Magnifique reconstitution de l’ affaire Bojarski, sous la houlette d’ un réalisateur qui maîtrise parfaitement ces univers obscurs, témoignages des pages de notre histoire, avec un souci rare du détail et une mise en scène époustouflante de vérité. En effet, Jean-Paul Salomé, nous a déjà régalé depuis « Les Femmes de l'ombre » en 2008, après des aventures revues du fameux gentleman cambrioleur « Arsène Lupin » en 2004. Il a, à deux reprises dirigé Isabelle Huppert dans « La Daronne » et « La Syndicaliste », où déjà, la qualité de la documentation collectée à partir de faits réels, plus son talent, ont fait mouche. Ici, il nous plonge avec bonheur dans un film noir, qui sent l’ atmosphère des petits artisans, les petits garages aux odeurs d’ huile, les anciennes machines, et mécaniques d’ avant l’ ère électrique et électronique. Les décors, ameublements, costumes et bien entendu les véhicules procurent à eux seuls un plaisir immédiat, notamment à travers un remarquable travail au niveau de la bande sonore avec Mathieu Lambolley. Doté d’ un casting épatant, Reda Kateb endosse ce personnage exceptionnel, Czesław Jan Bojarski, ingénieur après des études en Pologne, Officier fait prisonnier par les Hongrois, évadé et réfugié en France, qui n’ est pas qu’ un faussaire ordinaire, mais un artiste, aussi bien dans son art de copier d’ abord des faux billets de 1 000 francs ( le Minerve et Hercule ), le 5 000 francs ( terre et mer ) et le 100 nouveaux francs ( Bonaparte ) fleuron infalsifiable de la Banque de France, que dans l’ organisation minutieuse et intelligente de les écouler à la façon d’ un voyageur de commerce. Son portrait semble indélébile, telles les encres utilisées, habillé sobrement, avec sa modeste valise, « Melvillien » exactement, sans oublier son atelier clandestin en sous-sol de son pavillon de Montgeron qui serait un musée extraordinaire s’ il n’avait pas été définitivement bétonné ! Souci du détail, l’ artiste laissait sur chaque billet « sa signature » volontairement….et les spécialistes dirent que ses faux étaient plus vrais que les originaux, en tous cas, plus « beaux » ! Son épouse Suzanne est divinement interprétée par Sara Giraudeau, et le casting offre un élégant rôle à Pierre Lottin qui a soigné un accent slave incroyable. Mention spéciale à Bastien Bouillon en commissaire André Mattéi, infatigable, qui a traqué ce faussaire, des années durant, à la démarche raffinée avec une ressemblance impertinente à Bernard Giraudeau…… Comme quoi le cinéma….. Ne manquez pas ce film nostalgique, instructif et précieux….!!**