Pillion
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Audrey L

806 abonnés 2 857 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 6 mars 2026
Séance très particulière à Cannes quand Pillion commence. Un charmant tableau de famille londonien, un jeune homme (oui "Dudley Dursley de Harry Potter"... alias Harry Melling, pour les autres) qui promène tranquillement le petit chien de sa mère, s'arrête pour qu'il fasse son affaire, se fait aborder par un magnifique motard musclé (Alexander Skasgard) qui lui propose de lui faire une gâterie, là maintenant, tout de suite. On allait tous glousser gentiment, dans la salle, de la proposition cavalière, sauf qu'on en n'a pas eu le temps : le plan d'après nous fonce à la tronche, et c'est la "gâterie" en gros plan, aussi grossière qu'osée. On étouffe un "oh ben !" (le comble de notre stupéfaction) tandis que côté spectateurs, c'est l'exode, tous les 50+ (comme la crème solaire) se barrent. Et ce n'est que l'ouverture. Pillion (en anglais "la place du passager à moto, celui qui colle le conducteur") est une plongée sans pédiluve dans le monde du BDSM, qui raconte l'histoire d'amour entre un homme dominé (le toutou qui se complaît à être maltraité) et le dominant (le "maître" du chien), nous faisant découvrir un univers tout de cuir et de fouet, de prises à califourchon un peu n'importe où et n'importe comment (dès que le calecif du maître serre un peu, le clébard y a droit), et finalement des limites de ce système de fantasmes sexuels. On voit tout, de la mise à l'écart de la vie sociale et familiale, au déclin de la confiance en soi (à force d'être traité comme un esclave) et d'un sentiment de non-réciprocité si l'un des deux essaie de faire des efforts pour l'autre (cela va à l'encontre de son appétit sexuel, donc cette histoire d'amour ne peut pas fonctionner). Pillion aborde à peu près tous les sujets sensibles du rapport de dominance dans le BDSM, sans jamais prendre de gants (en latex), il y va crûment quitte à ce que le spectateur l'interprète comme un étalage de lubricité (au moins, on ne pourra pas lui reprocher de ne pas assumer son concept). A ce petit jeu, Harry Melling et Alexander Skasgard sont formidables d'audace : les scènes sont ultra osées, et on a une grosse pensée pour le coordinateur d'intimité sur le tournage qui a plus que mérité son salaire (peut-on inventer, et lui décerner la Coque d'Or du Meilleur Coordinateur d'intimité 2026 ?). Là où l'on est moins client du film, c'est dans son final, qui décide de voir positivement cette relation assez toxique, car déséquilibrée : ils ne cherchent pas la même chose, et on voit bien que le dominé est malheureux, alors pourquoi spoiler: le faire repartir avec un "maître" à la fin ? Ou alors, il aurait fallu spécifier clairement que le nouveau "maître" est plus soft / ne fait pas ça en dehors des soirées amoureuses, pour laisser le jeune vivre sa vie (surtout avec sa famille) au quotidien...
Car ce qui devrait être un fantasme complice entre amoureux, le temps des soirées coquines, devient ici une souffrance du quotidien, et on ne saisit pas trop le retour à la case départ du final. Mais rien que pour la découverte (la bienséance nous interdit de dire "insertion") sans vaseline de l'univers BDSM, et pour l'audace incroyable des deux acteurs en tête d'affiche, Pillion mérite le détour. Pour y aller, on vous laisse quand même la place du "pillion", hein, nous on monte dans le side-car.
sameplayerparis
sameplayerparis

50 abonnés 174 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 mars 2026
Très original, prenant, drôle, dérangeant, cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un film aussi étonnant.
jean FOSSARD
jean FOSSARD

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 mars 2026
Étrange... Parfois limite... Mais il y a dans cette vision de la domination et de la soumission un pouvoir d'équilibre... Le plus drôle dans cette histoire c'est qu'il avait 3 spectateurs dans la salle... Une ambiance pour un cinéma d'art et essai proche des cinémas porno des années 70s... À voir open mind
ffred

1 989 abonnés 4 258 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 5 mars 2026
Prix du scénario à Festival de Cannes cette année dans la section Un Certain Regard, et on comprend assez vite pourquoi.


Dans Pillion, il y a un peu de tout : de l’humour, de la tendresse, du trash aussi. L’ensemble peut paraître parfois assez sec, presque dur, mais au fond c’est surtout un film plein de tendresse. Pour un premier long métrage, Harry Lighton s’en sort très bien : c’est bien mis en scène et surtout très bien écrit.


Le film est superbement interprété par le très beau et toujours très charismatique Alexander Skarsgård, accompagné de Harry Melling (qu’on connaissait surtout comme Dudley dans la saga Harry Potter). Les deux forment un duo assez étonnant.


Au fond, c’est presque une comédie romantique, mais une comédie romantique un peu à part. Les personnages sont très bien dessinés et l’intensité dramatique, parfois même érotique, monte petit à petit tout au long du récit.


On en sort un peu secoué, même un peu dérangé par moments, mais surtout très touché. Le sujet était casse-gueule, mais le film s’en sort haut la main. Une vision de l’homosexualité moderne assez frontale, clairement pas à mettre devant tous les yeux (interdit aux moins de 16 ans), mais pleine de sentiments et d’émotion. Une vraie réussite pour un premier film. Troublant.
Yves G.

1 846 abonnés 4 022 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 5 mars 2026
Fils unique couvé par ses parents, éternel Tanguy incapable de quitter le nid familial, choriste amateur dans un quatuor a cappella, Colin (Harry Melling, ancien cousin obèse d’Harry Potter) est homo et cherche romantiquement l’âme sœur. Le hasard le place sur la route de Ray (Alexander Skarsgård, fils du célèbre acteur suédois Stellan Skarsgård), motard cuir et queer. Irrésistiblement attiré par la beauté et le magnétisme de Ray, Colin accepte le contrat implicite qu’il lui propose : devenir son soumis, s’installer chez lui, coucher au pied de son lit, préparer ses repas, faire ses courses et assouvir sans mot dire tous ses désirs sexuels.

"Pillion" est interdit aux moins de seize ans à bon droit. Il raconte une liaison SM et compte deux scènes pas piquées des hannetons où on entrevoit – fait suffisamment rare dans un UGC du Quartier latin pour être relevé – une verge de belle taille ornée d’un piercing monumental et happée par la bouche d’un amant gourmand.

Plutôt que de perdre votre temps à lire ma critique, je vous recommande celle de l’excellent Mathieu Macheret dans "Le Monde" qui, fort subtilement, adresse à "Pillion" deux reproches.

Le premier justement est de ne pas nous dire grand-chose de cette relation, à part les deux scènes sus(!)-évoquées qui troublèrent les spectateurs qui m’entouraient dans la salle où je l’ai vu hier soir : quinquagénaire solitaire, dont je me suis immédiatement demandé s’ils étaient plutôt S ou M et, étonnamment, jeunes filles en fleurs qui gloussaient bêtement dès que Alexander Skarsgård faisait glisser le zip de sa combinaison. "Pillion" n’est pas pour autant un film sur le BDSM gay-cuir qui en décrirait les codes, sonderait les âmes de ceux qui s’y adonnent, interrogerait son acceptabilité dans la société contemporaine et montrerait l’impasse ou au contraire l’épanouissement d’une relation fondée sur l’humiliation et l’avilissement. "Pillion" contient des angles morts, des non-dits qui ne sont jamais levés : quel est le passé de Ray ? son métier ? l’identité des trois noms de femmes tatoués sur son sternum ? quelle est la nature de l’amitié qui le lie aux autres bikers ?

La relation entre Colin et Ray est la relation homosexuelle d’un esclave à son maître. Mais c’aurait pu être n’importe quelle relation codifiée entre deux êtres humains en quête d’amour : exhibitionnisme, travestissement, sissification, ABDL, etc. Colin est tout simplement amoureux de Ray et il est prêt à tout pour gagner son amour. Et on en vient ainsi à la seconde critique, adjacente de la première : "Pillion" n’est tout bien considéré qu’une banale comédie romantique.

Les sentiments de Ray sont plus opaques. Qu’éprouve-t-il pour Colin ? On n’en sait rien. Toujours est-il qu’il a accepté que Colin entre dans sa vie à condition qu’il se plie à ses exigences. Colin y trouve-t-il son compte ? Que se passerait-il s’il se rebellait ? C’est ici que "Pillion" emprunte les codes classiques de la comédie romantique en explorant la domestication du désir, l’éveil des sentiments et leur révélation à travers quelques moments clés comme celui du baiser – on se croirait dans "Pretty Woman".

Une fois cette déconstruction très intellectualisante de ce film effectué, je peux toutefois témoigner du plaisir et de l’intérêt que j’y ai pris. "Pillion" est un film étonnant, un film hors normes. Il ne cherche pas à choquer gratuitement le bourgeois. Au contraire, il traite avec beaucoup de douceur d’une relation choquante. À ce titre les parents de Colin sont nos porte-parole qui se félicitent que leur fils bien-aimé, dont l’homosexualité est parfaitement tolérée, ait enfin trouvé l’amour mais, en même temps, s’inquiètent qu’il se mette en danger.

Son scénario prend des bifurcations inattendues. J’aurais aimé vous interroger sur la toute dernière. spoiler: Après la disparition de Ray, Colin s’inscrit sur une application de rencontre, y affiche son penchant sur la soumission et rencontre un nouveau maître. Cette fin est-elle cohérente avec le personnage ? Pour poser la question autrement, sa relation avec Ray a-t-elle révélé à Colin son penchant pour la soumission, qui sera désormais la forme de toutes ses relations amoureuses futures ? Ou bien – et c’est plutôt mon opinion – Colin n’est pas intrinsèquement un soumis, la soumission ayant été la forme conjoncturelle qu’a prise cette relation-là et que ne prendront pas nécessairement les suivantes ?
Stéphane de RUS
Stéphane de RUS

3 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 mars 2026
Sans jamais verser dans le cliché, le véritable dysfonctionnement n’est pas le type de relation mais LE type dans la relation ! Une visibilité intéressante et posée là sans jugements.
oliv7
oliv7

14 abonnés 22 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 5 mars 2026
Scénario magistral et interprètes à la hauteur du scénario. Touchant, drôle, dramatique. Un film puissant
Alexis B
Alexis B

76 abonnés 45 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 juin 2026
Pillion

Est une magnifique romance acidulée qui fait pas de discours moralisateur ou cliché face à la relation sadomasochiste dans laquelle le film nous entraîne.

Avec humour et tension érotique on est en immersion totale dans le quotidien d’un jeune homme qui se découvre d’apprécier une sexualité quelque peu particulière car c’est une relation masochiste.

Le sujet étant assez sensible le film aurait pu tomber dans un ramassis de clichés mais contrairement à ce qu’on pouvait présager ce film est d’une douceur et d’une pudeur très touchante.

La remarquable prestation des deux acteurs principaux est extraordinairement impressionnante. On passe un moment très fort et émouvant tout en étant très amusé par le côté comique et cynique du film.

Cet œuvre permet de nous faire se poser des questions telle qu’est-ce que une relation BDSM c’est toxique ou pas ? Ou bien est-ce que c’est une relation qui peut être dangereuse ?

Ce qui est génial c’est qu’ici dans ce film chacun a la possibilité se faire sa propre opinion.

Enfin une belle romance ou les fantasmes sont dépeints de manière très douce et pas de manière vulgaire. J’ai été très touché et surpris par la qualité visuelle et scénaristique de ce très beau film.

Ce film reste cependant assez explicite et n’est pas recommandable à un public sensible aux scènes de sexe frontal.

Laissez-vous tenter par cet ouvrage remarquablement écrit et joué par des acteurs qui incarnent à merveille leurs rôles.

Je recommande vivement !
Paul O.
Paul O.

31 abonnés 41 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 4 mars 2026
Les films les plus surprenants/malaisants sont souvent ceux mariant différents genres et à cet égard Pillion est un modèle du genre.

Malgré son traitement fleur bleue, difficile de ressortir indemne de ce violent cauchemar, qui oscille savamment entre comédie, drame et romance érotique. Une effervescence formelle, miroir des hauts et des bas émotionnels que traverse pudiquement Colin et de la toxicité de sa relation à lui même.

Un terreau odorant mais fertile sur ce qu'on est prêt soi-même à accepter et faire par amour
CINÉ FEEL
CINÉ FEEL

82 abonnés 286 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 mars 2026
Très belle réussite que ce film original, a priori casse gueule, qui raconte sans fard mais sans excès une histoire de domination au sein de la communauté des bikers homosexuels dans l’Angleterre de nos jours. La principale réussite tient au fait que le réalisateur ne nous livre aucune explication psychologique du comportement de ses deux personnages. Cela nous évite le pathos habituel des amours contrariées et les Happy end traditionnels des comédies romantiques. Car de la romance, il y en a dans ce film qui suscite aussi, contre toute attente, de l’émotion . L’autre réussite est l’interprétation. Aux côtés d’Harry Milton, opiniâtre et très touchant, règne en majesté Alexander Skarsgard, toujours aussi sculptural et opaque. Un film qui ne ressemble à aucun autre, à découvrir , en ayant concience que les scènes de sexe sont nombreuses et explicites.
Kat's eyes
Kat's eyes

67 abonnés 543 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 mars 2026
Un film notablement impressionnant, à la fois frontal et profondément pudique, sincère et ambiguë, enchanteur et bouleversant. Ce qui est subversif dans Pillion, ce n'est pas le décorum (SM, cuir, motard, scènes explicites) mais bien les sentiments. On est finalement face à un film d'émancipation romantique assez classique, où seul celui qui peut exprimer ses sentiments est en capacité de trouver son propre chemin vers le bonheur. La fin du film, bien que volontairement optimiste, m'a toutefois laissé un goût d'inachevé. spoiler: Le film aurait été parfait pour moi si le personnage de Ray avait pu lui aussi accéder à ce bonheur, ou s'il avait au moins rendu la clé à Colin, les libérant symboliquement tous les deux.
pierre arias
pierre arias

1 critique Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 mars 2026
Belle approche du bdsm gay qui nous force a analyser tout couple et son équilibre, ce qui est bien ou non ,
laurent aroles
laurent aroles

3 abonnés 33 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 mars 2026
Vu, ce dimanche 1 mars, en avant première ,au diagonal à Montpellier.
Ce premier long métrage est un coup de maître.
Une histoire aussi belle que cruelle sur laquelle je ne vais pas reprendre les éléments fournis pour le scénario et dont chacun peut, facilement, prendre connaissance.
Les deux personnages principaux Colin et Ray sont magistralement interprétés. Il en est de même des personnages secondaires et plus particulièrement s’agissant de la mère possessive et du père effacé et particulièrement aimant et sensible.
La psychologie des personnages est traitée avec beaucoup de finesse et de vérité.
Colin, en se soumettant à Ray va, cet attachement étant très fort,se libérer de la possession de sa mère en fin de vie.
Au delà du rapport domi/soumis il y a entre les deux un véritable attachement et on ressent une véritable émotion. On peut dire que c'est une belle histoire d’amour, un conte de fée ou un crapaud aimé d’un prince charmant va litteralement se transformer.
Même les scènes de sexe n’ont rien de particulièrement choquant, elles sont certes réalistes mais vraiment rien de trasch et surtout pas décalées. Elles sont utiles voire nécessaires pour une bonne compréhension de la construction de cette relation entre hommes.
Mais Colin dont c'est la première relation va souhaité autre chose de plus conventionnel et va faire une tentative d’émancipation fatale.
Et là encore la psychologie de Ray estparfaitement traitée, et interprétée. Auréolé de mystère,on ne sait rien de lui socialement certes, mais on voit bien que derrière cette dureté il y a une profonde sensibilité.On le voit jouant du piano, plongé dans la lecture. Le personnage n’est pas ambigu il est entier dans tout ce qu'il fait.
Il va donc faire vivre son rêve ou son phantasme à Colin et ce sera un beau cadeau d’adieu.
Quant à Colin, certes malheureux,il va en sortir plus fort car en capacité de déterminer ses propres attentes et limites.
En conclusion un film excellent plein de sensibilité, avec de l’humour et sans fausse pudibonderie tout en ayant rien de choquant.
Shawn777

806 abonnés 3 936 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 mars 2026
Un "Cinquante nuances de Grey" version gay ? C'est en tout cas tout ce qu'indique, au premier abord, ce film réalisé par Harry Lighton et adapté du roman "Box Hill". C'est en réalité, sans mauvais jeux de mots, beaucoup plus profond.
Colin, la trentaine, est un homme introverti qui peine à trouver l'amour, virevoltant de dates en dates qu'arrange sa mère. Puis, un soir, un mystérieux motard lui laisse un mot l'intimant de le retrouver le lendemain. C'est à partir de là que va débuter une relation un peu spéciale qui permettra à Colin de découvrir sa vraie nature. Eh oui puisque, comme vous l'aurez compris, son amant, Ray, a des "goûts très particuliers".
Et c'est un peu en ça que vont consister les trois premiers quarts du film, c'est-à-dire voir le développement d'une relation dominant/dominé à la limite du sadomasochisme. Mais ce n'est pas juste là pour faire beau ni pour des spectateurs désireux de voir des scènes un peu crues de temps à autres. À travers cette relation, les personnages se découvrent, déjà l'un, l'autre puis explorent finalement leur vraie nature. L'un est le pilote, qui décide de tout, tout le temps, tandis que l'autre reste toujours sur le siège passager, à suivre. Mais que se passe t-il si Colin décide de devenir le pilote de temps en temps et donc prendre, à son tour, la relation en main et ainsi, par extension, le contrôle de sa propre vie ? C'est là que le film devient d'autant plus intéressant, les désirs de l'un se répercutant sur les peurs de l'autre.
Alors certes, certains pourront dire que le film est une représentation négative de l'homosexualité, surtout que gravite autour du couple, la même "meute" de motards qui ont les mêmes comportements, c'est-à-dire les alphas avec leurs clefs trimballant leurs soumis avec leur chaine. Mais c'est une représentation d'une forme de relation homosexuelle, pas d'une norme, si tant est qu'elle existe, ou une généralité et, de plus, le film ne délivre aucun discours moralisateur face à cette relation. Est-elle toxique ou saine ? Est-elle dérangeante ? C'est au spectateur de décider.
Direct-actu.fr
Direct-actu.fr

371 abonnés 479 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 mars 2026
Dans la banlieue sud-est de Londres, Colin (Harry Melling) mène une existence discrète, presque effacée. Il vit encore chez ses parents, chante dans un barbershop quartet pour éprouver un semblant de confiance, et laisse le monde décider pour lui. Sa rencontre avec Ray (Alexander Skarsgård), chef magnétique d’un club de motards gays, agit comme une déflagration silencieuse. Grand, assuré, vêtu de cuir, Ray incarne l’exact opposé de ce jeune homme hésitant.

Très vite, Colin découvre un univers codifié où la domination n’est ni métaphore ni jeu superficiel, mais structure même du lien amoureux. Il accepte les règles, les contraintes, les attentes, persuadé que derrière la rudesse peut se loger une forme d’amour plus profonde. Le film installe alors une tension constante entre désir sincère et déséquilibre assumé. Ce n’est pas une romance classique, encore moins une simple provocation érotique.

Pillion examine les rapports de pouvoir dans le couple contemporain. La relation est consentie, adulte, contractualisée presque. Pourtant, l’émotion demeure fragile. Colin oscille entre fascination et perte de repères. Son unique pouvoir réside dans sa capacité à dire non. Face à lui, Ray semble trouver son équilibre dans la maîtrise, dans la stabilité d’un cadre qu’il contrôle.

Le film ne caricature ni ne moralise. Il montre comment une dynamique atypique peut révéler des vérités universelles sur l’attachement, la dépendance affective et la difficulté à formuler ses limites. Les parents de Colin, ouverts à son homosexualité mais troublés par la forme que prend cette relation, incarnent les paradoxes du progressisme moderne.

Adapté du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones et réalisé par Harry Lighton, le film s’ancre dans une réalité contemporaine où les modèles traditionnels du couple sont remis en question. Les scènes intimes, préparées avec précision et encadrées sur le plateau, participent à cette exploration frontale du désir et du consentement, sans jamais céder à la complaisance.

Au-delà de sa dimension queer, Pillion interroge une question plus large, que signifie aimer aujourd’hui ? Est-ce choisir librement sa place, même si elle semble déséquilibrée ? Est-ce accepter une dynamique qui bouscule les normes tant qu’elle est consentie ? Le film ne donne pas de réponse définitive. Il préfère installer le doute, laissant le spectateur face à ses propres conceptions du couple et de l’affirmation de soi.


Vu en projection de presse janvier 2026
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