Comment ça, l'album blanc et rouge est une "poubelle" ?! Si vous aussi, vous avez grandi avec la voix éraillée du Boss, et que vous ignoriez que votre album vanille-fraise (et fessier d'Enfer) est la corbeille à "chansons nulles" de l'artiste, n'hésitez pas une seule seconde : ce Springsteen : Deliver me From Nowhere vous attend. Ce n'est pas un biopic exhaustif, mais bien une exploration des coulisses pleines de malêtre, d'alcool et de lassitude, ayant conduit à l'éviction de l'album Born in the ., certainement le plus populaire du Boss, qui contient une flopée de méga hits, ceux qu'on passe volume à fond en bagnole, et qui, dans les baffles du cinéma, mettent les poils. D'ailleurs, le bide effroyable qu'est en train d'essuyer ce film est d'une tristesse infinie, car l'on aurait adoré découvrir les parties musicales avec un public dynamique, pas une salle complètement vide (dans la séance "prime-time" de soirée, en deuxième semaine d'exploitation, on était la seule âme vivante sur deux cents fauteuils... Tristesse, vraiment). Heureusement qu'à l'écran, les deux Jeremy (Allen White, et Strong) assurent le service suffisamment pour qu'on ne décroche pas, malgré le pari (assez dingue) de faire une "tranche de vie" (se focaliser juste sur un double album) pendant plus de 2h, sans concert de l'artiste (on n'a de lui que quelques reprises d'autres chansons populaires au bar Stone Pony... N'espérez pas un final "concert-Live" à la Bohemian Rhapsody) et avec simplement quelques petits bouts de ses chansons (on ne les entend pas plus d'une trentaine de secondes, pour la majorité, sauf Born in the . qui a droit à un joli morceau en studio d'enregistrement). Aussi, ce pari est ultra-audacieux, ultra-pertinent dans le contexte narratif du film (on arrive à un moment de la vie de Springsteen où il en a plein le dos de ses "hits", est en plein Spleen de l'artiste, ne veut plus les entendre... Donc le fait de "zapper" chaque méga-tube de la BO, est assez respectueux du message "ras-le-bol" du film), mais aussi, à double-tranchant, ultra-frustrant pour les fans (on a une impression de pain enlevé de la bouche). Quant à la performance de Allen White, outre sa ressemblance quasi-parfaite (on croit loucher) avec le Boss de l'époque, il pousse la chansonnette avec justesse et arrive à mettre le doute sur ce qui est de l'enregistrement original, ou pas. Oui, car, contrairement à ce qu'on a pu lire un peu partout, "Non, les chansons du film ne sont pas 100% originales de Allen White", il s'agit en réalité d'un savant mélange entre la BO qu'il a enregistrée (celle que vous pourrez retrouver en vinyle et CD, ou sur votre plateforme d'écoute, prochainement) et des fioritures vocales provenant des albums originaux (le "Aaaaaah" final de Born in the était impossible à reproduire, par exemple, donc ils l'ont juste coupé et recollé sur la version "studio d'enregistrement" du film, mais il est absent de l'album dérivé du film qui sortira prochainement). Cette filouterie aide franchement à rentrer dans le pur plaisir de retrouver ses chansons favorites (on a l'impression d'enfiler nos petits chaussons de fans : on connaît, mais ça fait un bien fou). En revanche, si un jour on pouvait nous pondre un biopic gorgé de concerts, incluant notamment le Human Rights 1988 en duo avec Sting (du miel pour les oreilles), et surtout (SURTOUT) le concert de Leipzig (2013) dont la reprise de You Never Can Tell est un monument de la musique, 6 minutes d'impro qui réveillent les morts, parties d'une simple pancarte dans le public. Un peu comme l'album méga-hits blanc et rouge (lâchons cette pochette, c'en devient malsain, de si près) qui est "la poubelle" de tout ce que le Boss ne voulait pas sortir : il est des histoires qui s'écrivent toutes seules. Maintenant que le film a bidé, on aimerait un autre coup du sort : qu'il surgisse en outsider dans toutes les cérémonies de récompenses...