Amusante coïncidence de retrouver deux films traitant de la dictature militaire au Brésil pour ouvrir et fermer l'année 2025. À l'instar de Walter Salles pour Je suis toujours là, qui plongeait dans ses souvenirs pour parler de la tragédie d'une famille qu'il a bien connu, le réalisateur Kleber Mendonça Filho envisage tout autant le 7ème Art comme un remède à l'oubli. Ce qui sera d'ailleurs le fil rouge évident au sein d'un intrigue pour le moins déroutante comparée à l'œuvre de Salles. En dépit de son titre, L'agent Secret est l'anti-film d'espionnage par excellence. Plutôt une méditation sur le sanglant passé d'un pays et par corrélation sur la nécessité de préserver la mémoire de ces années noires. Chaque minute (ou presque) est utilisée pour nous ramener en arrière, dans un Brésil exotique que la caméra capture de manière organique. Mais derrière le climat, les couleurs ou le sexe, il y a l'horreur imperceptible (on ne verra pas d'exaction mais on les devine). Kleber Mendonça Filho prend le parti de ne rien expliquer et d'éviter tout spectaculaire. Un choix qui amène des surprises, quand la narration se divise en plusieurs temporalités, mais peut aussi jouer contre la portée émotionnelle du récit. Étonnamment, ça n'implique pas de faire ressentir l'énorme durée du long-métrage (2h40 tout de même). Et l'interprétation est excellente, Wagner Moura en tête. Mais certains choix dramaturgiques peuvent interroger par leur froideur, quand bien même l'intention est intégrée. Heureusement, le reconstitution et le travail de mise en scène est de très belle facture. En se confondant avec l'archiviste qui cherche à recouper les évènements d'un temps obscur pour y combler les blancs, Mendonça Filho convoque le spectre du cinéma des 70's rappellant tour à tour le naturalisme de Friedkin, les expérimentions de Brian De Palma et cite directement Spielberg. Les Dents de la Mer offrira d'ailleurs la plus belle allégorie du film sur une époque à affronter pour mieux l'exorciser.
On comprend la mise en place, la nécessité de montrer un homme qui ne se croit pas en danger mortel, juste qu'il doit se mettre au vert comme on dit mais c'est aussi une partie qui aurait gagné à être raccourci de 5-10mn. Mais l'intrigue se met en place, le puzzle avec ses secrets se découvre, le récit devient bien plus passionnant avec l'entrée en jeu des tueurs à gage qui vire le film du drame social vers le thriller politique avec la tension qui monte doucement, les enjeux qui se dessinent de façon plus probante. Le scénario se fait nébuleux mais dans le bon sens du terme jusqu'à cette fin qui tient plus d'un concept "biopic" plutôt qu'une véritable nécessité, là encore ce côté superflu aurait pu permettre de gagner 5-10 mn et gagner en densité sur l'ensemble du film. Mais les acteurs sont excellents, on adore la reconstitution, et les scènes d'action sont redoutables d'efficacité dans un réalisme brutal et direct qui fait encore plus froid dans le dos. Un très bon moment. Site : Selenie
Présenté en compétition au Festival de Cannes 2025, "L'agent secret" est reparti avec 2 prix dont l'attribution n'a choqué ni les critiques, ni les cinéphiles : le Prix de la mise en scène et le Prix d’interprétation masculine attribué à Walter Moura. Le titre du film nous met sur la piste d'un film d'espionnage, ce qu'il n'est pas. C'est plutôt un policier, voire un thriller tout en étant un film politique et un film sur les liens familiaux. Il semblerait que ce titre vienne de l'impression ressentie par Kleber Mendonça Filho lorsque Bolsonaro était au pouvoir et que le réalisateur se savait enregistré et était parfois interrogé. Nous voici donc transporté(e)s sous une autre dictature brésilienne, celle des années 70, auprès de Marcelo, un quadragénaire qui quitte São Paulo pour se rendre à Recife. On a très vite l'impression que Marcelo fuit un danger, ce en quoi on n'a pas tort. Il a aussi pour objectif de revoir son fils, élevé par les parents de l'épouse dont il est veuf. Souhaitant explorer le comportement des citoyens vivant dans un pays sujet à l'oppression, Kleber Mendonça Filho n'a pas hésité à parfois se rapprocher du fantastique afin, sans doute, de renforcer l'impression de cauchemar d'une telle situation. Etait-ce indispensable, la question reste posée ? En tout cas, voici un film passionnant à regarder avec, en particulier, une scène d’anthologie dans une station service, au tout début du film. Film vu au Festival de Cannes
L’histoire est mystérieuse. Le tracé narratif, sinueux, emprunte quelques chemins digressifs. Il est un peu long aussi. Mais intéressant. Le passé du personnage principal se dévoile progressivement. Il faut accepter que certains épisodes de ce passé restent dans l’ombre. Avec ce thriller lent, Kleber Mendonça Filho donne moins dans le thriller classique, à résolution d’énigme, que dans la tension sociale et politique, façon impressionniste. Quelques touches narratives, quelques tableaux pour une fresque d’ambiance sur ce qu’était le Brésil des années 1970, sous dictature militaire. Le régime politique autoritaire n’est ici qu’une toile de fond. Le réalisateur préfère, de manière singulière, évoquer ce que diffusait ce régime dans le quotidien de la population : stigmatisation d’une jeunesse chevelue, persécution des opposants politiques de gauche, détournement des investissements publics vers les intérêts privés des industriels, disparition de l’État de droit, corruption, criminalité en roue libre, racisme, misogynie, homophobie… C’est ce climat délétère que Kleber Mendonça Filho arrive parfaitement à rendre, dans un mélange étonnant de tonalités : le sentiment de peur ou d’horreur n’exclut pas une certaine légèreté ; le réalisme n’exclut pas un aparté fantastique grand-guignolesque. Quelques séquences fortes, chacune dans leur registre : l’arrivée dans la station-service, l’autopsie du requin, l’action imaginaire de la “jambe coupée”… La fin est plus classique et d’une émotion retenue. Par ailleurs, l’ensemble bénéficie d’une reconstitution vintage soignée et d’une réalisation inspirée. À noter que le titre du film ne s’entend probablement pas de manière littérale, mais de manière comparative pour décrire le mode de vie secret et contraint du personnage central. Ou peut-être de manière ironique pour épouser la paranoïa ambiante.
Avec l’agent secret Kleber Mendonça Filho réalise un film-fleuve, balade sensorielle volontairement désordonnée pour nous immerger dans le Brésil des années 70. Il y a la musique, le carnaval et ses déguisements, ses danses et ses transes, les couleurs vives des voitures, des bâtiments et des vêtements, la lumière et la chaleur, et puis derrière ce décor enchanteur l’emprise sourde et omniprésente de la dictature. Comme un puzzle, Kleber Mendonça Filho assemble doucement les pièces pour rendre le récit finalement compréhensible. Tout de suite séduisant, rapidement captivant puis déroutant, hypnotique, humoristique et profondément politique, l’agent secret n’est pas qu’un film historique sur la vie brésilienne sous la dictature, il fait aussi écho à une terrible actualité au temps des Trump, Poutine ou autre autocrate…… Une ode à la mémoire envoutante qui résonne aussi comme un cri d’alarme
Walter Salles avait placé la barre très haut avec son excellent Je suis toujours là mais pour élire le prix fictif du meilleur film latino-américain de l'année, à parvenir sur nos écrans, il sera permis d'hésiter avec l'opus nouveau de Kleber Mendonça Filho, à savoir ce merveilleux Agent secret. Ample, profond et riche en sédiments variés, le film évoque la dictature militaire brésilienne, sans avoir besoin de la nommer, dans un récit qui s'autorise un beau suspense mais ne s'interdit aucun genre pas même dans les registres du fantastique ou de l'absurde. Par quelle magie est-ce que tout fonctionne à plein dans L'agent secret, y compris une fantaisie temporelle qui ajoute encore une couche d'intérêt ? La qualité de son écriture, évidemment, et l'agilité de sa mise en scène, pour sûr, tellement visible dans une première scène au milieu de nulle part et qui permet de se dire, d'emblée, c'est donc cela un grand film ! On y ajoutera le casting, à commencer par l'immense Wagner Moura, épatant, magnifiquement entouré par une galerie de "gueules" qui apportent un parfum d'authenticité supplémentaire au Recife des années 80, dans lequel une salle de cinéma joue un rôle primordial. Pour connaître le sort réservé aujourd'hui à ce temple du 7ème art, un peu de patience, la révélation figure dans les derniers instants de ce film de 160 minutes qui semble en durer trois fois moins.
Chiant à mourir. Les critiques plus que positives à propos de ce film sont incompréhensibles. Il ne se passe rien. Aucune histoire. Et c’est looooooong… Sans exagérer c’est interminable. Heureusement que les décors sont superbes et nous replongent dans l’époque. Mais sinon qu’est-ce que c’est nul…
incompréhensible pour moi la ferveur autour de ce film. la première heure peut être réduite à 15 mn. c'est lent, interminable parfois. prétentieux souvent. wagner moura est bon, sans plus.... les brésiliens de plus de 50 ans ont du kiffé. moi, pas du tour.
Encore un film inutile et consternant. Tout ça pour ça ? En lisant les critiques dithyrambiques, je me demande ce que les gens attendent d'un film : Une reconstitution de décors des années 70 ? Certes très bien faite. Des personnages poussés au bout de leur caractère ? Pourquoi pas. Mais l' HISTOIRE ? On ne comprend rien à la motivation de tous ces gens qui se débattent dans un Brésil perturbé mais on ne sait pas trop par quoi, est-ce un problème politique, de corruption ? Pourquoi le protagoniste doit-il fuir ? Pour un petit conflit dans son université ? Conflit généré par un chef d'entreprise dont on se demande bien pourquoi il vient se mêler du travail des universitaires ? Pourquoi les "aides" aident-ils ? Car le titre est totalement trompeur, il n' aucun agent secret dans le film. C'est confus, long... Tout ce qu'il faut, visiblement, pour obtenir un prix à Cannes.
Oui, la mise en scène mérite son prix cannois, on se régale de l'originalité et de la beauté de nombreux plans.
Oui, les seconds rôles sont excellents avec des gueules qu'on oublie pas.
Et oui, le sous-texte est pertinent, notamment avec cette jambe putrefiée, symbole du pourrissement et de la corruption d'un état policier qui gangrène la société.
MAIS le scénario est indigent, les deux premières heures du film sont une mise en place interminable de la dernière demi-heure qui donne enfin un peu de sens à la confusion de cette très lente exposition. Bref on s'ennuie ferme et l'humour ou le loufoque ne fonctionnent pas, car disjoints de la trame générale. Bref une très belle mais réelle déception.
UN film dont la réalisation rappelle le style de Walter Salles ( Central do Brasil)….C’est très bien réalisé, avec un sens du cadrage, plan américain de la direction d’acteurs et du travelling qui rendent le film agréable à suivre….Là où j’ai « tilté », c’est devant la complexité du script, des dialogues confus, Je dois avouer que c’est un film où j’ai perdu le fil de l’histoire deux ou trois fois,( pour ne pas aider, il y a des flash back dans le temps présent)…..Heureusement la fin ( dernière demie heure) rachète tout cela…..Mon conseil, lisez bien le synopsis d’Allociné, il vous permettra de ne pas vous noyer…..Ceci dit, je n’ai pas senti le temps passer…..Je conseille, c’est du bon cinéma au scénario un brin intellectuel….
Un thriller politico-intime bien mené et mis en images (notamment dans sa reconstitution du Brésil des 70's, accompagné d'une photographie très soignée), mettant notamment en lumière la dictature qui gangrenait alors le pays, avec ses manipulations, ses pots-de-vins et ses assassinats ciblés.
Et pourtant, il m'a manqué quelque chose pour me sentir vraiment investi tout du long dans le destin de ce "réfugié/résistant" à la double identité (pourtant très bien incarné par Wagner Moura). Peut-être un peu moins de mystère dans sa construction narrative et plus de tension pour être véritablement immergé dans ces 2h40 de film, qui aurait gagné à être resserré.
À découvrir, mais j'avoue que je m'attendais à être un peu plus pris par ce film (surtout au vu de sa b-a plutôt mensongère).
Curieux cet engouement pour ce film à la construction narrative inutilement compliquée. C’est long voire très long même si la photo est superbe et le jeu des acteurs très bon. Au final, l’action n’avance pas. Le recours à un court passage surnaturel relève du remplissage. Le précédent film du réalisateur était fun niveau bien supérieur.
Un film très brésilien, très réaliste qui s'attèle (encore) aux années taboues de la dictature et de la corruption. De belles images reconstituées de la fin des années 70 et un judicieux choix de musique.
Le film est très qualitatif mais... long et lent. Dommage parce que la première scène est géniale et la scène de la fin vient enfin donner du rythme à l'histoire.