Testamentaire et politiquement engagé, "Le dernier souffle" est un film qui, s'il en manque parfois (de souffle, je veux dire), a le mérite de traiter une question dans l'air du temps, à savoir la fin de vie et les conditions pour "préparer le vivant à mourir". Je tiens à préciser que cette question me tient particulièrement à cœur depuis que j'ai lu et vu "Tout s'est bien passé", une histoire autobiographique écrite par Emmanuèle Bernheim et brillamment portée au cinéma par François Ozon. Alors que la loi sur la fin de vie et les soins palliatifs se fait toujours attendre, alors que l'immense majorité de la société est désormais prête à accueillir ce projet, le cinéaste de 92 ans appuie les nombreuses discussions autour de ce thème par un film (proche du documentaire) qui aborde délicatement le tabou autour de la mort et le chemin vers son acceptation par les malades. Un film qui tend à questionner plus qu'à informer et qui en appelle surtout aux pouvoirs politiques...
En ce qui concerne la qualité du long-métrage, on peut dire que le cinéaste maîtrise son sujet et fait preuve d'un engagement particulièrement touchant, tant au niveau de la mise en scène que de l'écriture des dialogues. Ceux-ci, parfois trop écrits, peuvent cependant manquer de spontanéité et de vraisemblance, si bien que les comédiens récitent plus qu'ils ne jouent... Mais cela n'altère en rien le talent global des nombreux interprètes, à commencer par Denis Podalydès, très crédible, et les formidables Marilyne Canto, Angela Molina, Françoise Lebrun, Hiam Abass... Mais la séquence la plus marquante est certainement celle portée par la bouleversante Agathe Bonitzer, qui incarne une jeune patiente dans le déni de sa mort prochaine.
Par l'exposé de cas divers et variés, le film rend un bel hommage au personnel soignant qui effectue un travail remarquable dans l'accompagnement psychologique et le respect des choix individuels. Rien que pour ça, le film mérite d'être vu.
Mais cette perspective de témoignage et de questionnement du spectateur soulève une autre question : ne serait-il pas plus efficace et impactant de réaliser un film documentaire avec de vrais patients en soins palliatifs ?
Ce n'est certainement pas le but de Costa-Gavras, mais ce choix de la fiction interroge.
En résulte un film peut-être un peu didactique, mais réalisé avec sincérité et engagement. En bref, une œuvre nécessaire, à voir une fois mais pas deux.