Une bonne idée pour commencer : le choix du noir et blanc, qui permet dans un premier temps un passage fluide entre une bande d’actualités de l’époque et l’installation de l’histoire. Ce choix permet par ailleurs, par moments, de donner une touche esthétique très plaisante au film. Dommage que ce choix, qui fait si bien coller le film à son contexte historique, n’ait pas inspiré la bande son du générique de fin, totalement hors sujet et en rupture totale avec ce qu’on vient de regarder. Si tant est qu’on ait accroché à l’histoire et à l’ambiance, cette bande son vient trop brutalement réinsérer le spectateur dans le monde d’aujourd’hui.
A moins que ce choix ne soit simplement fait pour nous réveiller, et s’assurer que nous quittons bien la salle ? Car, à vrai dire, ce film est long, long , long…. Ou du moins le paraît.
Mais quelle idée a guidé Ozon dans son choix d’empêcher son acteur principal de jouer ? L’une des scènes finales prouve pourtant que Benjamin VOISIN dispose de la palette d’émotions d’un vrai comédien. Mais il lui est demandé pendant tout le reste du film de promener un regard et une moue uniques, un port de tête désabusé et indifférencié quelle que soit la situation. Certes il est plutôt beau, et souvent bien photographié. Du coup, l’image qui me vient : une gravure de mode à la mine figée, sans rien dans le regard qui nous donne envie de s’intéresser au personnage. Malgré mes efforts (j’ai quand même essayé), je n’y suis personnellement pas arrivé : je n’ai éprouvé aucune empathie pour cet homme. Il m’est pourtant souvent arrivé, au cinéma, d’aimer les méchants, voire les salauds, parce qu’ils étaient à minima intéressants. Ici, rien de tout cela : on a affaire à un ectoplasme. C’est d’ailleurs resté l’un de mes questionnements pendant tout le film: qu’est-ce qui peut pousser Marie, le personnage féminin, solaire, pétillant,
à vouloir lier sa vie à quelqu’un certes beau mais sans charisme, et qui ne sait rien donner en retour
?
Ce n’est d’ailleurs pas le seul mystère de ce film, tout au long duquel on voit le personnage se mouvoir sans émouvoir, sans qu’on ait la moindre clé permettant de comprendre son comportement. Ses agissements n’ont, aux yeux du spectateur que je suis, aucun sens ou justification. Qu’est ce qui le pousse par exemple
à refaire un tour sur la plage à la recherche de l’homme qu’il va finir par abattre, alors que les scènes précédentes montre qu’il n’a aucun affect particulier par rapport à cet homme, se bornant jusque-là à accompagner son « ami » dans sa vendetta, mais dans une attitude strictement suiviste ?
N’ayant pas lu le livre de Camus que le film prétend nous faire partager (excusez mon inculture !), j’en suis arrivé à me questionner sur les raisons du succès que ce livre avait connu et qu’il continue à connaître. J’ai fini par avoir ma réponse, bien tard dans le film,
au moment où MEURSAULT vient de « tuer l’arabe »
. En voix off, on l’entend -enfin- penser, tenter une explication de ce qui vient de le pousser à agir ainsi. En quelques phrases, j’ai aperçu toute la finesse et la richesse de l’écriture de Camus. Ce film aurait-il su m’accrocher si Ozon avait eu la bonne idée de laisser plus de place aux mots de Camus, plutôt qu’au mutisme bien photographié de son personnage principal ? J’en fais le pari. Du coup, bien que ne l’ayant pas lu moi-même, je conseillerais plutôt de lire le livre (dont un tout petit extrait a su m’agripper) plutôt que s’imposer un film à mon sens incapable de transmettre et faire partager la moindre émotion.