Un absolu chef d’œuvre du Brésil !
Un cadavre aux mouches étendu au sol. Voici la scène initiale de l’Agent Secret. Qui était-il ? Qu’a-t-il fait ? Est-ce que c’était un mauvais moment présage ? Porté par une mise en scène magistrale, le film de Kleber Mendonça Filho plonge au Brésil des années 1970, proposant un thriller politique où la mémoire affronte l’effacement. De main de maître, le film fait écho aux menaces d’hier comme à celles d’aujourd’hui, exposant la corruption, les rouages du pouvoir et l’élimination des opposants. L'œuvre honore également Recife, rendant hommage à sa poésie et à sa culture locale.
Sorti en 2025, ce chef-d’œuvre du cinéma brésilien compte avec un casting impeccable et tire sa force de l'interprétation magistrale de Wagner Moura, dont le talent éclate. Il joue le personnage de Marcelo, un homme qui arrive à Recife sous une fausse identité et rêve de vivre avec son fils. On remarque également le second rôle de Tânia Maria, qui interprète à merveille « Sebastiana ».
Accumulant plus de soixante dix récompenses à travers le monde et quatre nominations aux Oscars 2026, le film fait un parcours exceptionnel. Les décors sont magnifiques : des couleurs, des costumes et des mœurs parfaitement fidèles aux années 1970. La bande-son est éclectique, transite entre des classiques comme If You Leave Me Now et des compositions d’Ennio Morricone (Guerra e Pace, Pollo e Brace), mais c’est dans la culture de Pernambouc que le film rayonne, exaltant en particulier le carnaval. Le brega de Waldick Soriano (Eu Não Sou Cachorro Não) et la musique d’Ennio Morricone confèrent à l’œuvre une atmosphère d'originalité et mystère.
Au moyen des analogies et d’une structure fragmentée, riche en silences et en non-
dits, le scénario se déroule. Au début du film, une jambe est trouvée à l’intérieur d’un requin. Une métaphore parfaite pour parler de l’histoire « engloutie » du Brésil. En effet, Kleber Mendonça Filho fait un superbe parallèle entre les requins de Recife et les grands entrepreneurs « requins du crime ». Puis, un chat à deux visages est apparu, peut-être un symbolisme pour la double identité des dissidents politiques, stratégie de survie imposée en ces temps de persécution. L’œuvre s’inspire également d’une légende urbaine de la ville : A Perna Cabeluda. En la voyant, le spectateur s’interroge : s’agit-elle d’un simple mythe ou d’une stratégie délibérée pour contourner la censure ?
Enfin, en explorant des éléments typiques de la région, le réalisateur révèle les traditions à travers une intrigue captivante qui évite de réduire la violence à un simple spectacle de divertissement. La trame présente des lacunes délibérées : qu’est-il arrivé à Marcelo ? Et à sa femme ? En effet, je suppose que telles omissions sont intentionnelles, cohérentes avec les silences dans la reconstruction de l’histoire du Brésil. Voilà un film intelligent que je vous recommande vivement !