La Maison des femmes
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "La Maison des femmes" et de son tournage !

Naissance du projet

La naissance du projet remonte à fin 2016, lorsque Mélisa Godet a entendu, à la radio, la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem parler de la Maison des Femmes qu’elle venait de créer à Saint Denis : "Des parcours de soin et des différents professionnels, médecins, psychologues, avocats, juristes, policiers, artistes parfois… qui y croisaient leurs compétences et leur énergie pour aider les femmes victimes de violence à se reconstruire."

"En tant que femme et citoyenne, je me suis dit que c’était formidable qu’un tel endroit puisse exister. Et, en tant que scénariste et réalisatrice, j’ai tout de suite pensé que ça ferait un sujet de film génial, le genre de sujet que j’avais envie de porter au cinéma. Un film choral, un film avec du fond sur un sujet important et un film lumineux aussi. Le sujet m’est resté en tête…"

Convaincre une héroïne réelle

Ghada Hatem était au départ réticente à l’idée de devenir un personnage de fiction. Ce n’est qu’en arrivant avec un traitement détaillé du film que la réalisatrice a réussi à la convaincre : "L’avantage est que, pour que cet endroit existe, Ghada a dû et doit encore faire beaucoup de bruit pour faire parler de la Maison des Femmes et de ce qui s’y pratique."

"J’avais donc accès à une énorme masse de documentation. Je suis venue la voir avec un premier traitement, comme base de discussion et gage de notre sérieux. Ghada s’est peu à peu laissé convaincre. En posant une condition : elle tenait à ce que le personnage qui allait la représenter soit complètement assumé comme un personnage de fiction."

Le prisme des soignants

L’approche du film, focalisée sur les soignants de la Maison des Femmes, constitue un choix narratif important. Mélisa Godet a pris la décision se centrer sur le prisme des soignants, ce qui laissait de côté la représentation directe de la violence : "Cette maison, j’avais envie de la montrer en fonctionnement, bouillonnante de vie et d’activités, avec des équipes rodées et des patientes à différents stades de leurs parcours de soin."

"J’avais une conviction : je ne filmerais pas de séquences de violence. Ce n’était pas l’endroit où je voulais aller. Je ne voulais pas faire de ces violences une matière esthétique", se rappelle la cinéaste.

Côté casting

Avec David Bertrand, le directeur de casting du film, Mélisa Godet cherchait à créer avec ces presque 50 rôles du film, une "photo de famille" qui raconte quelque chose. Il s’agissait de doser les énergies pour réussir à avoir un ensemble avec des personnages qui aient chacun leur tempo, et que cette diversité finisse par faire un tout cohérent. La cinéaste se remémore :

"Pour Diane, cette cheffe d’équipe inarrêtable, Karin a apporté en plus de ses qualités d’actrice indiscutables, son élan de sportive, avec un pas qui claque sur le sol, et en même temps une douceur sans pathos dans les séquences avec les patientes. Laetitia a apporté au personnage de Manon quelque chose de libre dans le corps, une sorte de déséquilibre permanent."

"Eye a transmis sa solidité, sa droiture, au personnage d’Awa et Oulaya, sa fraicheur sans candeur à Inès dont elle a fait un personnage très concret qui me plait beaucoup. Juliette a fait de Lucie quelqu’un d’à la fois très droit dans ses bottes et d’une grande douceur. Elle a vraiment une grande qualité d’écoute, elle n’a pas peur des silences : pour un personnage de psy c’était l’idéal."

"Je dois citer aussi Alexandra Roth, Pierre Deladonchamps, Jean-Charle Clichet, Laurent Stocker, Jeanne Rosa, tous ont mis leur singularité au service du groupe et du récit. Et puis il y a celles qui incarnent les patientes, Yves-Marina Gnahoua, Marie Matheron, Amandine Dewasme, Fantadjene Kaba, Delia Miloudi, Joy Uva, Elian Umuhire… Quelles actrices ! Elles ont été impressionnantes !"

Lieux de tournage

Les scènes dans le hall, dans le bureau des psys et dans la salle d’activité, ont été tournées à la Cité Le Refuge, un centre social de l’Armée du Salut dans le treizième arrondissement de Paris. Mélisa Godet se souvient : "Et on a reconstitué le reste dans une entreprise désaffectée à Bry-sur-Marne. Je ne me voyais pas tourner à La Maison des Femmes en leur disant : « Poussez-vous ! On arrive ! On fait du cinéma ! ». Ces gens travaillent."

Préparation pour Karin Viard

En guise de préparation, Karin Viard s’est beaucoup nourrie d’interviews et de podcasts sur Ghada et son action. Par contre, la comédienne ne voulait pas la rencontrer par peur d’être dans l’imitation. Elle préférait proposer sa propre lecture du personnage : "Physiquement, Karin et Ghada ne se ressemblent pas du tout, mais Karin a très bien capté l’énergie et ce que pouvait être un bulldozer inarrêtable dans ce genre d’endroit", raconte Mélisa Godet. Elle ajoute :

"D’ailleurs, quand les équipes de Ghada ont vu le film, elles ont eu cette réaction : 'Mais c’est vraiment toi !'. Tout au long du tournage, l’équipe technique a été à l’unisson, dans la bonne énergie. Concentrée et silencieuse, en soutien total quand les actrices avaient à livrer des choses difficiles et trouvant vraiment de la joie à tourner les séquences de comédie. Tout le monde s’est retrouvé dans une gentillesse, une bienveillance généralisée et aussi beaucoup de drôlerie."

Caméra à l’épaule

Mélisa Godet travaille avec le directeur de la photographie Fabien Faure depuis Les Enfants d’Oma (2021). Tous les deux ont constamment la même méthode : effectuer de grandes sessions de travail et un découpage de tout le film avant le tournage, en décidant quels types de motifs ils souhaitent faire intervenir. La cinéaste précise : "On a décidé très vite que les séquences chorales, souvent de comédie, seraient assez découpées, très dynamiques et que, par contre, les scènes d’entretien avec les patientes seraient filmées en plans séquence."

"Leur parole ne devait pas être coupée au montage. Les actrices devaient assumer des prises de trois minutes, on les a eues. C’est à peu près le seul moment du film où l’on a posé des travellings et fait des mouvements de caméra. Tout le reste a été tourné caméra à l’épaule. Évidemment, ça arrive que notre découpage vole en éclats en arrivant sur le plateau le matin pour différentes raisons techniques ou artistiques. Ce n’est pas grave, on a cette souplesse. On refait différemment. On a expérimenté suffisamment de pistes en préparation pour ne pas s’égarer."

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