JULIAN - Cato Kusters | ⭐ 6,5/10
Dès son premier quart d’heure, Julian ne laisse guère de doute sur l’issue de son histoire. On comprend très vite que ce récit d’amour portera en lui une part de tragédie. Inspiré d’une histoire vraie, le film suit un couple de jeunes femmes qui se lancent un pari fou : se marier dans tous les pays où l’union entre personnes de même sexe est autorisée. Une idée à la fois romantique et profondément politique, brutalement interrompue par la maladie.
Sur le papier, tout est réuni pour bouleverser. Et pourtant, l’émotion peine à traverser l’écran. La faute, en partie, à un montage qui multiplie les ellipses et les allers-retours temporels, au point de désincarner le récit. Le film semble constamment sauter des étapes, comme s’il refusait de s’attarder là où naît justement l’attachement.
C’est d’autant plus regrettable que les actrices, à commencer par une Nina Meurisse toujours aussi juste, offrent des compositions sensibles et engagées. Elles incarnent avec délicatesse cette histoire d’amour et de perte, mais le film ne leur laisse pas toujours l’espace nécessaire pour installer une véritable émotion.
La meilleure idée de mise en scène reste ces séquences en faux flashbacks, filmées au caméscope, qui donnent au récit une texture plus intime, presque documentaire. Là, enfin, quelque chose affleure : une sensation de vécu, de spontanéité, de vérité.
Mais dans l’ensemble, Julian reste en surface. Le projet du couple, pourtant fascinant, est à peine exploré. On aurait aimé suivre plus concrètement les étapes de ce parcours, ressentir l’élan, comprendre les enjeux. De la même manière, la portée politique du geste (se marier à travers le monde dans un contexte de luttes pour les droits LGBTQIA+) n'est jamais véritablement creusée.
On sort du film avec une impression étrange : celle d’avoir été tenu à distance d’une histoire pourtant bouleversante. Comme si le film choisissait la pudeur au risque d'en faire perdre l'impact émotionnel.
Julian reste une œuvre tendre, délicate, qui parle d’amour et de deuil avec sincérité, mais qui ne parvient jamais tout à fait à faire naître l’émotion qu’elle promettait.
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