Ce film est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026 et en fait l'ouverture.
Pierre Salvadori a eu l'idée de La Vénus Électrique en 2016 sur le tournage de Planétarium de Rebecca Zlotowski. Il y tenait le rôle de Jean Servier, un cinéaste qui, à la fin des années trente, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme. Il se souvient : "Pour m’aider, Rebecca m’avait alors résumé́ en quelques mots le film que Servier était censé réaliser dans le sien : 'Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale.' J’avais adoré cette idée. C’est drôle, dix ans plus tard j’ai écrit et réalisé le film que mon personnage tournait dans celui de Rebecca."
Le film se déroule dans le Paris des années 1920-1930. Pierre Salvadori a tenu à conserver cette époque, dans laquelle se déroule également Planetarium, car c'est une période où l'occultisme était en vogue, en raison de l'effondrement des religions et du besoin persistant de croire. Ce cadre temporel permettait également de rendre la crédulité du personnage principal plus crédible : "Nous avons essayé d’en faire un film contemporain, mais cela ne fonctionnait plus. En 2020, Antoine devenait trop candide, trop crédule, tandis qu’à la fin du XIXe ou au début XXe siècle cela en fait un personnage ouvert, curieux."
Pierre Salvadori a été d'emblée séduit par l'idée de Rebecca Zlotowski, et y a vu "un dispositif qui pourrait s’amplifier en générant seul sa propre fiction. Sans péripétie extérieure. Ce petit prélude à un scénario semblait déjà̀ tout contenir et m’offrir la possibilité́ d’inventer une pure comédie où les personnages seraient constamment tiraillés entre sacrifice et intérêt personnel, entre manipulations et abandon..."
Le scénario de La Vénus électrique a mis du temps à voir le jour, la première version datant de mars 2018. Pierre Salvadori a d’abord travaillé sur la structure avec Benjamin Charbit, avant que ce dernier ne se consacre à un projet personnel. Le réalisateur a poursuivi l'écriture avec Benoît Graffin : "Je n’aime pas vraiment écrire, mais j’aime retrouver Benoit pour le faire. C’est notre septième film ensemble et j’ai l’impression qu’on court tous les deux après un même idéal de film qui nous porte. Un récit teinté d’ironie, de souffrance et de légèreté. De burlesque aussi."
Une fois le scénario écrit, Salvadori s'est consacré, comme à son habitude, à l’adaptation et aux dialogues seul : "de fait, c’est le début de la réalisation. Le rythme des dialogues, les descriptions, induisent déjà les plans et le ton."
Le style visuel du film est le fruit d'une collaboration étroite entre le réalisateur, la cheffe costumière et directrice artistique Virginie Montel, le chef décorateur Angelo Zamparutti, passionné par cette époque, et le directeur de la photographie Julien Poupard. Pierre Salvadori souligne : "Je n’avais jamais poussé aussi loin ce principe de collaboration, voire de fusion, entre décor, costume et image. Ça a été très payant, artistement et humainement."
Le réalisateur ne voulait pas faire un film folklorique sur le monde du cirque, ou un film sur la peinture ou l’art : "C’est juste un arrière-plan. Ce qui me plaisait dans l’idée de Rebecca [Zlotowski] et Robin [Campillo] [co-scénariste de Planetarium, NDLR], c’est qu’elle m’ouvrait un chemin vers encore plus d’ironie, plus de fiction et donc de mise en scène".
La Vénus électrique marque la quatrième collaboration entre Pio Marmaï et Pierre Salvadori, après Dans la cour en 2014, En liberté ! en 2018 et La Petite bande en 2022. Le réalisateur déclare au sujet du comédien : "Lorsque j’écris pour Pio, tout est plus simple. Je le trouve poétique, insondable et inspirant. Je l’ai rencontré lors d’un festival, et ça a été comme un coup de foudre. D’emblée, il y a eu cet accord implicite de construire quelque chose avec lui."
À l'inverse de Pio Marmaï, c'est la première fois que Gilles Lellouche tourne sous la direction de Pierre Salvadori. Ce dernier se remémore : "Je l’ai vraiment découvert il y a longtemps, dans un film de Jacques Maillot, Un singe sur le dos. Il m’avait énormément impressionné dedans." Le réalisateur ne tarit pas d'éloges sur lui : "Gilles éclaire le texte, le rend simple même lorsqu’il est un peu trop écrit. Il en extrait tout ce qu’il peut en sortir, sans jamais en faire trop. Il comprend immédiatement le ton du projet et se met très vite à parler la langue du film. Il joue le film et pas le rôle."