Un mur qui explose
Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise, la comédie dramatique de Valérie Donzelli arrive sur nos écrans. Et ces 92 minutes sont un vrai plaisir. Un photographe à succès abandonne tout pour se consacrer à l'écriture et découvre la pauvreté. Cette adaptation, paraît-il très fidèle, du roman éponyme de Franck Courtès, nous raconte qu’achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n'augure aucune fortune. Ce beau drame subtil et pudique a reçu le Prix du scénario à Venise. Un des beaux films français à l’affiche en ce moment. Ne vous en privez pas.
Tout commence par un mur qui explose, un mur qu'on brise, qu'on troue à la masse, pour en faire un judas et jeter un regard sur le monde, un monde qu'on connaît peu, celui de la misère, de l'enchère devenue règle dans le monde du travail, des petites mains qui vendent à bas coût leurs services. Un mur qui explose, donc, comme une révélation, une vérité qu'on dévoile. Mais le film n'a rien d'une révélation. On pourrait même regretter qu’il arrive un peu tard. Car pour qui l'« ubérisation » des lois du marché de l'emploi est-elle encore une inconnue ? Pour qui les avancées numériques de ces emplois temporaires, nouvelle forme d'interim et d'esclavage moderne, sont-elles encore un mystère en 2026 ? La misère est ici prise comme une expérience sociologique et littéraire. On voit donc facilement les écueils qui risquaient de rendre ce film problématique, mais la sincérité du propos sur la réalité du témoignage nous évite tous les poncifs du mélodrame qu’on aurait pu craindre. Quand il s’agit de parler de l’air de notre temps, Valérie Donzelli excelle et le prouve encore une fois. Un beau portrait humain et une œuvre assurément politique plus que réussie.
Et en cela, le film doit beaucoup à la composition tout en demi teinte de Bastien Bouillon, pour son 4ème film avec Donzelli - La Guerre est déclarée, Main dans la main et Marguerite et Julien. Ce type sait tout faire et il le fait bien. C’est sans doute pour ça qu’on le voit autant sur les affiches. André Marcon, Virginie Ledoyen et la réalisatrice en personne complètent le casting. Une manière très personnelle de parler de ce XXIème siècle et d’une société qui tolèrent de moins en moins ceux qui sont hors des chemins balisés et qui le revendiquent. Passionnant !