partie d'une famille. André enfin, totalement épris de Nona, est prêt à toutes les concessions pour son bien-être. 

    Prenant pour toile de fond un centre de planning familial du quartier de la Goutte d'or où vit et travaille Nona, la série explose le modèle familial traditionnel à travers ses différents personnages, et propose un autre schéma possible, protéiforme, intergénérationnel et questionnant les normes genrées.

    La part de fantastique du récit, associée à la légèreté de l'univers de Donzelli et à des répliques savoureuses, font de Nona et ses filles une fable sur la sororité aussi singulière que réussie. Un condensé de douceur hivernale à savourer sans modération sur Arte.

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