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Thibaut Perron
2 abonnés
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3,0
Publiée le 10 novembre 2025
Très belle photographie qui sublime 2 magnifiques acteurs. Pour le reste, il se dégage une lenteur, voire un ennui même si au fond, le film amène de nombreuses questions intéressantes sur l’essence de l’humanité.
Le film L’Étranger de François Ozon est une tentative intéressante d’interpréter Camus, mais elle ne parvient pas à en retrouver la profondeur. Chez Camus, Meursault suscite une forme de compassion : son indifférence au monde n’est pas froideur, mais vérité nue, douloureusement humaine. Chez Ozon, en revanche, le personnage semble mécanique — il observe, agit, mais ne ressent rien. Comme s'il était atteint d'un trouble de personnalité...On perd ainsi cette tension tragique entre l’absurde et la sensibilité qui faisait toute la force du roman. En revanche, la scène du procès est réussie
Le film en noir et blanc permet de se concentrer sur l histoire seule et non sur les paysages. L absurdité de la vie ...beaucoup de questionnements... Le livre de lycée obligatoire devient sous nos yeux d adultes une histoire de destin servie par des acteurs magnifiques.
L’Étranger n’est pas un film, c’est une marche funèbre sous le soleil, où chaque plan transpire l’absurde avec la sécheresse d’une gifle métaphysique. Meursault ne pense pas, il constate ; il ne vit pas, il dérive — et la caméra, fidèle à Camus, refuse toute émotion facile, tout espoir consolant. C’est un monde sans pourquoi, filmé avec une cruauté lumineuse, où même la mer semble indifférente à la mort. Un chef-d’œuvre austère et solaire, qui vous laisse nu face à l’inconfort d’exister.
François Ozon s’attaque à un monument en adaptant le roman cultissime et réputé inadaptable d’Albert Camus. Un défi XXL qui s’appuie sur un choix fort : celui de refuser - à de rares exceptions près - l’usage de la voix-off. Un choix osé, qui rend ce personnage, à la psyché insondable, encore plus opaque. Ce qui ne facilitera pas la tâche aux spectateurs qui ne connaissent pas le texte dont on retrouve pourtant le propos : celui d’un homme jugé monstrueux, non pour son crime - le meurtre d’un Arabe - mais parce que sa personnalité ne colle pas avec les attentes de la société. Meursault refuse le jeu social et devient le symbole d’une jeunesse qui, face à l'absurdité d’un monde illisible, creux et violent, choisit le néant et la déconnexion.
Plastiquement c’est sûrement l’Ozon le plus réussi. C’est très beau, très agréable à regarder mais justement ça l’est peut-être trop. Trop propre, trop glamour pour ce que c’est censé représenter. La mise en scène épurée, le noir et blanc léché, les décors et les acteurs sublimes, offrent une sensualité profonde, fascinante, une aura pleine de mystère, quasi surréaliste mais, à l’inverse du Queer de Guadagnino sorti plus tôt cette année, on ne ressent pas assez la chaleur, la sueur, l’alcool, la clope. Tout cela est atténué par une esthétique élégante qui évoque presque une carte postale de l’Algérie française.
Et pourtant, on sent percer une remise en contexte de l’œuvre avec une critique de la colonisation française, de l’invisibilisation et de la ségrégation des “indigènes”. En ce sens, il fait davantage de Sintés un envahisseur qui méprise et exploite les Arabes et surtout il donne du poids (et un prénom) au personnage de Djamila, la sœur de l’Arabe, ainsi qu’à Marie, l’autre personnage féminin.
L’introduction et la conclusion viennent, elles aussi, confirmer que, sans y parvenir parfaitement, Ozon propose une réactualisation ambitieuse et bienvenue du mythe Meursault dans un monde moderne désenchanté et en pleine crise identitaire. Un film, formellement sublime, qui navigue quelque part entre fidélité académique et relecture critique.
Je l'ai vu hier, je le compare du coup aux deux films que j'ai vus au cinéma récemment (la femme la plus riche du monde, et Chien 51). C'est nettement au-dessus pour moi. Le noir et blanc est beau esthétiquement et même si B. Voisin parle très peu, il passe beaucoup d'émotions dans son visage et ses expressions. Chaque spectateur y lira les émotions qu'il veut y lire. La seule chose qu'on peut regretter à mon sens est de ne pas pouvoir sentir les odeurs, dans mon souvenir le livre de Camus faisait appel à tous les sens, notamment l'odorat.
C'est une réussite d'adaptation car le film est aussi long à regarder que le livre est chiant à lire. heureusement que les acteurs sont excellents Benjamin Voisin, Rebeka Marder et Pierre Lotin. Dommage d'imposer le noir et blanc car il y a tellement de belles couleurs au Maghreb.
Adaptation délicate du roman culte de Albert Camus, le film de François Ozon parvient à encapsuler la jeunesse en mal-être, cette sensation d’être dépassé par un monde absurde et étranger. Fidèle dans l’esprit mais libre dans la forme, Ozon glisse l’ennui, le malaise et l’isolement de son héros dans une Algérie coloniale résonnant avec nos crises contemporaines. La bascule vers une seconde partie plus iconographique affaiblit pourtant le souffle initial : là où la mise en scène cherchait le fantastique niché dans le réel, elle reste prisonnière d’une esthétique trop décorative pour tirer pleinement de ce grand texte sa force vertigineuse. Malgré une interprétation convaincante de Benjamin Voisin (grandement aidé par une photographie qui le sublime), l’ensemble reste à mi-chemin entre révélation et frustration.
Une photo, une reconstitution au service de cette histoire universelle : que sommes nous donc venu(e)s faire dans cette galère ? Quel sens donner à notre existence ? Un beau film.
je n'ai pas retrouvé Camus.. j'ai trouvé un film long long long, lent lent lent.. avec une première partie sans paroles quasiment.. Je me suis ennuyée et je n'avais qu'une hâte c'est que cela se termine !! Pour moi c'est totalement râté et je suis surprise de voir que certains sont enthousiasmés par ce film.. à moins de vouloir jouer à l'intello ? car il ne faut pas exagérer, il est normal que certains aiment mais pas à crier au chef d'oeuvre
L’adaptation du livre de Camus force l’admiration. Meursault y apparaît comme l’incarnation de la philosophie de l’absurde developpée par l’auteur en son temps. Philosophie un peu datée mais qui pose de vraies questions. Un film âpre à resituer dans son contexte au risque de passer à côté voire de se méprendre complètement sur ses intentions.
L'adaptation du 'L'Étranger' par François Ozon échoue là où on pouvait le craindre : en voulant rendre Camus lisible, elle le trahit. Ozon rend le récit plus lisse, plus « cinématographique », et c’est là que le film perd toute la beauté et la force du texte. Le roman enfermait le lecteur dans la conscience froide et distante de Meursault. Ici, Ozon abandonne ce point de vue interne pour un regard extérieur, censé offrir une vision plus réaliste et accessible. Pourtant, le résultat manque cruellement de naturel : tout paraît joué, figé, artificiel. Les relations sociales, censées être observées à distance, conservent une froideur impersonnelle qui rappelle le regard de Meursault sans jamais l’assumer vraiment. On ne sait plus si le film adopte un point de vue interne ou externe, et ce flottement permanent finit par désorienter sans jamais nourrir la réflexion. Benjamin Voisin incarne un Meursault d’apparence juvénile, presque romantique — à mille lieues du personnage indifférent et passif imaginé par Camus. Les scènes de sexe, en plus d’être inutiles, apportent une forme de romantisme qui trahit complètement la sécheresse du texte original. Les ajouts d’Ozon — donner des noms aux Arabes, expliciter la question coloniale — affaiblissent le propos plus qu’ils ne l’enrichissent. Certes, il est naturel de partager son point de vue moral, mais le silence du roman est bien plus fort que les mots qu’on y ajoute. Camus laissait au lecteur la liberté de lire dans ce silence une dénonciation, ou non ; Ozon, lui, tranche. Résultat : ce qu’il propose est déjà entendu, prévisible, politiquement faible et finalement assez plat. Dans le contexte de 2025, ce silence aurait résonné bien plus fort qu’un discours « déjà entendu » qui n’engage rien et affaiblit la violence de la colonisation que le roman suggère par omission. On sort du film non pas troublé comme après avoir lu Camus, mais frustré. L’Étranger d’Ozon ne laisse pas place au doute ni au questionnement : tout est lissé, cadré, expliqué. Ce qui devait être dérangeant devient simplement plat.
Le film séduit d’abord par sa belle photographie, le noir et blanc lui va vraiment bien. Mais malgré cette esthétique, le rythme est assez lent au début. Puis, à mi-parcours, le film change de ton, il gagne en rythme et en tension et l’ambiance devient de plus en plus dérangeante, presque malaisante. C’est une œuvre particulière, sombre, pleine de noirceur...