Qui est le film ?
Fils d’Anthony Perkins, cinéaste longtemps perçu comme une figure marginale du cinéma d’horreur indépendant, Oz a récemment accédé à une visibilité nouvelle grâce à une série de films portés par un marketing agressif et une promesse récurrente de singularité. Après Longlegs et The Monkey, L’Élue arrive vite, trop vite peut-être. Le film raconte l’escapade d’un jeune couple, Liz et Malcolm, dans un chalet isolé en lisière de forêt. Malcolm repart précipitamment en ville pour son travail de médecin. Liz reste seule. Des visions apparaissent. Une présence semble se manifester. Le film promet une plongée dans une subjectivité féminine troublée, une étude psychologique teintée de surnaturel, peut-être même une réflexion sur la confiance, la domination, la perception du réel. Il promet le malaise, l’ambiguïté, la peur diffuse. Mais c'est précisément tout ce qui manque.
Par quels moyens ?
Le premier choix fort du film est celui de la rétention. Perkins filme comme s’il avait quelque chose à cacher, comme si chaque plan devait préserver un secret. Les silences s’allongent, les mouvements de caméra ralentissent, les coupes se font rares. Tout semble dire au spectateur qu’une révélation approche. Mais cette attente n’est jamais structurée. Elle devient un tic. Le film suspend indéfiniment la tension jusqu’à l’épuisement.
Le décor du chalet participe de cette paresse. Forêt, bois, isolement, maison héritée, tout est déjà là, prêt à l’emploi. Perkins ne travaille pas l’espace, il l’utilise comme un raccourci symbolique. La maison ne raconte rien. Elle n’a ni mémoire, ni résistance, ni texture dramatique. Elle est un fond d’écran horrifique, censé produire du sens par simple présence.
Le film prétend adopter le point de vue de Liz mais cette subjectivité est factice. Liz ne regarde pas le monde, elle y réagit. Les visions qu’elle subit ne disent rien d’elle. Elles ne révèlent ni un désir, ni une peur précise, ni une faille. Tatiana Maslany fait ce qu’elle peut, mais Perkins ne lui donne rien à habiter. Liz devient une surface de projection, un corps traversé par des effets qui ne construisent aucune intériorité.
Malcolm, paradoxalement, est le personnage le plus lisible. Médecin, rationnel, calme, absent une grande partie du film, il exerce pourtant une domination constante. Même hors champ, il organise l’attente, le temps, la maison. Liz ne fait que patienter. Il y avait là matière à explorer une violence douce, une autorité invisible, une relation asymétrique. Le film effleure cette piste puis la réduit à un ressort horrifique banal.
Les symboles, eux, envahissent l’écran. Visages déformés, cris muets, figures monstrueuses entrevues, motifs cycliques. Mais rien ne relie ces images. Le symbole n’est jamais un outil de pensée, seulement un ornement. Perkins confond abstraction et profondeur. L’Élue colmate le vide avec des signes interchangeables.
Quelle lecture en tirer ?
L’Élue est un film qui se regarde faire du cinéma, mais qui ne regarde jamais vraiment ses personnages. Un film persuadé que la lenteur, l’opacité et le symbolisme suffisent à produire du sens. Ce n’est pas un film raté par excès d’ambition, mais par manque de courage. Courage d’assumer un récit simple. Courage de faire confiance aux corps, aux relations, aux situations. Courage de risquer le ridicule plutôt que l’ennui. Perkins semble vouloir être reconnu comme auteur sans accepter ce que cela implique. Penser jusqu’au bout. Choisir. Trancher. Et c’est peut-être ce qui met le plus en colère. Parce qu’on sent, derrière cette pose épuisante, un cinéma qui pourrait exister. À condition, enfin, d’arrêter de se regarder penser et de commencer à regarder le monde.