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    Elvis à Hollywood, retour sur une expérience douloureuse
    25 juin 2022 à 07:20
    Corentin Palanchini
    Du noir & blanc au Technicolor, du format 1:33 au 2:35, il a été initié au cinéma par Robert Mitchum, Bette Davis, Elizabeth Taylor, Henry Fonda, James Stewart, Katharine Hepburn... il se délecte de ces visages inoubliables, qu’il retrouve toujours avec bonheur.

    Alors que le Elvis de Baz Luhrmann est actuellement dans les salles, retour sur la carrière cinématographique d'Elvis Presley, très vite évoquée dans le film, et qui mérite que l'on s'y attarde pour comprendre une décennie de la vie du chanteur.

    M.G.M.

    Elvis Presley à Hollywood, ce sont 31 films sortis de 1956 à 1969, soit en moyenne deux à trois par an. C'est une époque où le chanteur a touché énormément d'argent entre ses cachets, son pourcentage des recettes et ses royalties sur les bandes originales. Mais c'est aussi une période de renoncement d'Elvis à toute ambition cinématographique au nom du profit.

    C'est chez Paramount qu'il passe trois jours d'essais jusqu'à ce que le producteur Hal B. Wallis accepte de le signer pour un film en 1956, avec une option pour six autres si les résultats sont au rendez-vous. Mais ne trouvant pas quoi faire jouer à son nouveau "poulain", Wallis prête l'aspirant acteur à la Twentieth Century Fox qui lui trouve un premier projet, un western.

    Un galop d'essai déterminant : Love Me Tender

    Initialement intitulé The Reno Brothers, prévu pour être une série B, ce western voit son budget porté à 1 million de dollars lorsqu'Elvis Presley rejoint le casting en troisième place sur l'affiche. Si Elvis est alors célèbre dans le monde de la musique, ce n'est qu'après le tournage qu'il devient le chanteur de country qui vend le plus de disques.

     

    Pour suivre cette tendance, quatre numéros musicaux sont ajoutés au film, dont la chanson Love Me Tender, qui devient le titre final du long métrage. Elvis, qui devait jouer dans un long métrage classique, devient le héros d'une comédie musicale. Le destin tragique de son personnage est lui aussi atténué par l'ajout d'une dernière apparition fredonnant quelques extraits de la chanson titre. Le long métrage est un succès, et d'autres sont très vite mis en boîte.

    La création de la recette

    Hal Wallis de chez Paramount décide de capitaliser sur le succès de Love Me Tender* et lance 2 mois après le tournage de Loving You, alors qu'Elvis vient de fêter ses 22 ans. La recette est simple et sert de base pour les deux films suivants du King : King Creole et Jailhouse Rock. Elvis est la star, il incarne un chanteur professionnel confronté à un souci (familial, économique ou les deux) qui va rencontrer le succès et l'amour. Chaque film est vendu avec sa bande originale, chantée à l'écran et sur disque.

    Il sont aussi distribués avant tout en province (où habite le coeur du public d'Elvis), avec un maximum de séances par jour. 

    En parallèle, les salaires de la star explosent, passant de 15 000 dollars pour Love Me Tender à 20 000 pour le suivant, puis 25 000, etc., jusqu'à 100 000 dollars** pour le septième film du contrat ! Ceci sans compter les bonus (50 000 $) et frais divers du chanteur (30 000 $).

     

    Par ailleurs, l'impresario d'Elvis, le "Colonel" Tom Parker, touche la moitié du salaire de l'acteur-chanteur, et a le droit de le faire tourner avec un autre studio que Paramount une fois par an. Une possibilité que Parker va exploiter chaque année, en commençant par la Fox, qui paye Elvis 100 000 puis 150 000 dollars pour tourner le western Flaming Star (1960) et le drame Wild in the Country (1961).

    Dans le premier, Elvis interprète un métis indien, un rôle qui était prévu pour Marlon Brando. Dirigé par Don Siegel (L'Invasion des profanateurs de sépultures) et s'autorisant seulement deux passages musicaux dans le film, sa performance est globalement bien accueillie à l'époque. Dans Wild in the Country, il joue un bad boy qui va rentrer dans le droit chemin.

    La recette s'affine et l'abandon d'Elvis

    Elvis parvient encore à imposer des éléments dans ses films jusqu'au début des années 60, puis abandonne son ambition de devenir un grand acteur à la James Dean, qu'il admire et dont le dernier film, Géant, est sorti le même mois que Love Me Tender. Dès lors, la plupart de ses projets suivent la recette précitée, et commencent à tous se ressembler.

    Il y a ce que l'on pourrait appeler la "trilogie hawaïenne", qui commence avec Blue Hawaii (1961), puis Girls! Girls! Girls! et se termine avec Paradise, Hawaiian Style (1962). Il y a aussi les thématiques militaires avec G.I. Blues (1960), Kissin' Cousins (avec deux Elvis pour le prix d'un, 1964) et Easy Come, Easy Go (1967) dans lesquels Elvis est un soldat de métier. Parfois, il revient de son service militaire, comme dans Blue Hawaii.

    Le public exige la présence de chansons dans les films, car à cette époque, Elvis ne donne plus de concert. Pour le voir chanter, il faut se déplacer au cinéma. Et même lorsqu'il ne joue pas un chanteur, l'intrigue trouve un prétexte pour qu'un micro lui apparaisse devant la bouche. Et régulièrement, pour chanter des idioties n'ayant plus rien à voir avec le rock'n'roll ayant fait sa gloire :

     

    Les films le vendant quasiment dans son propre rôle, et Elvis adorant les voitures, on le retrouve très souvent au volant des véhicules du moment à l'écran, de la Chevrolet à la Cadillac en passant par la Dodge Charger. Plusieurs des intrigues se résolvent d'ailleurs lors d'une course automobile (Viva Las Vegas, SpinoutSpeedway), mais on verra aussi Elvis piloter un hélicoptère et un avion, entre autres.

    Au coeur de tout cela, il y a toujours la recette créée avec Loving You et les années passant, de moins en moins d'intrigue originale et toujours plus de filles, de voyages, de chansons à la qualité variable et de voitures.

    Une recette essoufflée dès 1964

    Dès 1964, huit ans après sa première apparition à l'écran (dont deux ans de pause pour faire son service militaire) et après le succès phénoménal de son Viva Las Vegas, Elvis subit de plein fouet la découverte par les Etats-Unis des Beatles. Alors que le jeune groupe britannique joue des concerts et vend des millions de disques, Elvis ronronne au cinéma, n'est plus monté sur scène depuis six ans et ne sort en disque que les BO de ses films.

    Le box-office commence à subir les effets de ces événements successifs. Les recettes baissent vraiment dès Harum Scarum (1965), dans lequel Elvis joue un acteur se rendant au Moyen-Orient pour la promotion d'un film et se retrouvant dans une improbable affaire de complot, le tout entrecoupé de remplissage avec pas moins de huit (mauvaises) chansons.

    Là où ses films rapportaient 100 millions de dollars (chiffres ajustés à l'inflation) en moyenne, Harum Scarum en récolte autour de 30. Cette première claque est atténuée par le fait que même avec une baisse aussi significative, le projet est rentable pour le studio.

     

    Les longs métrages continuent donc à se succéder, parmi lesquels le désastreux Clambake (selon certaines sources, le film qu'Elvis détestait le plus), l'histoire d'un fils de millionnaire décidant de changer d'identité pour découvrir la "vraie vie" et se lancer dans une compétition de course de bateau. Le film passe sous la barre des 20 millions de recettes. L'énumération des longs métrages suivants est superflue : si tous ne sont pas honteux, aucun ne sera un succès éclatant.

    En 1968, voyant la recette épuisée jusqu'au trognon et cherchant à montrer qu'il existe toujours artistiquement, Elvis tourne une émission télé diffusée sur NBC à la fin de l'année. Elle le montre maître de sa musique, roi du rock'n'roll et bête de scène. Il ne refera plus jamais de cinéma, enchaînera les disques originaux, les concerts et les rencontres avec son public jusqu'à sa mort en 1977.

    Faut-il rattraper des films ?

    Voici 5 films méritant le coup d'oeil pour les curieux/curieuses :

    • Jailhouse Rock : Une chorégraphie culte sur la chanson-titre, des prises longues permettant aux acteurs de montrer de quoi ils sont capables, le thème de la célébrité soudaine qui peut faire tourner la tête et un second rôle de Dean Jones, que demander de plus ?! 
    • King Creole : Seul des premiers films d'Elvis à avoir "bidé", Bagarres au King Creole permet au comédien de donner tout ce qu'il a dans ce rôle dramatique. Michael Curtiz (Casablanca) assure la réalisation. Attention cependant : la dépiction des personnages féminins accuse le poids des années.
    • Loving You : Un scénario qui tient sur un ticket de métro, mais à une époque où la recette n'en était pas encore une. Il s'en dégage un charme désuet, la musique est très bien et la couleur ajoute un vrai plus à la qualité visuelle du film.
    • Follow That Dream : Gordon Douglas était un réalisateur de talent et cela s'en ressent sur la façon dont Elvis joue et montre qu'il était à l'aise dans la comédie. Un peu trop de chansons sans doute, mais clairement dans le haut de ce que propose la filmographie du chanteur.
    • Charro : L'inspiration venue des westerns italiens impacte Elvis qui se retrouve pour la première et seule fois de sa carrière avec une barbe ! Le film n'est accompagné d'aucune chanson et signé par l'excellent réalisateur Charles Marquis Warren, dont les oeuvres sont toujours dignes du regard. C'est l'un des trois derniers films d'Elvis sortis en 1969.

    Ces acteurs ont incarné Elvis à l'écran :

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    Elvis : ces acteurs ont incarné le King à l'écran
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     * Les titres des films ont été gardés en VO pour faciliter la lecture et les références aux chansons qui y sont liées.

    ** A titre de comparaison, ceci correspond à 1 million de dollars selon l'inflation 2022.

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