Après un excellent premier film, Mon tissu préféré, Gaya Jiji confirme son talent, tout en délicatesse, dans L'Étrangère, dont la Syrie est de nouveau partie prenante, mais hors champ, cette fois-ci, avec le portrait d'une migrante débarquée seule à Bordeaux, après un parcours douloureux. Mais le film procède par un certain nombre d'ellipses, acquérant ainsi une puissance narrative implacable, tout en conservant une certaine touche de douceur, dans la description d'une femme blessée, en exil, qui garde sa dignité et son humanité, en toutes circonstances, malgré les tracasseries administratives et une survie sur un fil. La réalisatrice traite sa rencontre avec un avocat, qui appartient à un autre monde, de la même manière, avec pudeur et sensibilité. Gaya Jiji reste attentive aux caractéristiques nuancées de chacun de ses personnages, y compris les secondaires, évitant soigneusement toute forme de caricature. C'est ce qu'on appelle un beau film, sans restriction aucune, porté par la prestation remarquable de Zar Amir Ebrahimi et le talent toujours discret d'Alexis Manenti. L'écriture, partagé entre trois scénaristes, dont la cinéaste, se construit sur les notions d'identité, de solitude et de volonté, mais brille surtout par sa générosité féconde.