Doit-on juger Aucun autre choix en fonction des souvenirs laissés par Le Couperet de Costa-Gavras, puisque les deux œuvres s'inspirent du même livre de Donald Westlake ? Difficile en tout cas de se défaire d'un sentiment de déjà-vu et pourtant les adaptations sont difficilement comparables du point de vue de la forme. Au côté froid et implacable du film français répond la manière stylisée de Park Chan-wook de traiter le même sujet, l'entraînant davantage vers la comédie noire, voire burlesque, peut-être au détriment de sa toile de fond, le cynisme de l'ultra-libéralisme et, partant, du désarroi des individus broyés par un système sans états d'âme, inhumain au possible, et la tendance ne fait que prospérer. Le héros de Aucun autre choix a cultivé au fil des ans un CV impeccable, qui ne va pas tarder à contenir des trous insondables, profonds comme une tombe, et aussi une petite famille et deux chiens adorables qui habitent une maison bourgeoise, mais voilà, une réduction de personnel et tout cet édifice menace de voler en éclat. Sans que le fond disparaisse tout à fait, Park privilégie la carte du divertissement, surfant entre horreur et absurde, avec le brio qu'on lui connaît depuis longtemps, mais au sein d'un engrenage qui n'est pas loin de tourner à vide. Plutôt que de resserrer son action, le cinéaste coréen s'échappe dans quelques digressions loin d'être nécessaires (les membres de la famille) et dilue les scènes les plus violentes en des épisodes à la limite du grotesque, volontairement, bien sûr. En résulte une atmosphère plus ironique que noire, pas franchement convaincante. Par bonheur, outre la virtuosité de la mise en scène, indéniable, et l'interprétation savoureuse de Lee Byung-hun et, à un degré moindre, de Son Ye-jin confèrent au film une hauteur d'exécution qui fait oublier en partie le traitement plus ludique que purement contondant du thème universel et brûlant d'un capitalisme sans loi ni morale.