Excellents Paul Dano (Vadim Baranov) & Jude Law (Vladimir Vladimirovitch Poutine) censés remettre sur la scène contemporaine, l'interaction entre Raspoutine et le dernier Tsar, Nicolas II, une Alicia Vikander (Ksenia)un peu juste malgré des outrances esthétiques censées se faire echo de la "Fake Democracy", Femen un peu pâle passant de l'êre soviétique à l'ère de la technologie de marchés donc, un peu à l'instar de la Nastasya Philippovna de L'Idiot, infiniment plus travaillée par Dostoïevski qui mettait en crise l'âme de la femme russe, passant de l'ère paysanne à l'ère industrielle urbaine, au sein de la Matouchka, éternel symbole de l'orthoxe Russie.
De superbes et intemporels paysages de neige, des intérieurs aux bois peints, tentures précieuses, âtre et samovar comme ultime retraite pour Baranov qui en finale y sera abattu sur son seuil, d'un tir dans la nuque, non identifié et venu de l'intérieur de la demeure, Ksenia y étant supposée restée cachée durant tout l'entretien au cours duquel Le Mage du Kremlin vient de communiquer vers Rowland, universitaire de Yale venu sous le motif d'y tracer l'itinéraire de l'écrivain Zamiatine, inspirateur de George Orwell.
S'il est fastidieux, voire improductif de tenter de déceler si le personnage fictif de Vadia est un composé des Sourkov ou Douguine qui présidèrent à la métamorphose de Poutine, agent du KGB, en l'homme du Pouvoir Vertical qu'il est devenu sur cet intervalle temporel de plus de trente ans, il est par contre plus fécond d'interroger à travers le canevas narratif, le jeu des flux de transmission, qu'ils soient sémantiques, idéologiques, financiers, minéraux.
La "confession" de Vadia, une fois transmise à l'Ouest via Rowland et Yale, le Mage se voit liquidé.
Et à partir de là, cette docu-fiction prend toute sa valeur car on y suit les tribulations de Dmitry Sidorov, incubateur étudiant des marchés capitalistes, Boris Berezovky parrain médiatique de toutes les permutations mentales, sociales et matérielles amorcées avec la perestroïka de Gorbatchev, soit le Pouvoir Horizontal, tribulations qui en font les prototypes parfaits de la nouvelle caste des Oligarques nourris des Principes exaspérés de la croissance capitaliste, principe hérités d'une prétendue " décadence occidentale " et de ses marchés débridés.
Si le "Tsar", alias Poutine, nous est bien esquissé au travers de ses dilemmes géostratégiques, Tchétchénie, Crimée, Koursk en mer de Barents, si la problématiques ukrainienne, toujours sous tension hyper sensible aujourd'hui, nous est proposée sous un autre focus que celui de la presse occidentale officielle, j'ai constaté pour ma part un véritable non-dit quant aux rapports maintenus par Poutine avec cette Oligarchie aujourd'hui en Diaspora. Que Berezovski, dans sa luxueuse résidence d' Ascott, soit retrouvé "pendu" après qu'il a sollicité du "Tsar" le retour en Russie pour assister aux Jeux de Sotchi, laisse entendre que la verticalité moscovite ne soit pas dépourvue de ramifications tentaculaires et l'on ne sait que trop comment... Quand les algorithmes ont installé Big Brother au coeur de chaque énonciation, de chaque insight, tracé chaque pas et chaque impulsion, qu'attendait donc ce même "Tsar" en accordant asile et nationalité à Edward Snowden, sinon d'en participer de plain-pied et à armes égales, au concert des Despotes de la Surveillance généralisée.
Quant à faire le départ entre la Fiction et l'Authenticité dans ce film comme dans son texte source, dû à Guliano da Empoli, jamais semble-t-il le propos de Primo Levi n'a été plus justifié, soutenant que la seconde peut être plus importante dans la fiction que dans l'histoire dite factuelle, dans la mesure où l'écriture dite fictive se nourrit de l'expérience humaine, de son tissu émotionnel ce qui en ferait finalement le seul lieu de possible liberté...
Ne manquez donc pas le florilège émotionnel que garantit le film d'Olivier Assayas, ainsi que tous les thèmes de réflexion et d'analyse socio-historique qu'il promet autour de notre époque et des vecteurs qui l'orchestrent...