Un rêve trop lisse pour exister
Je suis allé voir Le Rêve américain uniquement parce que je suis fan de Jean-Pascal Zadi. J’aime son humour, son intelligence d’écriture, sa manière d’exister à l’écran. L’histoire vraie avait de quoi intriguer. Deux Français, le basket américain, une amitié, un parcours censé être exigeant. Tout était réuni pour raconter quelque chose de fort. Le film n’en fait rien.
[/spoiler] Le problème central du film, c’est la difficulté. Ou plutôt son absence réelle à l’écran. Le film essaie parfois d’en montrer, avec quelques échecs ou obstacles, mais c’est trop léger, trop mal construit pour être crédible. La difficulté existe sur le papier, pas émotionnellement. Elle ne transforme jamais les personnages, ne les fatigue pas, ne les met pas en danger. Dans un milieu aussi dur et compétitif que le sport professionnel américain, cette absence de galère enlève tout le poids du parcours. La réussite finale arrive sans impact, parce qu’elle n’a jamais été gagnée dans la douleur.
Cette simplification contamine tout le film. Les personnages secondaires sont trop lisses. La femme de Bouna est trop parfaite, trop compréhensive. Tout le monde est gentil. Personne ne résiste, personne ne complique vraiment les choses. Il n’y a pas de conflits forts, pas de zones grises, pas de tension durable. Le film se veut constamment positif, mais un film trop positif devient inoffensif et ne crée pas d’émotion.
Ce n’est pas un problème d’acteurs. Au contraire. Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard ont l’énergie et le talent pour aller beaucoup plus loin. Mais ils sont mal dirigés, bridés par une écriture et une stratégie trop sages. Peut-être par volonté de rester fidèles aux vraies personnes, mais pour faire un film, il aurait fallu appuyer, accentuer, utiliser ces acteurs comme un levier émotionnel fort.
Même le titre et le marketing posent problème. On parle de rêve américain, alors que le film ne raconte pas vraiment ça. Jean-Pascal Zadi l’a lui-même dit lors de la séance de questions réponses. Il s’agit plutôt de la poursuite d’un rêve, mais là encore, le traitement est trop édulcoré, trop facile.
Je respecte les acteurs pour leur présence en avant-première et leur engagement. Mais au final, le sentiment dominant reste celui d’un potentiel énorme gâché. Sans difficulté réelle, sans complexité d’écriture, il n’y a ni émotion durable, ni film marquant. [spoiler]