Berlinguer, La grande ambition se donne pour but de proposer un biopic panoramique de la carrière de cet homme politique italien, secrétaire général du Parti communiste et grand artisan du compromis historique avec la Démocratie chrétienne. Tout est bien fait, très éclairant, et mené avec suffisamment de rythme pour que l'on suive avec intérêt les atermoiements de la DC et les efforts de Berlinguer pour faire avancer son parti dans les urnes tout en prenant ses distances avec Moscou. Le problème, c'est que tout cela est par contre un brin scolaire et manque d'un véritable point de vue : le compromis historique n'est jamais considéré ici que comme une sorte de fin de l'histoire aux bénéfices incontestables - malgré l'évocation nécessaire de l'enlèvement de Moro - sans que le Berlsuconisme qui a suivi - par exemple - ne soit jamais convoqué pour une quelconque mise en perspective.
Ce biopic didactique sur un homme politique atypique dans une période mouvementée de la république italienne ne manque pas d’intérêt, mais vaut plus par son interprétation que par sa mise en scène
Enrico Berlinguer (1922-1984), premier secrétaire du Parti Communiste Italien (à partir de 1972, et qui a compté jusqu’à 1,7 million d’adhérents, devenant le premier parti communiste d’Europe de l’Ouest) est un personnage important de l’histoire politique italienne pour au moins 2 raisons : son indépendance vis-à-vis de l’. et surtout sa stratégie de « compromis historique » spoiler: (élaborée suite au coup d’état du général Pinochet, le 11 septembre 1973, renversant le président chilien Salvador Allende) afin de conquérir le pouvoir (en vain) en s’associant avec la Démocratie Chrétienne, dirigée par Giulio Andreotti (1919-2013). Pourquoi faire de 5 ans de sa vie (1973-1978), qui appartiennent aux « années de plomb », ponctuées d’attentats par des mouvements d’extrême gauche et d’extrême droite, une fiction, surtout d’un personnage qui n’a rien de romanesque, ni de charismatique ? D’autant que le film est long (2h03) et bavard, surtout au début, se contentant d’illustrer sa fiche Wikipédia (heureusement avec dates, lieux et noms des personnages politiques interprétés, pour ne pas égarer le spectateur) : spoiler: voyage en Bulgarie en octobre 1973 où il survit à un accident automobile (attentat ?), référendum sur le divorce en mai 1974, 25e congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique en février-mars 1976 [sous la présidence de Leonid Brejnev (1906-1982)], voyage en Pologne en juin 1976, élections législatives de juin 1976 avec 34 % de voix communistes . Un documentaire aurait été plus intéressant et plus pédagogique. L’intérêt apparait à la fin, en raison du tragique de la situation : spoiler: l’enlèvement (16 mars) puis l’assassinat (9 mai) d’Aldo Moro (1916-1978), président de la Démocratie Chrétienne depuis 1976, par les Brigades Rouges, lui aussi séduit par le « compromis historique » . Comme d’habitude, Elio Germani (44 ans), acteur caméléon, est parfait, justifiant son David di Donatello du meilleur acteur (son 5e de sa carrière dans cette catégorie).
Le grand intérêt du film est la reconstitution soignée de l'époque, les années 1970 en Italie, du point de vue des communistes, pesant alors un tiers des voix, record en Europe de l'Ouest. La limite de l'exercice est l'hagiographie de Berlinguer, présenté comme doté de toutes les qualités humaines et politiques, de grands principes humanistes authentiques et un vrai courage politique, etc....Un traitement plus nuancé aurait quand même été préférable.
Une fois encore le cinéma italien se penche sur son Histoire, mêlée aux mouvements politiques qui n’ont jamais cessé d’alimenter la pellicule transalpine. Mais cette fois Andrea Segre nous rapporte de manière plus politique qu’historique, me semble-t-il le combat de Berlinguer, alors à la tête du plus puissant parti communiste d’Occident. L’engagement du réalisateur, ancien docteur en sociologie est patent. Il accompagne son héros, plus qu’il ne le suit . Dans son éloignement avec Moscou, et son combat sur le terrain à côté des travailleurs italiens, face à la Démocratie Chrétienne au pouvoir depuis une trentaine d’années. La forme linéaire de la mise en scène implique une résolution souvent didactique. On apprend beaucoup sur l’homme Berlinguer, sans forcément comprendre pleinement la leçon humaniste qui émane de son parcours. Le film est peut-être trop sage, dans sa résolution scénique, son absence d’émotion véritable. Pour une page d’histoire qui demeure cependant indispensable Pour en savoir plus :
A travers le portrait sur plusieurs décennies d'un dirigeant communiste, le récit peint la situation sociale, économique, politique d'une Italie fracturée, en proie aux violences, aux conflits, aux difficultés. Présentant un homme convaincu par son combat, sincère dans son engagement, déterminé à améliorer la situation, l'intrigue n'en montre pas moins la réalité de la tyrannie moscovite ni les compromis(sions) nécessaires pour accéder au pouvoir afin de tenter d'appliquer ses promesses. Quoi que classique la dynamique narration atteint l'équilibre entre étude de moeurs et documentaire historique (avec insertion d'images d'archives) pour établir un constat désabusé sur les utopies idéologiques. Désabusé.
Une occasion manquée Comment se réclamer de gauche et ne pas connaitre cette figure emblématique transalpine des 70’s ? C’était mon cas, et la première vertu de ce film est de combler cette lacune. Dans les 70’s, Enrico Berlinguer, premier secrétaire du Parti Communiste Italien, a pour ambition politique de créer un mouvement capable de conjuguer socialisme et démocratie. Pour cela, il doit prendre ses distances avec l’URSS, composer avec les Brigades Rouges ; et même se démarquer du modèle libéral des . Il ne faut pas oublier que l’on est en pleine guerre froide entre Est et Ouest et que le Parti Communiste Français dirigé par Georges Marchais reçoit ses ordres directement de Moscou. Berlinguer a donc cette ambition, folle pour l’époque, de trouver une troisième voie entre capitalisme occidental et communisme soviétique totalitaire. A l’époque, il représente 30% des voix, il est un poids politique pour peser sur la vie politique italienne et il s’en sert pour arriver à ses fins. Dans cette période trouble en France où la guerre partisane empêche les partis de trouver des compromis et où un président part en prison ; ce film nous présente un homme politique indépendant, honnête dont les idées sont toujours guidées par l’intérêt général. Ce film redonne foi en la politique et en l’engagement. Cet engagement total passe par le sacrifice de sa famille, sa sécurité et son intimité car la cause qu’il défend est supérieur. Dans un monde où souvent chacun défend ses intérêts personnels ou partisans ; suivre un homme qui voit grand, çà fait beaucoup de bien et devrait donner l’exemple. Articuler entre images d’archives et de fiction de manière fluide, le film se termine par les images des obsèques de Berlinguer qui réunirent million de personnes à Rome ; dire que l’homme était inspirant.
De Andrea Segre (2025). un film ambitieux retraçant avec justesse la vie d'un grand dirigeant du parti communiste italien qui n'a cessé de vouloir se séparer de la tutelle de Moscou. D'une grande sobriété et d'une grande justesse historique , le film est construit tel un thriller politique édifiant et didactique . Porté par la prestation magistrale d'Elio Germano. Avec aussi Stefano Abbati, Francesco Acquaroli.
Dans les années 70, les jeunes français de gauche étaient fascinés par Enrico Berlinguer. Ils admiraient son intelligence politique, son courage, son intégrité, son charisme. A la tête du parti communiste italien, il était le fer de lance d’une gauche moderne avec son projet d’associer toutes les classes populaires, y compris celles de la démocratie chrétienne, sa prise de distance vis-à-vis des soviétiques et les garanties données à l’OTAN. Le film d’Andrea Segre nous replonge bien dans cette période de l’histoire. Tout à son sujet, la personne Enrico Berlinguer, il réalise un film formellement très sobre (les méchants diront plat), très différent de l’approche subjective virtuose qu’a pu se permettre le grand Marco Bellocchio dans « Esterno notte ». Segre donne un éclairage particulier et révélateur sur le Berlinguer mari attentionné et père bienveillant de ses quatre enfants. La scène, où après l’enlèvement puis l’assassinat d’Aldo Moro, il réunit sa famille dans la cuisine, pour dire que s’il était dans cette situation, il demanderait qu’aucune négociation ne soit menée avec les terroristes, est très belle, très émouvante. L’on croise bien sûr les figures d’Andreotti, toujours aussi retors, d’Aldo Moro, patricien éclairé mais impuissant, les dignitaires soviétiques, les ouvriers des usines de diverses cités italiennes. Le film montre bien la cohérence de la ligne politique du parti communiste italien de cette époque, la maturité, le courage, l’exemplarité d’Enrico Berlinguer. Toutes les personnes qui s’intéressent à l’histoire politique italienne et européenne contemporaine se passionneront pour ce film. Elio Germano qui a la tâche très difficile voire impossible de jouer Enrico Berlinguer s’en sort très bien, il est même excellent mais l’aura de mystère qu’inspirait ce grand homme n’est pas reproductible… Un film très honnête et très intéressant sur un sujet passionnant.
Une magnifique page d'histoire mêlant habilement images d'archive et fiction et une superbe incarnation d'un homme convaincu et humain, militant pour une autre forme de communisme, hors le soutien mais la tutelle pesante de l'URSS pour lutter contre les forces capitalistes. Une figure historique sincère, honnête et simple qui traverse une époque de crise et de violence qui n'appartient pas qu'au passé. Une sensation étouffante de contraintes multiples qui entravent les volontés et les élans libérateurs. Un film qui évite le sensationnalisme.
J’avais fait la connaissance de l’italien Andrea Segre en 2012 – ça ne date pas d’hier -, avec un très beau film, La petite Venise. Avec ces nouvelles 122 minutes, il fait dans le biopic pur et dur mais néanmoins de grande qualité. Italie 1975. Enrico Berlinguer, chef du plus puissant parti communiste d’Occident, défie Moscou et rêve d’une démocratie nouvelle. Entre compromis historique et menaces venues de l’Est, le destin d’un leader prêt à tout risquer pour ses idéaux. Classique de chez classique dans la forme, cette page d’histoire contemporaine se révèle passionnante car relativement méconnue en France. A voir pour l’intérêt du sujet et la prestation +++ de l’acteur principal. Afin de restituer le plus fidèlement possible les pensées et les paroles d’Enrico Berlinguer, le cinéaste a mené un long travail de recherches avec son co-scénariste. Ils ont ainsi consulté de nombreuses biographies, d’entretiens avec ses enfants, avec des membres de sa famille et des camarades du Parti Communiste. Ils vont ainsi nous expliquer pourquoi, Berlinguer a tutoyé les cimes du pouvoir sans toutefois les conquérir pleinement. On découvre ainsi une figure politique dont la stature morale semble s’élever au-dessus de l’agitation partisane ordinaire. – Et ça fait du bien -. Ce n’est ni un tribun incandescent ni un stratège flamboyant : il est la probité personnifiée, l’austérité faite chair, un homme de silences, de regards pesés, de convictions murmurées. En refusant l’épique, ce biopic convoque la mélancolie de ce qui aurait pu être et provoque une réflexion spéculative — et salutaire — sur l’histoire en pointillés : que serait-il advenu si ce communisme républicain, indépendant de Moscou, avait accédé au pouvoir par les urnes ? Si la fameuse « voie italienne » avait fleuri au-delà des discours ? Elio Germano - Donatello (l’équivalent italien des César) du meilleur acteur. Au passage, il s’agit de sa cinquième récompense dans cette catégorie -, habite totalement le personnage du leader charismatique italien. Il compose avec une rigueur extrême un personnage d’une rectitude sans faille, sans jamais pourtant tomber dans l’hagiographie compassée. Autour de lui on note les présences talentueuses de Roberto Citran, Stefano Abbati, Francesco Acquaroli… Peut-être un peu trop elliptique pour les jeunes générations,ce film rappelle qu’un homme droit, dans un siècle tortueux, peut encore susciter l’admiration — sans emphase, sans bruit, sans fracas. C’est cette grandeur tranquille, presque impensable dans notre époque de cynisme tapageur. A bon entendeur, salut !
un film tel un documentaire où se mêlent images d'archives et images de cinema pour frapper plus encore les esprits. on a l'impression de replonger dans cette époque à la foi violente et pleine d'idéal. on comprend mieux grâce à ce film pourquoi l'autodétermination des peuples et leur soif de justice et de paix ne peuvent aboutir tant les puissances mondiales restent les maîtres du jeu. magistralement interprété et réalisé ce film nous bouleverse, nous qui avions 20 ans et olein de rêves en 1975 !
Biopic de la vie du chef du PC italien pendant les années de négociation du “ compromis historique “ dans les années 70. La conclusion d’un accord de gouvernement avec des partis opposés rendue nécessaire par la crise économique et le climat de violence politique extrême; cela pourrait résonner un peu avec notre actualité politique française. Espérons que l’issue à notre crise politique ne soit pas aussi tragique que cette recherche de compromis qui a fait l’objet de nombreux films et de séries et se soldera par L’enlèvement et lassassinat du leader du parti opposé, la DC Aldo Moro, par les brigades rouges qui auraient été aidées par d’autres forces politiques “ennemies” mais elles aussi opposées au compromis. Le film se concentre sur la période avant l’enlèvement de Moro et sur la personnalité et le cheminement intellectuel de Berlinguer avec une certaine nostalgie et empathie pour Berlinguer. Le film est intéressant du point de vue historique et est un maillon dans la compréhension de la situation politique italienne actuelle. L’opération mains propres et l’arrivé de Berlusconi constituant l’étape suivante. Sur ce sujet, Je conseille l’excellente série 1992, 1993 et 1994.
Très intéressante plongée dans l'Italie des années 70 quand les attentats et la violence politique n'était pas exempte d'espoir pour les classes populaires. Si je regrette éventuellement le rythme un peu lent —habitués que nous sommes aux séries et aux films US ultra-speedés— je suis sorti de séance ému par ce biopic qui permet de mesurer à quel point la situation politique en Italie a pu changer. Comment ne pas voir une analogie avec notre propre situation contemporaine ?