Enzo est un film intelligent et ambitieux, mais qui m’a laissé sur une impression mitigée. Sur le papier, l’idée de croiser un drame social sur le déclassement volontaire d’un adolescent bourgeois avec une histoire d’éveil sentimental, avait tout pour me séduire. Et certaines choses fonctionnent très bien.
À commencer par l’interprétation d’Eloy Pohu, remarquable dans la retenue et l’intériorité : on croit à son mal-être, à sa fragilité, à ce besoin confus de fuir un monde trop bien tracé. Le père, incarné par Pierfrancesco Favino, est également très juste : touchant, maladroit, aimant mais dépassé. La mère, jouée par Élodie Bouchez, est parfaite dans son rôle maternel – douce, inquiète, contenue.
Là où le film me perd un peu, c’est dans l’articulation entre ses deux récits. J’ai eu le sentiment de voir deux films en un, qui se côtoient sans jamais vraiment s’intégrer. D’un côté, le portrait d’un ado qui rejette son milieu et cherche à se réinventer au contact du travail manuel – un thème fort et bien mené. De l’autre, une relation amoureuse ambiguë avec un ouvrier ukrainien (Vlad), à laquelle s’ajoute une toile de fond géopolitique sur la guerre en Ukraine. Ce deuxième pan m’a paru plaqué, comme ajouté a posteriori. L’attirance d’Enzo pour Vlad aurait pu être plus subtile, mais l’acceptation immédiate du désir par Vlad, pourtant issu d’un milieu a priori conservateur et viril, manque de crédibilité. Quant à l’obsession soudaine d’Enzo pour le conflit ukrainien, elle semble davantage opportuniste que réellement intégrée au récit. Le film évoque ce contexte sans vraiment l’explorer.
Dans la première partie du film, le rythme est lent, introspectif, et fonctionne bien avec l’univers installé et le décor du sud. L’intrigue décolle doucement, au fil des gestes, des regards, des silences. Le dernier acte, lui, est plus intense, plus clair et chargé émotionnellement, apportant une vraie densité au chemin parcouru par le personnage.
Si on veut être perfectionniste, j’ajouterai deux petites choses. D’abord, le personnage d’ingénieure incarné par Élodie Bouchez n’existe que sur le papier : ni son langage, ni sa posture, ni ses réactions ne le laissent deviner. On sent que ce métier n’a pas été documenté – elle aurait sans doute été plus crédible dans un univers artistique ou littéraire. Ensuite, le chef de chantier, pourtant bien interprété dans l’attitude, affiche une diction trop parfaite, presque académique, pour un contremaître du sud. Ce sont des détails, bien sûr, mais dans un film qui revendique un certain naturalisme, ils détonnent légèrement.
Enzo reste un film sincère, parfois très touchant, porté par de belles performances et des intentions fortes. Mais il aurait gagné à resserrer son propos, à mieux articuler ses dimensions sociales et sentimentales.